Présidentielle : que pensent les partisans du revenu universel de la proposition de Benoît Hamon ?

Benoît Hamon avant une conférence de presse, le 10 mars 2017, à Paris.
Benoît Hamon avant une conférence de presse, le 10 mars 2017, à Paris. (CHRISTOPHE SAIDI/SIPA)

La mesure portée par Benoît Hamon était au cœur des débats de la primaire de la gauche. Un mois et demi plus tard, le candidat a revu sa copie. Nous avons recueilli la réaction de Nicole Teke, membre du MFRB, qui milite pour l'instauration d'un tel revenu.

C’était l’une des mesures phares de la campagne de Benoît Hamon pendant la primaire du PS et de ses alliés : la création d’un revenu universel. Une mesure qui a suscité bien des critiques, y compris dans le camp du candidat socialiste. Benoît Hamon présente son programme, jeudi 16 mars. Et si le revenu universel en fait toujours partie, il a été sensiblement modifié. Aujourd’hui, la "première étape" de la mesure concerne désormais aussi des salariés (ceux gagnant jusqu'à 1,9 smic). En revanche, elle ne touche plus tous les jeunes de 18 à 25 ans indistinctement : ceux qui sont salariés sont soumis à la règle générale. Le tout pour un coût évalué à 35 milliards d'euros.

Qu’en pense le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB), mouvement citoyen transpartisan qui milite pour l’instauration d’un tel revenu ? Franceinfo a posé la question à Nicole Teke, sa coordinatrice des relations publiques.

Franceinfo : Depuis la primaire, Benoît Hamon a modifié son projet de revenu universel à plusieurs reprises. Etes-vous satisfaite de la version aujourd’hui retenue dans son programme présidentiel ?

Nicole Teke : Au MFRB, nous défendons un revenu de base qui repose sur trois piliers : il doit être universel (c’est-à-dire versé à tous), inconditionnel (sans exigence de contrepartie, que l'on travaille ou non), et enfin versé à titre individuel. Benoît Hamon a fait le choix de présenter une mesure par étapes et de se concentrer sur la première, qui ressemble plutôt à une prime d'activité améliorée. Il propose en effet d'automatiser le versement du RSA. Cela répond en partie au problème, car on sait que 36% des personnes qui ont droit à cette allocation aujourd'hui ne la demandent pas. Il propose aussi d'en augmenter le montant, à 600 euros par mois, et de l'ouvrir aux 18-25 ans. En ce sens, c'est une amélioration du RSA. Par ailleurs, Benoît Hamon propose aussi un complément de revenus pour tout travailleur qui perçoit un salaire net jusqu'à 1,9 smic mensuel : c’est une avancée. Mais si cette avancée est une étape vers le revenu de base, elle ne constitue pas un revenu de base en tant que tel.

Benoît Hamon imagine aussi une deuxième étape, celle d’un véritable revenu universel, mais qui est renvoyée à un horizon plus lointain, au-delà d’un premier quinquennat. Ce que nous craignons, c’est que, malheureusement, cette deuxième étape n'aboutisse pas. Elle sera conditionnée à un conseil citoyen qui devra déterminer s’il faut l'universaliser ou en augmenter le montant, comme Hamon s’y était engagé lors de la primaire (à l'époque, il défendait un revenu de base à 750 euros). Tout cela dépend de facteurs qui rendent la mesure beaucoup plus incertaine.

Ce qui vous pose problème, et vous fait dire que ce n’est pas en l’état un revenu universel, c’est l’absence d’inconditionnalité ?

La première étape du revenu universel de Benoît Hamon n'est ni universelle, ni inconditionnelle, ni individuelle, alors que pour nous, c’est ce qui caractérise un revenu de base. Son revenu n'est pas universel car il sera distribué à une certaine catégorie de population (qui certes en a besoin, mais il n'est pas versé à tous). Il ne sera pas individuel : aujourd'hui, le RSA est versé sur la base du couple ou du ménage, et je n'ai pas entendu Benoît Hamon dire qu'il allait verser le RSA de manière individuelle. C'est pourtant ce qui permettrait de diminuer les dépendances économiques, dans le couple notamment, et de favoriser une plus grande émancipation. Enfin, le revenu ne sera pas non plus inconditionnel, puisqu'il est prévu sous condition de ressources. Donc aucun des trois critères n'est rempli dans cette première étape.

