Successeur de Nicolas Hulot : Daniel Cohn-Bendit "est un écolo réel", mais "n'est pas fait" pour "l'administration au quotidien"

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, appelée à commenter sur franceinfo les profils potentiellement Macron-compatibles, estime que Daniel Cohn-Bendit aurait été encore "beaucoup plus difficile" à manier que Nicolas Hulot.

Le successeur de Nicolas Hulot doit être connu d'ici mardi. L'ancien eurodéputé écologiste, Daniel Cohn-Bendit, figurait parmi les candidats pressentis. Mais il a annoncé sur LCI dimanche 2 septembre au soir qu'il n'entrerait pas au gouvernement après en avoir discuté avec Emmanuel Macron

Daniel Cohn-Bendit "est un écolo historique et réel. Mais il y a une difficulté, c'est l'administration au quotidien (…) il n'est pas fait pour ça", avait indiqué quelques heures avant sur franceinfo, Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, Présidente de CAP 21 / Le rassemblement Citoyen, et ancienne Députée européenne de 2009 à 2014.

Emmanuel Macron "ne va pas trouver d'écologiste" pour ce poste, s'il faut "accepter la création de nouveaux réacteurs nucléaires", a-t-elle déclaré. Corinne Lepage qui dit ne pas comprendre qu'Emmanuel Macron "ne perçoive pas" l'enjeu écologique "comme étant un étant un enjeu absolument majeur".

franceinfo : Nicolas Hulot a quitté le gouvernement, et Daniel Cohn-Bendit se dit intéressé. C'est un bon casting ?

C'est un excellent coup de pub pour le gouvernement. Une difficulté certaine pour une liste écologiste aux européennes, c'est tout à fait clair. Danny c'est un écolo historique et réel. Il est incontournable. Mais ceci étant. Pour lui, il y a une difficulté, c'est l'administration au quotidien, une administration aussi grande que ce ministère dans sa forme actuelle, il n'est pas fait pour ça. On a vu combien il avait de mal à gérer un parti politique. Pour le gouvernement, Nicolas Hulot n'était peut-être pas facile à manier Daniel Cohn-Bendit ça risque d'être plus difficile. Pour ce qui est de Pascal Canfin, ce serait un bon choix, car c'est le fils spirituel de Daniel Cohn-Bendit. Quant à moi, une fois j'ai proposé ma démission à Alain Juppé, car je ne voulais pas signer le décret de redémarrage de la centrale nucléaire de Creys-Malville. Il a cédé et je ne suis pas partie et Creys-Malville a fermé. C'est la différence entre un compromis et une compromission. Des compromis on en fait, des compromissions non.

Pour défendre l'écologie, faut-il être écologiste ?

Ce sont des combats où il faut une conviction chevillée au corps. Il faut se rendre compte que la différence de la situation par rapport à il y a 20 ans. J'avais un tout petit ministère, l'avantage c'est que je ne défendais que l'environnement, je ne m'occupais que de l'environnement pas de l'énergie, des transports, de l'équipement et du reste. Les arbitrages se faisaient chez le Premier ministre et pas en interne. Et puis, la gravité de la situation par rapport à il y a 20 ans n'a rien à voir. Regardez l'été que nous avons vécu. Bangkok se demande si son territoire ne va pas être englouti d'ici 2030. Les côtes françaises reculent, ça devient un vrai problème de sécurité publique. On ne peut pas continuer comme ça. C'est un choix politique majeur. Ou bien on considère que c'est une priorité sinon on risque de passer à la casserole dans 20 ou 30 ans, ou bien on considère que c'est un sujet parmi beaucoup d'autres.

Qui pour succéder à Nicolas Hulot après sa démission ?

Beaucoup de gens mais tout dépend de ce que le président de la République va exiger du ministre qu'il va nommer. Par exemple, faudra-t-il accepter la création de nouveaux réacteurs nucléaires? C'est un vrai sujet car il s'agit de s'engager pour 60 nouvelles années. Il ne va pas trouver d'écologiste pour dire oui. Si la feuille de route c'est cela, cela me paraît très difficile. Politiquement, Emmanuel Macron a besoin d'une personnalité puissante, mais visiblement il ne veut pas changer de politique. C'est la même question sur les questions de patrimoine, je soutiens ce qu'a dit Stéphane Bern, la loi Élan, c'est une catastrophe pour les architectes des Bâtiments de France pour la loi Littoral. On a une érosion marine des côtes et on devrait avoir un texte qui permet aux communes de reculer leur urbanisation or on veut casser la loi Littoral pour construire un peu plus. Franchement ce n'est pas raisonnable.

Êtes-vous déçue d'Emmanuel Macron, vous qui l'avez soutenu à la présidentielle ?

Je ne comprends pas bien. Emmanuel Macron est d'une intelligence redoutable. Je ne comprends pas qu'il ne perçoive pas cet enjeu comme étant un étant un enjeu absolument majeur. Moi, j'ai fait le choix non pas d'être dans l'opposition mais de travailler avec la société, car aujourd'hui dans le monde ce que l'on voit c'est la société civile, qui fait avancer les choses. Les citoyens qui gagnent les procès, notamment aux États-Unis avec l'affaire Monsanto. Un procès qui a beaucoup plus fait contre le Round up que n'importe quoi.

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