Primaire de la gauche : cinq signes qui montrent que la campagne de Manuel Valls peine à décoller

Le candidat à la primaire de la gauche Manuel Valls en meeting à Liévin (Pas-de-Calais), le 8 janvier 2017.
Le candidat à la primaire de la gauche Manuel Valls en meeting à Liévin (Pas-de-Calais), le 8 janvier 2017. (FRANCOIS PAULETTO / CITIZENSIDE / AFP)

Il y avait peu de monde, dimanche, au meeting de l'ancien Premier ministre et candidat à la primaire de la gauche, à Liévin (Pas-de-Calais). Le symbole d'une campagne pas très mobilisatrice pour le moment.

Est-il en voie de "juppéisation" ? Sera-t-il victime, lui aussi, de la vague "sortons les sortants" ? Des vents contraires semblent souffler sur la campagne de Manuel Valls, qui se présente à la primaire organisée par le Parti socialiste, les 22 et 29 janvier. Franceinfo a listé cinq signes qui montrent ce manque d'emballement

1Un public clairsemé au meeting de Liévin 

Peu de militants se sont déplacés, dimanche 8 janvier, pour assister au meeting de l'ancien Premier ministre à Liévin, dans le Pas-de-Calais. Le public ne se composait, selon France 3 Nord-Pas-de-Calais, que d'environ 200 personnes, soit moitié moins qu'espéré par l'équipe du candidat. Ils étaient en revanche plus d'un millier le lendemain à Tourcoing (Nord), à quelque 40 km, à suivre Jean-Luc Mélenchon, venu soutenir la caissière d'Auchan victime d'une fausse couche sur son lieu de travail, toujours selon France 3.

L'équipe de campagne de Manuel Valls avait pourtant soigneusement choisi le lieu et la dramaturgie. En ce jour anniversaire de la mort de François Mitterrand (le 8 janvier 1996), l'ancien Premier ministre a prononcé son allocution dans la salle de l'hôtel de Ville où le premier président socialiste de la Ve République avait prononcé un de ses derniers grands discours, en 1994. Et a convoqué sa mémoire pour fustiger le "scénario catastrophe" d'une élimination de la gauche au premier tour et d'un duel François Fillon-Marine Le Pen. Sans émouvoir grand monde, faute d'assistance suffisante.

2Une faible audience pour "L'Emission politique"

Autre chiffre peu enthousiasmant : l'ex-Premier ministre a intéressé moins de deux millions de personnes lors de son passage à "L'Emission politique", sur France 2. Ce n'est pas la "pire audience" de l'émission, relève Paris Match, mais presque.

Avec "1,9 million de citoyens, soit 8,4% du public", selon PureMedias, Manuel Valls a certes dépassé le score de son rival pour la primaire Benoît Hamon à la même émission (1,7 million de téléspectateurs, en décembre). Mais il est devancé par Arnaud Montebourg (1 935 000 réunis en septembre). Et tous sont supplantés par Vincent Peillon, qui a réuni 3,2 millions de spectateurs pour sa prestation à "L'Entretien politique", un format court qui l'a servi, note encore Paris Match.

3Une ligne difficile à suivre

La ligne en zigzag de Manuel Valls semble également difficile à suivre. Parmi les revirements les plus voyants : le candidat préconise désormais de limiter l'emploi de l'article 49-3 de la Constitution (qui permet de faire adopter une loi sans vote ni débat) au seul budget.

Comme Premier ministre, il s'est pourtant servi six fois du même 49-3 pour faire passer en force les lois Macron et Travail, qui avaient suscité l'opposition de la plupart des syndicats et de l'aile gauche du PS.Comment justifie-t-il cette contradiction ? "On m'a imposé le 49-3", a-t-il déclaré à "L'Emission politique", jeudi 5 janvier, en tentant de faire porter le chapeau aux "frondeurs" du PS. D'où ce tweet moqueur du député (ex-PS) Pouria Amirshahi :

Un mois à peine après sa démission de Matignon, le candidat à la présidentielle peine ainsi à se désolidariser du bilan de François Hollande, après avoir dirigé son gouvernement pendant deux ans et demi.

4La concurrence d'Emmanuel Macron 

Autre obstacle sur la route de Manuel Valls : la dynamique supposée d'Emmanuel Macron. A la surprise générale, l'ancien ministre de l'Economie a réussi à remplir une salle de plusieurs milliers de sympathisants porte de Versailles, à Paris, le 10 décembre.

Il s'est également attiré le soutien de proches de François Hollande, comme l'avocat Jean-Pierre Mignard, relève Le Figaro. La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, ne cache pas non plus ses sympathies pour l'ancien banquier d'affaires.

L'entrée dans la campagne d'Emmanuel Macron – hors primaire – a privé Manuel Valls d'air sur son aile droite. Même son directeur de campagne, Didier Guillaume, avoue sans fard craindre cette concurrence : "Je ne fais pas de langue de bois : Macron est le seul homme politique aujourd'hui en France qui peut mettre 8 000 personnes dans une salle. Aujourd'hui, on ne les fait pas."

5Un sondage défavorable

Ultime ombre au tableau : le sondage Kantar Sofres-OnePoint pour RTL, Le Figaro et LCI, publié dimanche 8 janvier, donne l'ancien maire d'Evry battu au second tour de la primaire. A en croire cette enquête, Manuel Valls arriverait certes en tête du premier tour, avec 36% des voix, devant Arnaud Montebourg (23%), Benoît Hamon (21%), Vincent Peillon (10%), Sylvia Pinel (6%), Jean-Luc Bennahmias et François de Rugy (2% chacun).

Mais il serait battu au second par Arnaud Montebourg, avec 47% des suffrages contre 53% pour l'ancien ministre du Redressement productif. Dans l'hypothèse d'un duel de second tour entre l'ancien Premier ministre et Benoît Hamon, les deux sont donnés à égalité (50%-50% d'intentions de vote). Bonne nouvelle quand même pour Manuel Valls, il ressort en tête des "souhaits" comme des "pronostics de victoire" à cette primaire initiée par le PS. Parmi les personnes interrogées, 34% souhaitent qu'il l'emporte, et 41% pensent qu'il gagnera.

Mais ce sondage présente une limite importante : la faiblesse de son échantillon. Ces chiffres, rendus publics avant le premier débat télévisé, jeudi, entre les candidats, proviennent des intentions de vote de 488 personnes "tout à fait certaines" de participer à la primaire. Sur tout l'échantillon interrogé, soit 8 011 personnes, 73% excluent de participer au scrutin.