Et maintenant, comment réunifier le PS ?

2 000 255 électeurs se sont rendus aux urnes pour le second tour de la primaire de la gauche
2 000 255 électeurs se sont rendus aux urnes pour le second tour de la primaire de la gauche (ERIC FEFERBERG / AFP)

Après la victoire de Benoît Hamon dimanche 29 janvier lors du deuxième tour de la primaire de la gauche, il s'agit maintenant pour le Parti socialiste d'éviter l'explosion et de resserrer ses rangs avant l'élection présidentielle.

Avec 58,87 % des voix contre 41,13 % pour Manuel Valls, Benoît Hamon sort large vainqueur du second tour de la primaire de la gauche. Maintenant, il s'agit pour le candidat Hamon de mettre son parti sous la bannière de l'unité en vue de l'élection présidentielle.

Premier enseignement : encore une primaire coup de balai ?

La formule est connue : "Sortez les sortants !" C'est la troisième primaire d'affilée où les grands fauves chutent lourdement. C'était Cécile Duflort pour la primaire écolo, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé pour la primaire de la droite. Voilà maintenant Manuel Valls sorti sèchement, plus sèchement encore que Martine Aubry en 2011. Des primaires qui se gagnent sur le coeur de cible : Fillon et ses valeurs de droite assumée, Hamon et sa gauche de combat.

L'affiche présidentielle est désormais quasi complète...

Il subsiste toutefois trois inconnues, trois hypothèques à lever : Yannick Jadot, pour EELV, aura-t-il ses 500 parrainages ? Même question pour Philippe Poutou, le candidat du NPA. Enfin, dernière pièce manquante du puzzle : que fera François Bayrou ? Pour l'instant il sort un livre, "Résolution française". Sera-t-il candidat pour la quatrième fois ? Soutiendra-t-il François Fillon ou Emmanuel Macron ou personne ? Réponse d'ici à la mi-février au plus tard...

Pas de doutes sur François Fillon ?

Il n'y a pas de plan B, il n'y a pas d'affaire Pénélope, le candidat est en règle : c'est la contre-attaque du camp Fillon depuis trois jours, point d'orgue dimanche avec le grand meeting de la Villette. Les images d'un couple soudé dans l'épreuve, d'une famille politique qui fait bloc. Mais le calendrier judiciaire a sa logique et son rythme qui ne colle pas forcément à l'urgence politique. François Fillon tiendra-t-il jusqu'au bout ? A droite, la question est taboue. Mais les dégâts dans l'opinion sont là : le candidat Les Républicains se retrouve quasiment à touche-touche dans les sondages avec Emmanuel Macron.

La primaire gagnée par Benoît Hamon, n'est-ce pas le coup de grâce pour François Hollande ?

On ne l'a effectivement pas assez dit dimanche soir et les projecteurs étaient braqués sur Manuel Valls, mais le vrai perdant de cette primaire est bien François Hollande. Contraint de renoncer à se présenter, début décembre, situation inédite sous la Ve République, la deuxième lame est arrivée hier soir avec la victoire d'un frondeur. Benoît Hamon, un ex-ministre qui a trinqué à la cuvée du redressement, un socialiste qui voulait voter la motion de censure contre la loi Travail. Quatre ou cinq années d'incompréhension, de guerre des gauches entre socialistes, soldée en une soirée. Et même s'il s'est minutieusemente tenu à l'écart, c'est François Hollande qui est sanctionné, humilié. Le quinquennat s'était déjà arrêté le 1er décembre, date du renoncement. Le voilà liquidé depuis la victoire de Benoit Hamon dimanche.

Maintenant, que faire de cette victoire ?

C'est maintenant que le plus dur commence : rassembler à l'intérieur, rassembler à l'extérieur. Benoît Hamon voit le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, ce lundi après-midi. Il verra François Hollande dans la semaine. Mais attention aux injonctions contradictoires ! Les vallsistes veulent une synthèse, les hamonistes souhaitent que le projet reste chimiquement pur. La chose se complique encore quand Benoît Hamon tend la main à Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. Ce qu'il a fait dès dimanche soir dans son discours de victoire. Chez EELV, on est très sensible aux idées écolos, portées justement par Benoit Hamon. Mais si ça devient une grande synthèse molle, Jadot ne viendra pas. D'ailleurs, pour couper court aux rumeurs, il a fait savoir qu'il avait déjà bouclé son affiche de campagne.

N'est-ce pas déjà l'hémorragie vers Emmanuel Macron ?

Contrairement aux prévisions les plus alarmistes, aux menaces proférées il y a 8 jours, pour destabiliser la candidature Hamon, ce n'est pas ce qu'on ressent. Il y a bien un député vallsiste, Alain Calmette, dans le Cantal, qui a fait ses valises après l'annonce des résultats. Il y a bien cette réunion mardi matin, du pôle des réformateurs, une trentaine de députés PS version aile droite qui se tâtent.

Mais le PS n'est pas ce "cadavre à la renverse" qui est décrit à chaque fois qu'il traverse une crise. La photo de la poignée de main hier soir à Solférino, avec le premier secrétaire entre les deux, très importante psychologiquement. Citons à cet égard un vallsiste de choc, Philippe Doucet : "On a une épée dans les reins ! Et c'est à ce moment là que les socialistes sont les meilleurs." Et n'oublions pas le poids politique d'une Anne Hidalgo ou d'une Martine Aubry derrière Benoit Hamon, deux élues qui sont restées fidèles à l'axe rose / verts / rouge.

Et Jean-Luc Mélenchon, dans tout ça ?

Souvenons-nous aussi que seule une courte majorité de militants communistes ont accepté de se rallier, la mort dans l'âme, à Jean-Luc Mélenchon. Hamon gagnant est finalement une bien mauvaise opération pour le leader de la France insoumise. La force de Benoît Hamon, ce sera de lui dire : "Jean-Luc, qui est-ce qui a fait partir Manuel Valls, qui est-ce qui a gagné contre la politique de l'offre de François Hollande ? C'est moi et avec deux millions d'électeurs dans une primaire !" Dans un sondage Kantar Sofres One Point publié ce lundi matin, c'est bien Hamon qui est devant Mélenchon. Le casse-noix continue à faire de l'huile, mais cette fois sur le dos de Mélenchon ! La page blanche à écrire en ce mois de février qui arrive est indéniablement à gauche. Si l'affaire en restait là, c'est la neutralisation assurée, la tripartition mortifère.

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