"Nos ministres ne semblent pas très calés en gestion de patrimoine"

Les ministres du gouvernement Ayrault arrivent au palais de l\'Elysée, à Paris, le 3 janvier 2013.
Les ministres du gouvernement Ayrault arrivent au palais de l'Elysée, à Paris, le 3 janvier 2013. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Les membres du gouvernement sont des consommateurs plus que des investisseurs, observe le gestionnaire de patrimoine Stéphan Chenderoff.

C'est fait. Les 38 membres du gouvernement ont publié leur patrimoine, lundi 15 avril. A partir de leurs déclarations, francetv info a cherché à savoir comment les ministres géraient leur patrimoine. Entretien avec Stéphan Chenderoff, associé de Cyrus Conseil, société de conseil en gestion privée et en gestion de fortune.

Francetv info : A partir des déclarations de patrimoine des ministres, peut-on avoir une idée de la manière dont ils gèrent leur argent ?

Stéphan Chenderoff : On peut d'abord remarquer qu'il y a un large panel de profils. Les patrimoines peuvent fortement varier, de 100 000 euros (Delphine Batho) à 6 millions d'euros (Laurent Fabius). A première vue, la majorité d'entre eux ne semble pas très calée en matière d'épargne et de gestion de patrimoine. Globalement, ce sont des consommateurs plutôt que des investisseurs.

Concrètement, comment les ministres placent-ils leurs liquidités ?

Les ministres qui placent leur argent le font d'abord dans l'immobilier, à l'instar de la plupart des Français, mais ils souscrivent peu d'assurances-vie, comme le font pourtant massivement leurs concitoyens. On peut aussi remarquer qu'ils investissent très peu dans l'économie : seuls quelques-uns possèdent des parts dans des entreprises ou des actions. Ce qui, dans le contexte économique actuel, peut interpeller. Le gros de leurs liquidités se retrouve sur des comptes d'épargne.

La plupart des ministres possèdent tout de même un patrimoine immobilier substantiel…

Oui, mais dans la majorité des cas, les gros patrimoines proviennent d'un environnement familial et il n'y a quasiment pas d'investissement locatif. Par exemple, en étudiant la déclaration de Michèle Delaunay [ministre déléguée aux Personnes âgées, deuxième plus gros patrimoine du gouvernement], on se rend compte qu'elle n'a acheté qu'une seule de ses propriétés. Les autres sont issues d'une succession ou d'une donation parentale.

Comment expliquer que les membres du gouvernement Ayrault investissent si peu ?

On a l'impression qu'ils ont une tendance à cumuler leur argent sans prendre de risques. Ils ne semblent pas chercher à gérer leur patrimoine sur le long terme, ce qui dénote une certaine insouciance quant à leur avenir. Nombre d'entre eux, à l'inverse de la plupart des salariés, peuvent compter sur des régimes de retraite avantageux en tant qu'anciens élus locaux ou anciens parlementaires. Par ailleurs, plusieurs ministres sont célibataires ou sans enfants. Pour eux, la nécessité de construire un patrimoine est moins évidente.

A la lecture de ces déclarations, on peut supposer que les ministres n'ont pas vraiment le temps de s'occuper de leur patrimoine. Lorsqu'on voit que Michèle Delaunay et son mari possèdent 23 comptes en banque, dont certains sont presque vides, c'est un peu n'importe quoi. Ce n'est pas du tout optimisé, et cela doit lui coûter relativement cher en frais bancaires.

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