Ces amendements n'étaient-ils pas nécessaires pour rendre le revenu universel acceptable ? Est-ce une façon de "faire passer la pilule" aux yeux des opposants ?

Je ne sais pas, mais cette nouvelle proposition de Benoît Hamon se rapproche beaucoup de celle de Manuel Valls pendant la primaire. Or Manuel Valls a perdu, pour d'autres raisons bien sûr, mais on pense que si les électeurs ont voté Benoît Hamon, c'est bien en raison de ce revenu universel, parce qu'ils croyaient en cette idée novatrice. Ce recul pourrait, au final, avoir des effets plus négatifs que positifs sur son électorat. Aujourd’hui, on se rapproche davantage d'une nouvelle allocation, certes améliorée, mais finalement assez classique.

Mais avec ces modifications, Benoît Hamon répond aussi aux critiques sur le financement de sa mesure...

Pendant la primaire, il avait pourtant bien expliqué cette question du coût. Il faut distinguer le coût brut et le coût net : on va donner un revenu universel, mais en contrepartie, on prélèvera un impôt. Plus les revenus augmentent, plus l'impôt sera élevé. Ce qui fait qu'à partir d'un certain seuil, généralement les 20% des revenus les plus élevés, ces individus ne perçoivent plus de revenu de base, mais contribuent davantage à son financement. Outre ce financement par l’impôt sur le revenu, Hamon propose aussi une taxe progressive sur le patrimoine et une taxe sur les robots. Finalement, la question du coût relève d’une décision politique. Benoît Hamon est tombé dans ce piège de devoir défendre un coût moindre du revenu de base, alors que ce n'est vraiment pas le fond du problème.

Les modifications apportées changent-elles, pour vous, la philosophie et l’objectif du revenu universel, en particulier la volonté de permettre un autre rapport au travail ?

Pour nous, le revenu universel est un moyen non pas de s’opposer au travail, mais de s'opposer au travail subi. C'est l'idée de pouvoir donner une liberté de choix à tout individu et d'équilibrer le rapport de force entre l'employeur et l'employé. On ne pense pas qu’à cause du revenu universel, tout le monde restera chez soi à regarder la télé sans rien faire. Au contraire, il s’agit aussi de permettre une certaine émancipation et de revaloriser des activités qui, aujourd’hui, ne sont pas considérées comme productives, comme le bénévolat ou l'implication dans des associations.

Pendant les débats de la primaire, Benoît Hamon avait su faire passer ce message. J'ai aujourd’hui l'impression qu'il se recentre beaucoup plus sur l'éradication de la pauvreté et le pouvoir d'achat.

Au final, est-ce que vous vous réjouissez qu’un candidat ait porté cette mesure, même inachevée ? Ou craignez-vous que cette version, si différente de votre objectif, compromette sa mise en œuvre ?

Le fait que Benoît Hamon ait porté le revenu universel comme une mesure phare de sa campagne a été, bien sûr, bénéfique. Cela a permis d'introduire l'idée au cœur des débats politiques, c’est une avancée historique ! Le risque, c'est que le revenu de base soit coloré politiquement, qu’il apparaisse comme une mesure du PS et de Benoît Hamon. Certains partisans de la mesure, qu’on peut trouver chez Les Républicains, à En marche ! ou même autour de Jean-Luc Mélenchon, se sont bien gardés de la défendre au vu de ce contexte.

On espère qu'après les élections présidentielles, peut-être au cours des législatives, on pourra avoir un appui en dehors du PS. Nous défendons vraiment le revenu de base comme une idée au-delà du clivage gauche-droite, qui rassemble toutes les forces progressistes qui veulent défendre cette idée à l'échelle nationale. Ce n’est une mesure ni de gauche ni de droite, elle a des partisans comme des détracteurs des deux côtés de l’échiquier politique.

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