Présidentielle : "Cette campagne a mis fin au Parti socialiste d'Épinay"

Benoît Hamon le 23 avril 2017 à la Maison de la Mutualité à Paris. 
Benoît Hamon le 23 avril 2017 à la Maison de la Mutualité à Paris.  (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Selon Laurent Bouvet, professeur de science politique, l'élimination de Benoît Hamon au premier tour de la présidentielle dimanche a "mis fin à ce qui a été le parti socialiste d'Épinay".

Quelles conséquences aura le premier tour de la présidentielle sur le Parti Socialiste et la gauche ? Les cartes sont rebattues après le très faible score de Benoît Hamon (6,36%) et la percée d'Emmanuel Macron. "Cette campagne a mis fin à ce qui a été le parti socialiste d'Epinay", a expliqué à franceinfo Laurent Bouvet, professeur de science politique et auteur de La gauche zombie (éditions Lemieux).

franceinfo : Doit-on s'attendre à l'apparition de nouvelles gauches après ce premier tour ?

Laurent Bouvet : Ce qu'on a connu ces dernières décennies va se transformer profondément. On ne peut pas dire s'il y aura un nouveau PS ou deux : un plutôt à gauche avec les écologistes, héritage de Benoît Hamon, et puis une aile plus sociale-libérale derrière Manuel Valls. Mais il y a beaucoup d'inconnues. Il faut attendre le second tour, le score qu'Emmanuel Macron va faire contre Marine Le Pen, et les législatives. Les logiques vont encore bouger. Cette campagne a mis fin à ce qui a été le parti socialiste d'Épinay, du nom de sa refondation par François Mitterrand en 1971.

Où se situe Emmanuel Macron au milieu de ces transformations ? Appartient-il à la gauche libérale, à la droite sociale, au nouveau centre ?

À tout ça à la fois. C'est à la fois sa qualité, et son principal problème. Comment faire vivre ensemble ces traditions, des élus, des habitudes qui se sont prises ? Lui-même a dit qu'il n'était ni de gauche ni de droite, au-delà de la gauche et de la droite. C'est aussi la possibilité d'un centre pour la première fois dans l'histoire de la présidentielle française.

Jean-Luc Mélenchon peut-il s'imposer comme l'acteur central de la recomposition d'une gauche ?

De LA gauche, sans doute pas. La fracturation ne lui permettrait pas de jouer ce rôle d'unificateur, qu'avait pu jouer François Mitterrand ou François Hollande en 2012. Mais certainement, il va essayer sur sa gauche, c'est-à-à dire une gauche très à gauche. Le problème qu'il a est l'absence d'une structure partisane qui permettrait d'organiser les choses. La France insoumise est un ensemble qui réunit aussi bien le Parti communiste, que des tous petits partis dont le parti dont il est issu, le Parti de Gauche. Ces petites formations n'ont pas les mêmes intérêts. Le parti communiste a immédiatement appelé à voter Emmanuel Macron ce qui n'est pas le cas de Jean-Luc Mélenchon. C'est sans doute une faute. Ça peut lui poser quelques difficultés ensuite dans la possibilité de constituer de manière plus durable sa partie de la gauche malgré son bon score au premier tour de la présidentielle [19,58%, ndlr]