Primaire de la gauche : cinq questions pas si bêtes après la victoire de Benoît Hamon

Manuel Valls et Benoît Hamon, le 30 janvier 2017, au siège du Parti socialiste, rue de Soléférino à Paris.
Manuel Valls et Benoît Hamon, le 30 janvier 2017, au siège du Parti socialiste, rue de Soléférino à Paris. (IRINA KALASHNIKOVA / SPUTNIK / AFP)

Après sa victoire face à l'ancien Premier ministre Manuel Valls, le député des Yvelines va représenter le Parti socialiste et ses alliés à l'élection présidentielle.

Benoît Hamon est désormais le candidat du Parti socialiste et de ses alliés, après sa victoire au second tour de la primaire de la gauche, dimanche 29 janvier. Le plus dur commence pour l'ancien ministre de l'Education nationale, qui va devoir tenter de rassembler son camp et se faire une place entre les candidatures de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Dans ce contexte politique parfois confus, franceinfo répond à cinq questions pas si bêtes sur les conséquences de la victoire du socialiste.

Comment expliquer la victoire de Hamon ? 

Benoît Hamon est parti tôt en campagne, dès le 16 août sur le plateau de France 2, en prenant de vitesse ses concurrents pour cette primaire. Résultat, "on a pu mettre assez tôt sur la table notre projet de changement de société, en apportant des idées nouvelles comme le revenu universel", estime son porte-parole, Régis Juanico. Le député des Yvelines diffuse ensuite très vite son programme sur le terrain. "On a eu la capacité de se déployer partout dès le mois d’août grâce à un réseau historique de militants", ajoute le député Régis Juanico. "Du coup, au début on était un peu les seuls à faire campagne sur le terrain."

Le projet du candidat Hamon est ensuite habilement relayé grâce à une campagne numérique efficace et à une prestation remarquée dans "L'Emission politique" sur France 2 en décembre. "C’est l’émission qui fait que ça déborde", analyse Régis Juanico, qui voit alors l'augmentation de la fréquentation du site de campagne. Les débats viennent parachever la campagne. L'ancien ministre de l'Education nationale donne le rythme et impose ses thèmes aux autres candidats.

>> Les six raisons de la victoire surprise de Benoît Hamon

Cette victoire est-elle une surprise ?

La victoire de Benoît Hamon n'est pas une surprise au regard du premier tour. Que ce soit en termes de dynamique de campagne ou d'arithmétique avec le report des voix d'Arnaud Montebourg, le député des Yvelines avait endossé le costume de favori dans l'entre-deux-tours. Il a d'ailleurs géré assez tranquillement son avance lors de cette dernière semaine de campagne. 

En revanche, à l'échelle de la campagne, cette victoire reste une surprise. "On revient de loin, on était à 10-15% il y a trois mois", rappelait au soir du premier tour Régis Juanico, le porte-parole du candidat. Il y a un an, très peu de monde aurait misé sur une victoire de "Petit Ben" – son surnom au PS. D'ailleurs, les éditeurs n'ont rien vu venir, puisque qu'il n'existe aucune biographie de Benoît Hamon. Au départ, Manuel Valls faisait office de favori, mais l'ancien Premier ministre est passé à côté de sa campagne, ne parvenant pas à se détacher du bilan du quinquennat et de son image de candidat de la droite du PS.

>> Pourquoi Manuel Valls a perdu son pari

C'est quoi la différence entre Hamon et les autres candidats de gauche ?

Au soir de sa victoire, Benoît Hamon a appelé Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon au rassemblement. Emmanuel Macron n'a pas le droit à cet honneur, car pour l'instant le camp Hamon considère que l'ancien ministre de l'Economie ne se situe pas clairement à gauche. Il est vrai que les premiers points du programme social-libéral du fondateur du mouvement En marche ! ne paraissent pas tout à fait dans la même tonalité que le programme du candidat socialiste.

Yannick Jadot, candidat d'Europe Ecologie-Les Verts, a un programme qui peut sembler très proche du candidat socialiste. Les deux hommes placent la transition énergétique au cœur de leur projet, mais partagent d'autres points d'accord, notamment sur la réforme des institutions ou les questions de société. Yannick Jadot avait d'ailleurs qualifié début janvier Benoît Hamon de candidat le "plus écolo-compatible".

Les choses semblent un peu plus compliquées entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Les deux candidats ont des conceptions bien différentes sur la société du travail, sur la stratégie vis-à-vis de l'Union européenne ou sur l'immigration. En revanche, ils se rejoignent sur la priorité donnée à l'écologie et sur la nécessité de réformer les institutions.

>> Présidentielle : emploi, écologie, Europe… Hamon et Mélenchon sont-ils si proches qu'on le dit ?

Hamon va-t-il piquer des voix à Mélenchon ?

Si jusque-là les sondages donnaient un avantage à Jean-Luc Mélenchon sur le candidat socialiste, la hiérarchie semble en mesure de s'inverser, selon un sondage Kantar Sofres-One pour Le Figaro. Les soutiens de Benoît Hamon sont convaincus que la dynamique de la primaire va continuer de profiter au candidat PS. "Le rassemblement peut se faire du côté des électeurs, estime Alexis Bachelay. Ces derniers ont plus de bon sens que Mélenchon ou Macron. Ils comprendront qu'il faut se tourner vers Benoît pour mettre la gauche au second tour."

De son côté, Jean-Luc Mélenchon annonce depuis longtemps l'échec de la primaire socialiste et n'envisage pas d'alliance avec Benoît Hamon. "On a fait le choix de ne pas participer à la primaire, ce n'est pas pour se rallier au vainqueur", explique à franceinfo Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Une crispation qui pourrait porter préjudice au candidat de la France insoumise, selon Alexis Bachelay : "Il sera responsable de la situation s'il refuse de discuter avec un candidat issu d'une primaire à laquelle ont participé deux millions d'électeurs."

Les partisans de Valls vont-ils soutenir Hamon ou rallier Macron ?

Dès le soir du second tour, deux députés vallsistes ont annoncé leur soutien à Emmanuel Macron. "Il m'est, en conscience, impossible d'apporter mon soutien au vainqueur de la primaire", a écrit le député Alain Calmette. "Je confirme que je vais voter Macron", a de son côté indiqué le député Marc Goua. D'autres "réformateurs" pourraient faire valoir un droit de retrait. Le député Gilles Savary reconnaît avoir travaillé à un texte qu'il soumettra à ses collègues la semaine prochaine. Le député François Loncle confirme à franceinfo qu'une réunion aura lieu, mardi, pour se décider. 

La situation pourrait donc poser de graves difficultés sur l'unité du PS. Mais dans le camp Hamon, on tente de se rassurer. "Il n'y aura pas de fuite massive chez Macron, seulement des cas isolés, ce sera marginal", confie à franceinfo le député Alexis Bachelay. Il indique que l'équipe de campagne de Benoît Hamon va intégrer dans les prochains jours d'autre sensibilités du PS, y compris des partisans de Manuel Valls. "Certains ont déjà pris contact avec nous", affirmait-il dimanche soir.

>> Pourquoi Benoît Hamon a du souci à se faire malgré sa victoire

Vous êtes à nouveau en ligne