Passations de pouvoir sous la Ve République : à chacun son époque et son style

Le nouveau président français, François Mitterrand raccompagne son prédécesseur Valéry Giscard d\'Estaing dans la cour de l\'Elysée, le 21 mai 1981 à Paris, à l\'issue de la cérémonie de passation de pouvoir.
Le nouveau président français, François Mitterrand raccompagne son prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing dans la cour de l'Elysée, le 21 mai 1981 à Paris, à l'issue de la cérémonie de passation de pouvoir. (STF / AFP)

François Hollande quitte l'élysée dimanche pour laisser la place à son ancien conseiller Emmanuel Macron. Les passations de pouvoir ont toutes été différentes sous la Ve République et pas toujours sereines. franceinfo a fouillé dans les archives.

La fin d'un règne, le début d'un autre. Emmanuel Macron rentre officiellement à l'Élysée dimanche 14 mai, à partir de 10h, après la passation de pouvoir avec François Hollande. Si ce rituel est bien précis, au fil de l'histoire chaque président a choisi d'imprimer sa marque, à son image. Retour sur les plus emblématiques passations de pouvoir de cette Ve République.

Charles de Gaulle, le protocole 

"L'ère de la Ve République. Le général de Gaulle entre à l'Élysée", commentait le présentateur des Actualités françaises le 14 janvier 1959 à la télévision. À l'écran, on voit René Cotty passer le témoin à Charles de Gaulle au cours d'une cérémonie très protocolaire le 8 janvier. "Il me faut le concours de ceux qui servent la République", déclare le nouveau président avant de remonter les Champs-Elysées en uniforme et à bord d'une Simca décapotable. C'est lui qui mettra en place les traditionnels coups de canons tirés depuis l’esplanade des Invalides.

VGE, à pied à l'aller et au retour

Quelques années plus tard, le 27 mai 1974, le journaliste de 24h sur la Une, Jean-François Robinet, commence ainsi son émission : "10h30 précises ce matin. M. Giscard d'Estaing est officiellement investi président de la République française. Une cérémonie au protocole simplifié selon le désirs du nouveau chef de l'État." Valéry Giscard d'Estaing a 48 ans et veut moderniser l’exercice du pouvoir et dépoussiérer le protocole. "De ce jour, date une ère nouvelle de la politique française", déclare le 20e président de la République en prélude à son discours avant de remonter l'avenue des Champs-Élysées en costume de ville et... à pied.

Sept ans plus tard, c'est dans une toute autre atmosphère que VGE abandonne l'Élysée aux mains de François Mitterrand. "À la surprise générale, le protocole ne l'avait pas prévu,Valéry Giscard d'Estaing quitte à pied le palais présidentiel, commente la journaliste du 20H de la Télévision Française 1, Marie-Laure Augry. Le président sortant se dirige vers sa voiture. Les applaudissements sont alors couverts par les sifflets."

François Mitterrand au Panthéon

Ce qu'on retiendra avant tout du 21 mai 1981, c'est la visite du nouveau président au Panthéon. Une marche interminable dans la plus pure tradition républicaine aux accents monarchiques. France 3 a suivi la cérémonie : "François Mitterrand se dégage de la foule. Deux roses à la main, il pénètre, seul, à l'intérieur du Panthéon. L'orchestre de Paris joue maintenant l'Hymne à la joie. Le président de la République va se recueillir devant les tombeaux de Jean Jaurès et du résistant Jean Moulin."

En 1995, Chirac salue Mitterrand

"Le président Jacques Chirac, instant solennel", commente un journaliste de France 2 le 17 mai 1995. Une page de l'Histoire se tourne. Jacques Chirac raccompagne François Mitterrand, épuisé par la maladie, jusqu'à sa voiture avant de le regarder s'en aller. La poignée de mains est chaleureuse entre ces deux hommes qui ont passé leur vie à se combattre.

"Arrivée de star" des Sarkozy

Le 16 mai 2007, la passation de pouvoir est très commentée. Sur France 3, la journaliste Claudine Gilbert commente l'"arrivée de star pour la famille Sarkozy, l'épouse et leur jeune fils, accompagné des deux filles de Cécilia Sarkozy et des deux fils du président". Entouré de sa famille, le couple échange même un baiser fugace devant les caméras. Une première.

"Le temps d'un au-revoir, Jacques Chirac n'est plus le président de la République française", conclut la journaliste. À son tour, Nicolas Sarkozy reconduit Jacques Chirac dans la cour de l'Élysée. Oubliée la trahison de 1995. Il applaudit même l’ancien président lorsqu'il quitte le palais en voiture.

François Hollande "désolé"

En 2012, Nicolas Sarkozy n'aura pas les mêmes honneurs avec François Hollande. Voulue chaleureuse, la passation entre les deux hommes se révèle glaciale. "Les hommes échangent une dernière poignée de main et les dames s'embrassent. Mais, surprise : le nouveau président n'accompagne pas l'ancien, lui laissant la cour et les applaudissements des personnel du palais de l'Élysée", dit le journaliste de France 2 ce 16 mai 2007.

Depuis, François Hollande s'en est excusé : "Je l'ai raccompagné mais je n'ai pas raccompagné Nicolas Sarkozy jusqu'à sa voiture comme il l'avait fait pour Jacques Chirac. Je pensais que je n'étais pas dans la même relation que celle de Nicolas Sarkozy avec Jacques Chirac dont il avait été Premier ministre. J'en ai été vraiment désolé parce que ce n'est pas du tout l'attitude que je voulais avoir. Et si c'est ce qu'a ressenti Nicolas Sarkozy c'est qu'il était lui-même, sûrement, peiné de devoir quitter ainsi 'Élysée."


Hollande regrette de ne pas avoir raccompagné... par Lopinionfr

Dimanche matin, François Hollande fera à son tour ses adieux à l'Elysée une passation qu'il souhaite simple, claire et amicale. "Je ne passe pas le pouvoir à un opposant politique, c'est quand même plus simple"; a confié le chef de l'État il y a quelques jours. De son côté, Emmanuel Macron ne devrait pas faire la même erreur. Il est prévu qu'il raccompagne le président sortant jusqu'à sa voiture dans la cour de l'Élysée.

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