Nicolas Sarkozy peut-il se réconcilier avec les Français ?

Nicolas Sarkozy lors d\'un meeting de campagne, à Montpellier (Hérault), le 28 février 2012.
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting de campagne, à Montpellier (Hérault), le 28 février 2012. (PASCAL GUYOT / AFP)

S'il a trouvé, avec François Hollande, plus mal aimé que lui, l'ancien président continue de provoquer des réactions épidermiques chez une partie des Français. Francetv info a interrogé des sondeurs sur le sujet.

Nicolas Sarkozy a finalement annoncé sur sa page Facebook, vendredi 19 septembre, son retour en politique, deux ans après sa défaite à l'élection présidentielle. Il devrait s'exprimer, dimanche soir, au journal de 20 heures de France 2. Alors que son successeur François Hollande atteint des records d'impopularité (13% d'opinions favorables, selon le baromètre Ipsos-Le Point), le moment peut sembler idéal pour revenir dans le rôle de l'homme providentiel.

Pourtant, avant François Hollande, c'est Nicolas Sarkozy qui s'est trouvé, pendant une partie de son quinquennat, dans la position du président historiquement impopulaire (il était tombé à 29% d'opinions favorables, selon le baromètre Ipsos-Le Point). Il espère sans doute que ses deux ans en retrait du jeu politique ont adouci son image de personnalité qui ne laisse pas indifférent. Francetv info a interrogé des sondeurs pour savoir si Nicolas Sarkozy pouvait réellement se réconcilier avec une opinion publique qui l'a, parfois, malmené.

Non, il est resté trop présent pour faire oublier son image

Officiellement, Nicolas Sarkozy revient après deux ans où il s'est éloigné de la vie politique. Mais en réalité, Nicolas Sarkozy n'a, pour les sondeurs, jamais été suffisamment loin. "Il n’a pas recouru à une vraie stratégie de silence médiatique, comme l’a fait, par exemple, Martine Aubry [après sa défaite contre François Hollande à la primaire socialiste, en 2011]" explique Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l'institut de sondage Ifop. "Avec ses 'cartes postales', il n’a jamais vraiment quitté les Français."

Certes, il n'a accordé aucune interview avant son apparition télévisée du 2 juillet, lorsqu'il s'est défendu après sa mise en examen. Mais ses déplacements partout en France ces deux dernières années – les fameuses cartes postales, toujours sous un prétexte non politique (un concert de Carla Bruni, l'invitation d'un élu...) – étaient justement destinés à ne pas se faire oublier des électeurs. Il n'a pas non plus été complètement muet dans les médias, comme le rappelle notre diaporama.

Résultat : pour Frédéric Dabi, "les enquêtes qualitatives montrent que son image a très peu changé." Emmanuel Rivière, directeur de l'unité Stratégies d'opinion de TNS Sofres, nuance ce constat. "Le rejet de Sarkozy aujourd'hui est moins vif. Depuis deux ans, il est moins visible, et ne cristallise plus autant la colère des Français." Si sa cote reste, naturellement, très basse à gauche, elle a connu, dans l'opinion en général, une embellie. "On pouvait parler de décrispation, d'une relative reconquête, y compris au centre." Depuis quelques mois, cependant, elle est repartie à la baisse. En septembre, le nombre de sondés souhaitant qu'il ait un avenir en politique est descendu de 4 points, à 30%, ce qui le place tout de même devant tous les ténors de sa famille politique, à l'exception d'Alain Juppé.

Non, les affaires ont donné une autre raison de ne pas l'aimer

La stratégie de relative discrétion de l'ancien président s'est heurtée à un problème : les affaires judiciaires qui se sont accumulées sur son passage, en particulier sa mise en examen pour corruption et trafic d'influence le 2 juillet. C'est à cela qu'Emmanuel Rivière attribue la dégradation de sa popularité dans les sondages.

Vendredi 19 septembre, le jour de son retour, une enquête Harris Interactive pour la chaîne LCP affirmait que 65% des personnes interrogées voyaient d'un mauvais œil le retour de Nicolas Sarkozy en politique. Selon l'institut de sondage, elles citaient en priorité, et souvent spontanément, "les affaires" pour justifier leur opinion. Et le spectre de la justice ne devrait pas lâcher Sarkozy de sitôt, estime Emmanuel Rivière : s'il prend la tête de l'UMP, "les affaires du parti deviennent les siennes, notamment Bygmalion".

Non, les Français ne sont pas intéressés par son duel avec Hollande

Parfois chahuté par l'opinion pendant sa présidence, Nicolas Sarkozy semble avoir un atout : son successeur, François Hollande, bat tous les records d'impopularité. En 2012, le candidat socialiste avait construit son image de "président normal" en opposition avec celle de Nicolas Sarkozy. Pour Emmanuel Rivière, "les sentiments très négatifs, notamment à gauche" contre ce dernier ont encouragé le vote utile, dans le but de "chasser Sarkozy", plus que d'élire Hollande. Sans être affirmatif, le sondeur de TNS Sofres estime que le contraste peut servir Nicolas Sarkozy : "Peut-être que, là où l'on regrettait l’aspect conflictuel de Sarkozy, on se dit maintenant que sa poigne manque au nouveau président de la République."

Mais ce duel importe-t-il vraiment aux Français ? "Pour la majorité d'entre eux, ce n'est pas le temps de la comparaison entre les personnalités pour 2017", estime Frédéric Dabi. Pour lui, Sarkozy ne gagnera pas en popularité sur le dos de Hollande, pas plus que les socialistes ne surferont sur un retour de l'anti-sarkozisme comme l'espérait le socialiste Jean-Marie Le Guen sur LCP. Les Français ont des problèmes plus urgents, et les deux tiers (64%) affirmaient qu'ils n'étaient "pas intéressés" par le retour de l'ancien président, dans un sondage diffusé le 16 septembre pour LCI.

Oui... si l'on parle des sympathisants UMP

Pour Nicolas Sarkozy, l'objectif annoncé est de prendre la tête de sa "famille politique". Et chez les sympathisants UMP, sa popularité est au beau fixe. Au dernier baromètre TNS Sofres, 76% d'entre eux veulent le voir jouer un rôle important à l'avenir. Un sentiment qui est justement lié à son image très clivante. "Son impopularité dans l'opinion a toujours été un moteur de sa forte popularité à l'UMP", analyse Emmanuel Rivière.

C'est seulement ensuite que Nicolas Sarkozy devra montrer qu'il peut ratisser large en 2017. Pour Frédéric Dabi, il part avec un désavantage sur un de ses rivaux, Alain Juppé : "Les sympathisants UMP veulent avant tout gagner la présidentielle. A la primaire, ils choisiront le mieux placé pour le faire. Et aujourd'hui, le plus à même de rassembler toute la droite et les Français, c'est Alain Juppé."