Primaire de la gauche : "Il m'est impossible de soutenir le vainqueur"

Le député PS du Cantal, Alain Calmette, en compagnie du candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, le 7 septembre 2016 à Aurillac.
Le député PS du Cantal, Alain Calmette, en compagnie du candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, le 7 septembre 2016 à Aurillac. (THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

Deux députés socialistes ont rallié Emmanuel Macron au soir de la victoire de Benoît Hamon face à Manuel Valls. Un nouveau casse-tête pour le Parti socialiste ?

Aussitôt annoncée la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, dimanche 29 janvier, Alain Calmette et Marc Goua, respectivement députés PS du Cantal et du Maine-et-Loire, ont franchi le Rubicon : ils ont apporté leur soutien à Emmanuel Macron pour la présidentielle contre le candidat choisi par leur camp. Une décision qui les met en porte-à-faux avec leur parti.

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"Il m'est impossible de soutenir le vainqueur de la primaire", lâche Alain Calmette, interrogé par franceinfo. "J'ai pris cette décision en conscience. Je n'ai pas le sentiment de renier mes convictions. J'ai l'impression d'être dans la continuité par rapport à mes votes pendant les cinq dernières années. J'ai soutenu le pacte de responsabilité, le CICE", argumente-t-il, défendant le bilan du quinquennat de François Hollande, critiqué par Benoît Hamon.

"La synthèse du PS devient impossible"

"Je ne pense pas être plus à l'écart du Parti socialiste que ceux qui ont voté la motion de censure contre le gouvernement", lance l'élu auvergnat. Une pique adressée à Benoît Hamon, qui faisait partie des 56 députés frondeurs engagés dans ce bras de fer avec Manuel Valls après le recours au 49.3 sur le projet de loi Travail.

Contacté par franceinfo, le député du Maine-et-Loire, Marc Goua, abonde : "Pendant cinq ans, les frondeurs ont bafoué la majorité. Moi, je n'ai pas toujours été d'accord, mais j'ai été un fidèle serviteur, ma voix n'a jamais manqué."

Il est paradoxal que ceux qui ont divisé la majorité appellent aujourd'hui à soutenir leur projet.Marc Gouaà franceinfo

"Il y a désormais deux positions radicalement opposées au Parti socialiste", constate Alain Calmette, qui fait partie du groupe des députés socialistes dits réformateurs dont plusieurs membres seraient eux aussi tentés par un ralliement au candidat d'En marche ! "C'est une fracture philosophique et sociétale. Je ne crois pas à une synthèse possible entre ces deux conceptions." "La synthèse que le PS a essayé de faire pendant des années devient impossible", constate aussi Marc Goua.

Contre la gauche "utopique" de Benoît Hamon

"La ligne jaune a été dépassée", déplore l'élu, qui retient trois points-clés du programme de Benoît Hamon : le non remboursement de la dette, le revenu universel et le référendum d'initiative populaire. "Je ne peux pas tolérer ça", condamne-t-il. "Benoît Hamon fait rêver, mais il y a parfois un pas important entre le rêve et la réalité", avertit Marc Goua opposant la "gauche de gouvernement" incarnée par Manuel Valls à la "gauche utopique" représentée par le vainqueur de la primaire, à ses yeux.

"On n'a pas tout réussi mais on était sur la bonne voie. Une rupture, ça ne marchera pas", prédit le député du Maine-et-Loire, qui voit en l'ancien ministre de l'Economie, l'héritier politique de François Hollande. 

Le député du Maine-et-Loire, Marc Goua, aux côtés de François Hollande et de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, le 24 août 2016 à Trélazé.
Le député du Maine-et-Loire, Marc Goua, aux côtés de François Hollande et de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, le 24 août 2016 à Trélazé. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Il est difficile d'avoir participé à une primaire, en en connaissant les règles, et de déclarer qu'on n'accepte pas les résultats sortis des urnes", pointe Razzy Hammadi, porte-parole du Parti socialiste, joint par franceinfo. A l'approche des législatives, le député de Seine-Saint-Denis prévient : "Les règles sont connues, les statuts sont clairs. On est investi par le PS quand on soutient son candidat." Il explique toutefois que les sanctions ne sont pas automatiques : "C'est à la direction nationale du PS de se prononcer."

Razzy Hammadi avance un autre argument électoral qui pourrait porter : "C'est assez compliqué pour un élu de tourner le dos à ceux qui se sont déplacés et ont fait confiance à cette primaire." Et il veut surtout croire à "une situation marginale" et à "un phénomène limité". Le porte-parole du PS relève enfin qu'une nouvelle étape s'ouvre, avec un enjeu majeur, selon lui : "Comment on passe du programme d'un candidat à la primaire à un projet présidentiel qui rassemble au-delà du PS ?" S'il compte sur Benoît Hamon pour "préserver ses axes sur le fond", il l'imagine aussi "mettre des curseurs" qui pourrait satisfaire notamment les vallsistes.

Quitter le PS ou se présenter avec En marche ?

"Il n'y a pas de raison qu'on soit exclus par le PS. Les frondeurs ne l'ont pas été, eux !" réplique Marc Goua. "J'ai pris mes responsabilités en fonction de mes convictions. Je me sens aussi légitime à continuer le combat, que je mène depuis 25 ans, que d'autres", souligne encore Alain Calmette. 

Si le PS veut prendre des sanctions, qu'il les prenne.Alain Calmetteà franceinfo

Le député du Cantal va-t-il claquer la porte du PS et se présenter aux législatives sur les listes d'Emmanuel Macron ? Il veut "éviter de se projeter" sur "l'étape d'après". Il prendra sa décision "en temps voulu", "dans les semaines qui viennent". Dans son département, Benoît Hamon l'a emporté d'une courte tête, mais pas dans sa circonscription, assure-t-il.  "Je ne suis pas en train de courir après le candidat le mieux placé en me disant : 'Ça va me sauver pour la prochaine élection'", se défend quant à lui Marc Goua. L'élu de 76 ans ne se représentera de toute façon pas aux prochaines législatives.

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