Notre-Dame-des-Landes : cinq questions qui restent en suspens après l'abandon du projet d'aéroport

L\'entrée de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le 9 janvier 2018, où un projet d\'aéroport a été annulé par le gouvernement.
L'entrée de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le 9 janvier 2018, où un projet d'aéroport a été annulé par le gouvernement. (LOIC VENANCE / AFP)

Le projet a été enterré par le gouvernement, mercredi 17 janvier. Mais ce choix entraîne de nombreuses questions. Quel sort attend la zone ? Quel développement de l'aéroport existant ? Ou encore, combien va coûter cette décision ? Franceinfo apporte des éléments de réponse. 

Il n'y aura pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Malgré des décisions de justice et une consultation locale favorables, le gouvernement a décidé de refermer le dossier, mercredi 17 janvier, ouvert il y a plus de cinquante ans. Cofinancé par le groupe Vinci à hauteur de 56,1%, ainsi que par l'Etat et six collectivités territoriales, le coût de Notre-Dame-des-Landes avait été évalué en 2010 à 561 millions d'euros, pour accueillir environ cinq millions de passagers par an, avec l'objectif d'atteindre neuf millions en 2040. Franceinfo revient sur les nouvelles questions qui se posent après cette décision.

1Les zadistes seront-ils évacués ?

Oui, selon le gouvernement. Dans un premier temps, les routes d'accès à Notre-Dame-des Landes seront libérées "d'ici la fin de la semaine prochaine", a déclaré Gérard Collomb, sur CNews. Le ministre de l'Intérieur souhaite que les opérations se déroulent "par la discussion et la négociation" plutôt que par la force. Des opposants ont promis de rouvrir les voies d'accès, dont la D281, dite "route des chicanes" – par leurs propres moyens.

Deuxième étape : l'évacuation de la zone, où vivent 200 à 400 zadistes. Le gouvernement a donné deux mois aux opposants pour quitter les lieux, le temps de la trêve hivernale. "Nous positionnons un certain nombre de forces dans le temps, de manière à pouvoir contrôler ces lieux sur deux mois, trois mois, quatre mois, le temps qu'il faudra pour pouvoir arriver à pacifier", a précisé Gérard Collomb.

Mais tous ne sont pas de cet avis. L'eurodéputé EELV Yannick Jadot souhaite que les zadistes puissent continuer à vivre sur place sur les terres agricoles, sur le modèle du Larzac. La majorité d'entre eux ne comptent pas quitter la zone, selon l'envoyé spécial de France 2 : "Leur état d'esprit est clair, ils ont gagné contre les avions, ils gagneront contre les expulsions." Une assemblée générale est prévue jeudi au sein de la ZAD.

2Quid des agriculteurs expulsés ?

L'Etat ne veut pas garder les 1 650 hectares de la zone. La déclaration d'utilité publique sera donc abrogée pour que la zone retrouve son usage agricole. Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture, a précisé que les propriétaires présents sur le site pourront rester, et que les propriétaires expropriés pourront y revenir. "Nous verrons comment les conditions de réappropriation des terres pourront se faire", a-t-il ajouté, au micro de Sud Radio."Après il faudra regarder comment nous pourront accueillir d'autres agriculteurs qui souhaitent porter un projet. Mais en aucun cas il ne peut y avoir d'occupation illégale du terrain."

Début janvier, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a cité l'exemple d'"un certain nombre d'agriculteurs qui aujourd'hui sont solidarisés avec les zadistes (qui) peuvent avoir la volonté de retrouver ce qu'ils avaient avant". Stéphane Travert a lancé l'idée de réserver une partie des terres à la production de produits bio pour alimenter la restauration collective régionale.

3Que va devenir l'aéroport de Nantes ?

Le plan B, s'il existe, est encore bien flou. L'aérogare sera modernisé et les abords de piste seront aménagés pour permettre à l'aéroport de Nantes Atlantique d'accueillir davantage de passagers, a annoncé Edouard Philippe. Une procédure sera lancée pour allonger la piste, et tenter de réduire les nuisances sonores.

C'est sans compter sur l'opposition des riverains de Saint-Aignan-de-Grandlieu, qui seraient directement touchés par un agrandissement de la piste de Nantes-Atlantique. Immobilier déprécié, nuisances sonores accrues, peur de l'accident... "Le bruit nous tue", témoigne une habitante sur France 3. Entre quatre et 12 avions survolent l'école chaque heure, estime le maire, Jean-Claude Lemasson. L'élu va déposer un recours au Conseil d'Etat, rapporte BFMTV, afin de faire respecter le droit européen sur la protection des riverains dans les zones aéroportuaires. Des expropriations pourraient être nécessaires. Après l'annonce d'Edouard Philippe, les drapeaux de la mairie ont été mis en berne.

Concernant le calendrier, le Premier ministre s'est contenté d'évoquer "des délais rapides". Mais le Syndicat mixte aéroportuaire, qui regroupe les collectivités qui ont commencé à financer le transfert de l'aéroport, estime que la procédure repart à zéro. "On repart pour dix ans au moins, quinze ans en cas de recours." 

4Quel sera le montant des indemnités versées à Vinci ?

Le groupe Vinci doit bénéficier d'une indemnisation pour les frais engagés sur le projet, en vertu de l'article 81 du contrat de concession, mais aussi pour le manque à gagner sur les bénéfices escomptés jusqu'en 2065. Le montant pourrait atteindre 350 millions d'euros, selon les médiateurs. Mais ce chiffre est contesté par Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Les négociations devraient s'ouvrir "sans délai", selon la ministre des Transports, Elisabeth Borne.

Christophe Castaner, délégué général de LREM, veut que tout soit fait pour que l'indemnisation "coûte le moins cher au contribuable", comme il l'a déclaré jeudi sur Europe 1. Par ailleurs, l'Etat possède quelques arguments de poids dans la négociation : Vinci pourrait ainsi conserver l'exploitation rentable de l'aéroport existant. Et le groupe lorgne également sur des parts d'Aéroports de Paris, dont sa filiale Vinci Airports détient déjà 8%, explique Médiacités. L'Etat pourrait être tenté d'utiliser cette monnaie d'échange.

5Quel est le coût pour l'Etat et les collectivités ?

L'Etat devait accorder 85 millions d'euros pour construire la tour de contrôle et opérer le raccordement routier, selon Libération. Les collectivités locales, elles, devaient attribuer 225 millions d'euros pour lancer un tramway jusqu'au site. Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, estime que "sur l'ensemble du projet, c'est environ 400 millions d'euros en moins par rapport à ce qu'on aurait dû engager si on avait fait [l'aéroport de] Notre-Dame-des-Landes".

Elisabeth Borne évalue le coût de l'aménagement de Nantes-Atlantique à 450 millions d'euros (avec l'amélioration des dessertes), sur franceinfo, tout en précisant que ce coût incombera d'abord aux compagnies aériennes. "Aménager un aéroport à une piste coûte moins cher que de créer un aéroport à deux pistes." Le Grand-Ouest aura "des dessertes aériennes avec l'ensemble de l'Europe dans les plateformes du Grand-Ouest" et une connexion avec les hubs parisiens pour les vols lointains. Elle pense également pouvoir "fluidifier" les liaisons directes en TGV entre le Grand-Ouest et l'aéroport parisien Roissy-Charles-de-Gaulle.

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