Le ministre de l\'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le 15 avril 2015 à l\'Assemblée nationale.
Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le 15 avril 2015 à l'Assemblée nationale. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Quand la petite phrase de Bernard Cazeneuve contre la presse disparaît du compte-rendu officiel

"Moi, ce qu’il y a dans les articles de presse, par principe, je ne le crois pas." Cette phrase aux accents complotistes, tenue lors du débat sur le projet de loi Renseignement, n'apparaît plus sur le site de l'Assemblée nationale. Comment l'expliquer ?

"Moi, ce qu’il y a dans les articles de presse, par principe, je ne le crois pas." Cette phrase de Bernard Cazeneuve a été tenue dans l'hémicycle, mercredi 15 avril, lors du débat sur le projet de loi Renseignement. Le ministre de l'Intérieur répondait à la députée Isabelle Attard, qui citait un article de L'Obs critique à l'égard du texte. Sur cette vidéo, les propos du ministre méfiants envers la presse débutent à 2'29.


A l'école, on m'a appris à ne pas croire ce qu'il y a dans les journaux ni dans les livres, et d'essayer de considérer que l'exercice de l'esprit critique et de la libre conscience est beaucoup plus puissant que de gober béatement et benoîtement ce qu'il y a dans les articles de presse. Moi, ce qu'il y a dans les articles de presse, par principe, je ne le crois pas. Parce que je suis un esprit libre et indépendant, et que j'entends le demeurer. C'est peut-être dans "L'Observateur", c'est peut-être dans "Le Bessin illustré", mais moi, je n'y crois pas, par nature et par essence.

Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur

Le 15 avril, à l'Assemblée nationale

Le journal a repéré, vendredi 17 avril, que les propos tenus par le ministre de l'Intérieur avaient été modifiés dans le compte-rendu officiel publié sur le site de l'Assemblée nationale. La phrase qui met en cause la presse n'y apparaît plus. Or, cette phrase est lourde de sens pour un ministre qui défendait, après les attentats de Paris, "la liberté de la presse". Et qui n'hésitait pas, lorsqu'il était député, à citer des articles de presse dans l'hémicycle pour appuyer ses arguments.

"Normalement, c’est un copier-coller de ce qui se dit en séance"

Comment expliquer cette disparition dans le compte-rendu officiel ? Interrogé par L'Obs, le ministère de l'Intérieur nie toute intervention sur les services de l'Assemblée, chargés de taper la retranscription. "Aucune correction n’a été transmise sur les débats renseignement, de manière générale, et surtout pas sur ce point." De son côté, le service de presse de l'Assemblée assure que ce compte-rendu devrait être en tout point fidèle aux propos du ministre : "Normalement, c’est un copier-coller de ce qui se dit en séance". 

L'auteur de la retranscription précise au journal, dans un second temps, que "des modifications peuvent être apportées, tant que ces dernières n’altéraient pas l’esprit de l’intervention". Et se ravise finalement, par mail : "Au final, ce qui a été dit deux fois dans la même lancée (après plusieurs autres) a été ramassé en une fois, celle où il y a 'par nature et par essence', écrit cette personne. Mais je conçois très bien que l’effet en soit amoindri. Je vais remanier ça afin que ce soit la phrase d’entrée qui apparaisse." A l'heure où cet article est publié sur francetv info (20h20), la modification n'a toujours pas été apportée.