Larzac bis, expérimentations, exploitations classiques... Que va devenir la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

Un agriculteur à La Vache rit, une ferme située sur la Zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le 17 janvier 2018.
Un agriculteur à La Vache rit, une ferme située sur la Zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le 17 janvier 2018. (LOIC VENANCE / AFP)

Après l'abandon du projet d'aéroport, la ZAD devrait retrouver sa vocation agricole. Mais son avenir fait l'objet de multiples scénarios, qui ne sont pas toujours compatibles entre eux. 

Et maintenant, que vont-ils faire ? Après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), de nombreux opposants souhaitent continuer à vivre sur la zone, malgré les menaces d'expulsion du gouvernement. Des projets agricoles sont lancés sur 500 ou 600 hectares, sur les 1 650 que compte la ZAD, selon le maire Jean-Paul Naud. "On va se battre pour que tout le monde puisse rester ici et on va continuer à construire nos vies ici", affirmait une occupante de longue date de la ZAD, tandis que d'autres zadistes annonçaient dès mercredi soir leur départ "vers d'autres luttes", avant le printemps. Franceinfo fait le point sur l'avenir de ces terres.

Un projet d'agriculture bio ?

La déclaration d'utilité publique sera caduque le 9 février, et la ZAD devrait retrouver sa dimension agricole, même s'il "sera difficile, sur la durée, de résister à la spéculation foncière", concède un élu socialiste à 20 Minutes, sous couvert d'anonymat. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, a proposé sur Sud Radio de réserver ces terres à la production de produits bio ou de qualité pour alimenter la restauration collective régionale. Les zadistes se disent "prêts à négocier" avec l'Etat sur le futur projet de territoire agricole, mais refusent "toute expulsion".

Certains imaginent déjà un avenir similaire à celui du Larzac. En 1984, l'Etat a mis des terres à disposition à travers un bail emphytéotique, de très longue durée, avec la création de la Société civile des terres du Larzac (SCTL). Il en reste propriétaire, mais il ne peut pas vendre, et les agriculteurs paient un loyer à la SCTL.

Un beau projet se dessine pour la ZAD (...). Pour nous, le Larzac, où l'Etat restant propriétaire a cédé des sortes de baux à long terme à une société civile qui gère le foncier, est un exemple à suivre.Cécile Muret, secrétaire nationale de la Confédération paysanne

FRANCE 2

Des zadistes veulent continuer à gérer les terres

Un Larzac bis ? "Pourquoi pas", a répondu le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, sur France 2. Mais certains opposants eux-mêmes sont plus circonspects. Julien Durand, porte-parole de l'association d'opposants Acipa, évoque "deux approches philosophiques" divergentes chez les opposants, dans les colonnes de La Croix. L'une consiste à revenir dans la légalité – avec, pourquoi pas, la création d'une "Société civile du bocage" – tandis que l'autre refuse tout cadre institutionnel.

L'ensemble du mouvement réaffirme (...) une volonté de prise en charge à long terme des terres de la ZAD par le mouvement dans toute sa diversité – paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants.Les zadistesdans un communiqué

Le mouvement veut conserver l'aspect expérimental de la zone. Les terres, estiment les zadistes, doivent être gérées par "une entité issue du mouvement de lutte" et non par un organe imaginé par l'Etat. Le député LREM Matthieu Orphelin propose une solution médiane et encore floue, dans une tribune publiée dans plusieurs journaux locaux : "les citoyens non-violents" pourraient continuer leurs expérimentations seulement dans une "zone définie" et dans le cadre d'une "relation régularisée".

Les syndicats agricoles réclament un retour à la normale

Et les agriculteurs, dans tout ça ? Les propriétaires expropriés et indemnisés pourront racheter leurs terres. Les syndicats départementaux, eux, voient d'un mauvais œil l'installation pérenne des nouveaux arrivants. "La priorité, c’est l’installation de jeunes. Pas d’avoir des candidats à l’illégalité", affirme Mickaël Huneau, président des jeunes agriculteurs de Loire-Atlantique, dans Presse Océan. "Sur des images à la télé, j’ai vu des vaches qui n’étaient pas bouclées, affirme-t-il. Moi, s’il manque une seule boucle à une bête, je prends un avertissement."

Sur cette zone, beaucoup de gens se sont appropriés le foncier illégalement, sans aucun projet économique, et sans les règles sanitaires qui doivent être respectées par tous.Mickaël Huneau, président des jeunes agriculteurs 44à "Presse Océan"

Les négociations ont déjà commencé, en se basant sur un document en six points signé par 22 organisations qui appellent à un rassemblement "le 10 février" dans le bocage. "Six installations se sont faites récemment sur la zone et l'enjeu est de (...) répondre à tous les néo-ruraux qui ont des projets pour la faire vivre", a souligné Raphaël Bellanger, du FADEAR (réseau d'accompagnement et de formation). Larzac, expérimentations en marge, retour à des exploitations classiques... L'avenir de la ZAD est un autre chantier en perspective pour le gouvernement.

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