Note S&P : est-ce grave pour la France ?

(Brendan McDermid Reuters)

DECRYPTAGE | La France a été dégradée pour la deuxième fois en moins de deux ans par l'agence de notation Standard & Poor's, ce vendredi, passant de AA+ à AA. Mais que risque réellement la France ? Selon les économistes, cette décision de S&P ne devrait pas changer grand chose économiquement pour le pays.

"Les investisseurs peuvent et vont continuer à faire confiance à la France. " Après avoir réagi immédiatement vendredi matin sur France Info, le ministre des Finances, Pierre Moscovici, est resté affirmatif dans l'après-midi : la seconde dégradation en moins de deux ans, ce vendredi, de la note française par Standard & Poor's ne change rien, la France est sur la bonne voie. Le discours est le même du côté de François Hollande qui a "confirmé sa stratégie " économique ce vendredi matin.

L'opposition, elle, accuse. L'UMP parle d'une "sanction " et appelle le président de la République à "prendre ses responsabilités ". Le Front national dénonce la "voie de l'eurostérité " choisie par le gouvernement. Mais à écouter les économistes, cette dégradation de la France ne devrait pas prêter à conséquences.

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La Banque de France a ainsi rapidement tempéré cette décision de Standard & Poor's. Son gouverneur Christian Noyer a jugé que l'analyse "était incomplète ". Interrogé lors du déjeuner annuel organisé par la chambre de commerce française de Grande-Bretagne, il a déclaré "qu'une autre opinion basée sur les mêmes faits " aurait conclu que "le pays est sur la bonne voie ". Selon lui, l'agence d'évaluation financière n'a pas "pris en compte ce qui a déjà été fait depuis plusieurs années (...) en terme de réduction du déficit ".

"Pas d'impact réel " de la dégradation

L'agence émet pourtant de sévères critiques sur la situation économique de la France et sur les choix du gouvernement. Alors quelles conséquences concrètes pour la France ? Aura-t-elle plus de mal à emprunter de l'argent sur les marchés, comme on peut le craindre lorsque la note d'un pays baisse ?

Pas du tout répond l'économiste Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS. D'après lui la France ne souffrira pas du passage de sa note de AA+ à AA. "Il n'y aura pas d'impact réel sur les conditions d'endettement de la France. Elle va pouvoir continuer à emprunter à des taux avantageux ", juge-t-il.

La France ne devrait pas non plus souffrir de la confiance des marchés. "A part l'Allemagne, il n'y a en Europe que la France qui soit un pays à bons risques " pour les investissements, poursuit Elie Cohen. Ce que confirme Patrick Artus, économiste chez Natixis : "La France, du point de vue fiscal ou du point de vue de son budget, va mieux que l'Angleterre ou les Etats-Unis ". "Il y a sans doute un biais anglo-saxon " dans la décision de Standard & Poor's, explique-t-il.

L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's a abaissé en tout début de matinée d'un cran la note de la France, à "AA", estimant que le pays avait perdu de sa marge de manoeuvre financière. Seuls onze pays dans le monde, dont huit en Europe, conservent le Graal du triple A, la note optimale attribuée par les trois grandes agences de notation Standard & Poor's, Fitch et Moody's.

Parmi eux, sept pays bénéficient d'une perspective "stable" sur la situation de leur dette souveraine par les trois agences : la Suède, la Norvège, le Danemark, la Suisse, l'Australie, le Canada et Singapour. Les quatre autres, l'Allemagne, les Pays-Bas, Le Luxembourg et la Finlande, voient leur triple A menacé d'une perspective "négative", attribuée par au moins une des trois agences. Ces trois dernières années, quatre pays ont quitté le club très fermé des Etats les mieux notés : la France, l'Autriche, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

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