VIDEO. Déroute du PS aux législatives : "Si la gauche imite la droite, c’est la droite qui gagne"

franceinfo

Pour le sociologue, Eric Fassin, la déroute du Parti socialiste au premier tour des élections législatives est tout sauf une surprise. Selon lui, elle est le résultat d'une mauvaise stratégie : celle de la droitisation du parti. 

La gauche PS-PRG-DVG a obtenu moins de 10 % au premier tour des élections législatives, dimanche, loin derrière l’alliance La République en marche-Modem (32,32%), la droite LR-UDI-DVD (21,56%), le FN (13,20%) et La France insoumise-PCF (13,74%). De nombreuses personnalités du PS sont déjà éliminées comme Jean-Christophe Cambadélis (16e circonscription de Paris), Benoît Hamon (11e des Yvelines), Matthias Fekl (2e du Lot-et-Garonne), Aurélie Filippetti (1ère de Moselle) ou Patrick Mennucci (4e des Bouches-du-Rhône). Cet échec du PS n'est pas une surprise, a estimé Eric Fassin, professeur de sociologie politique à l’Université Paris 8, sur franceinfo, mardi 13 juin. Il est le résultat du choix stratégique du parti de se déporter vers la droite.

franceinfo : Est-ce qu’il y a une raison qui émerge pour expliquer l’ampleur la défaite socialiste ?

Ce qui est surprenant, c’est qu’on en soit encore surpris. Cela fait des années qu’on voit qu’il y a eu un choix stratégique pour le Parti socialiste qui est un choix de droitisation. La question est : est-ce que c’était une bonne stratégie ou pas ? Pour beaucoup, la logique, qui a toujours été revendiquée par Jean-Marie Le Pen, à savoir que les électeurs préfèrent l’original à la copie, s’applique à tous les niveaux. Si la droite imite l’extrême droite, c’est l’extrême droite qui gagne, si le Parti socialiste imite la droite, c’est la droite qui gagne.

Quel a été le moment de basculement ?

Je pense qu’on peut dire que c’est le mandat de François Hollande. Avant 2012, on pouvait penser qu’il y avait une droitisation du Parti socialiste mais on continuait à penser qu’il était de gauche. Or, après Français Hollande, peu de gens diraient qu’on a eu un président de gauche puisque s’il s’agit d’économie, d’immigration, ou du traitement des populations roms, on n’a pas le sentiment qu’il y ait eu une rupture par rapport au mandat de Nicolas Sarkozy. À partir de là, on comprend bien que les électeurs de gauche n’ont pas envie de voter pour un parti qui n’est pas de gauche.

Est-ce-que selon vous, la gauche, qui essaie la social-démocratie et se droitise, ça n'est porteur que sur le court terme ?

Il ne s’agit pas vraiment de social-démocratie. La social-démocratie, c’est d’essayer de tenir une sorte d’équilibre entre le capital et le travail. Or, là, il y a eu un choix qui est celui de l’entreprise, des patrons, c’est-à-dire le choix du capital et non du travail. Lorsque François Hollande avait dit "mon ennemi, c’est la finance". Plus personne aujourd’hui ne prend cette phrase au sérieux. Mais, il y a autre chose. Je crois que cette conversion au néo-libéralisme a pu être efficace il y a 20 ou 30 ans avec Tony Blair en Grande-Bretagne ou Bill Clinton aux États-Unis, mais cela ne dure pas éternellement. La Grande-Bretagne, par exemple, a fini par choisir avec le Parti travailliste de se repositionner à gauche. 

Après 2012, pourtant, il y a une génération entière de socialistes pour reprendre la main, notamment les frondeurs. Comment expliquez-vous leur échec ?

Ce n’est pas surprenant. Quand on pense à Benoît Hamon, par exemple, il a été pris dans une contradiction. D’un côté, il était en résistance face à François Hollande. Mais, d’un autre côté, quand il a été candidat et qu'il n’a pas osé rompre avec François Hollande, il a fait applaudir François Hollande et Bernard Cazeneuve à Bercy. Autrement dit : il voulait s’inscrire dans la continuité. C’est ce qui s’est passé pour l’ensemble des frondeurs. Pendant très longtemps en France, le Parti socialiste, était, quoi qu'on en pense, le vote utile. Il y a un risque aujourd’hui que cela devienne un vote inutile. Beaucoup de gens qui pourraient avoir une affinité avec un candidat socialiste vont néanmoins voter ailleurs, parce qu’ils ont l’impression que ça ne sert à rien de voter PS.

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