Notre-Dame-des-Landes : Europe Écologie-Les Verts dit craindre "de nouveaux débordements et appelle à l'arrêt" de l'évacuation

Près de 1 200 personnes ont manifesté en soutien aux occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à Nantes (Loire-Atlantique),le 9 avril 2018.
Près de 1 200 personnes ont manifesté en soutien aux occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à Nantes (Loire-Atlantique),le 9 avril 2018. (RADIO FRANCE / LOUIS DE BERGEVIN)

Sophie Briguy, co-présidente du groupe Europe Écologie-Les Verts au conseil régional des Pays de la Loire, a expliqué être persuadée "que demain il y a des personnes beaucoup plus radicales qui vont arriver" sur le site de Notre-Dame-des-Landes après l'évacuation entamée, lundi.

En prenant la décision de faire évacuer la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), "le gouvernement commet une énorme erreur stratégique", a estimé Sophie Bringuy, lundi 9 avril sur franceinfo. La co-présidente du groupe Europe Écologie-Les Verts au conseil régional des Pays de la Loire "craint de nouveaux débordements" et appelle "à l'arrêt de toute l'opération pour revenir au calme, car la violence appelle la violence".

franceinfo : Soutenez-vous les manifestations contre la procédure d'évacuation à Notre-Dame-des-Landes ?

Sophie Bringuy : Effectivement, EELV appelle à tous les rassemblements qui peuvent se dérouler sur le territoire. Nous les souhaitons pacifiques et non violents pour éviter les débordements. À partir du moment où [les gendarmes] se sont attaqués au site des "100 noms", qui est un lieu de projet agricole, de projet collectif avec des personnes qui ont envie d'apporter une plus-value pour le territoire, là c'est une ligne rouge qui a été franchie. Il fallait un retour à l'ordre, certes, il fallait dégager la Départementale 281 dite "la route des chicanes". C'était important, mais il y a des projets sur le territoire qui sont enrichissants et qu'il faut protéger, qu'il faut préserver, qu'il faut aider à grandir. Des mains ont été tendues et le gouvernement a choisi de mordre les personnes qui ont répondu à cette main tendue. Je crains de nouveaux débordements et j'appelle aujourd'hui à l'arrêt de toute l'opération pour revenir au calme, car la violence appelle la violence. Je suis persuadée que demain il y a des personnes beaucoup plus radicales qui vont arriver et qui sont attirées par la violence et que demain les choses ne se passeront pas aussi bien qu'aujourd'hui.

L'État dit faire la différence entre l'occupation légale et illégale et que seules les personnes en état d'illégalité seront expulsées. Est-ce la bonne distinction ?

La distinction que le gouvernement a dit faire, c'est de dire que les personnes qui sont porteuses de projet pourront rester et celles qui ne le sont pas ne pourront pas rester. Mais elles ont des délais trop courts pour répondre aux projets pour être en situation de monter leurs projets. (…) On ne peut pas faire cela en un mois ou en six semaines. Le temps que les appels à projets soient lancés, que le dispositif soit mis en place, ce n'est pas si long que ça. C'est beaucoup plus court que ça au vu des discussions en préfecture. Dans tous les cas, pour moi le discernement était de laisser le temps au temps. Le gouvernement commet une énorme erreur stratégique, puisqu'il va y avoir un nouveau mouvement de radicalisation sur le site. Il va y avoir un retour de bâtons énorme par rapport à l'opération qui a été engagée aujourd'hui où un site celui des "100 noms" a été touché et ce site n'aurait jamais dû être touché.

Le gouvernement a-t-il agi en pensant que les personnes expulsées n'accepteraient pas de partir et qu'il ne servirait à rien de prolonger ce dialogue ?

Le dialogue était en train de se construite, pas avec tout le monde, mais il était en train de se construire avec beaucoup de personnes. Cependant, il y a un cadre très descendant qui a été imposé, qui a nié la légitimité de certaines actions, de certains mouvements sur le territoire. Il fallait poursuivre encore pour trouver un cadre qui soit convergent et qui permette à tout le monde de s'inscrire dedans et surtout il fallait recréer la confiance. Je rappelle que le projet à Notre-Dame-des-Landes a été construit sur des mensonges d'État. Les personnes qui sont sur place aujourd'hui et qui ont fortement contribué à ce que ce projet soit abandonné ont une défiance vis-à-vis de l'État. Il y avait un rapport de confiance à reconstruire et un rapport de confiance ne se construit pas sur un ultimatum ainsi qu'avec l'envoi de gendarmes.

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