Mme Royal, qui vient d'annoncer sa participation aux primaires du PS, a estimé que M.Strauss-Kahn ne se présenterait pas

Segolène Royal
Segolène Royal (AFP - Alain Jocard)

Sur France 2, la présidente de Poitou-Charentes a dit s'appuyer sur des déclarations du patron du FMI à la presse allemande le 18 novembre."Il a déclaré très clairement -sa parole doit être respectée il faut le laisser libre de sa décision- (...) qu'il décidait de rester à la tête du Fonds monétaire international jusqu'en 2012", a-t-elle rappelé.

Sur France 2, la présidente de Poitou-Charentes a dit s'appuyer sur des déclarations du patron du FMI à la presse allemande le 18 novembre.

"Il a déclaré très clairement -sa parole doit être respectée il faut le laisser libre de sa décision- (...) qu'il décidait de rester à la tête du Fonds monétaire international jusqu'en 2012", a-t-elle rappelé.


"Je veux faire gagner la gauche"

"C'est important car nous attendions tous de savoir ce que Dominique souhaitait faire", a poursuivi Mme Royal sur le plateau du 20h de France 2, assurant que "bien sûr", cela l'avait poussée à accélérer le calendrier.

"De deux choses l'une, soit il change d'avis et décide de revenir au mois de juin et je lui ai dit très clairement : si tu décides de revenir au mois de juin, nous en parlerons ensemble et mettrons en place le dispositif gagnant".
Et vous pourriez vous effacer? "Pourquoi pas", a-t-elle répondu.

Si Martine Aubry décide d'y aller, aurez-vous la même attitude? "Je ne vais pas passer en revue non plus tous les candidats. Martine ne s'est pas encore déclarée", a-t-elle rappelé. Avant d'ajouter: "Pourquoi pas? Je veux faire gagner la gauche".

Pour Mme Royal "les socialistes doivent cesser de se regarder eux-mêmes et doivent se tourner vers les Français (qui) ne croient plus au discours politique, ne croient plus aux promesses".

Lundi, créant la surprise, la présidente de la région Poitou-Charentes avait annoncé dans la presse régionale sa candidature aux primaires du PS en vue de la présidentielle de 2012.

Le lendemain, elle a tenu, sur France Inter, à expliquer son geste anticipé, se défendant d'avoir pris les ténors de court et notamment Dominique Strauss-Kahn dans lequel elle verrait par ailleurs un bon Premier ministre.

"Et pourquoi pas maintenant?" a-t-elle déclaré. "Il faut du temps pour convaincre les Français que l'alternance est possible et qu'elle va changer les choses, a expliqué la présidente de la région Poitou-Charentes qui dit avoir entendu, durant les manifestations contre la réforme des retraites, les doutes des Français sur les capacités du Parti socialiste à revenir au pouvoir.

Les ténors "consultés"
S.Royal n'a donc pas pris les socialistes de court ni pris sa décision seule. Selon elle, ils étaient même avertis en amont. "Ce n'est pas, comme je l'entends ici ou là, une décision par surprise. Non seulement je l'ai consultée (Martine Aubry, ndlr), mais j'ai consulté aussi Dominique Strauss-Kahn lorsque je l'ai vu le 18 novembre", a-t-elle expliqué.

Aubry parlait de "pacte" en vue des primaires entre les trois têtes d'affiche du PS. Royal évoque désormais une "alliance fraternelle", "pour qu'il n'y ait pas de guerre des chefs, pour que nous nous respections (...) et que nous puissions le moment venu nous rassembler", explique-t-elle tout en parlant sans cesse de "respect les uns des autres".

Dans un discours digne d'une candidate déjà en campagne, elle a développé les thèmes de l'écologie et de l'environnement, des PME. L'élue socialiste a fait valoir sa réussite dans le sauvetage d'Heuliez, arborant déjà le spectre de l'abstention à la présidentielle 2012. Elle dit avoir entendu "la souffrance des Français" en ces temps de crise et vouloir être "au service de ses concitoyens".

DSK "le meilleur Premier ministre"

A l'évocation d'un manque de coordination entre Martine Aubry, qui avait demandé aux candidats de se déclarer le plus tard possible, et elle qui pose déjà sa candidature, elle nie toute "compétition" et "guerre des ego". "Martine a déjà dit, elle, qu'elle ne serait pas candidate contre Dominique et moi j'ai dit que j'étais là pour faire gagner mon camp", déclare l'ancienne candidate à la présidentielle. Elle rejoint en ce sens Manuel Valls, François Hollande et Arnaud Montebourg qui avaient trouvé les dates de dépôt de candidatures et la désignation du candidat trop tardives.

Interrogé sur le cas DSK, elle admet qu'il est actuellement le mieux placé dans la course. "En aucun cas, une candidature doit être interprétée comme une tentative de barrer la route à Dominique Strauss-Kahn, comme je le lis ici ou là. C'est lui qui est le mieux placé (dans les sondages), ce serait absurde", avance-t-elle tout en soulignant qu'il serait "le meilleur premier ministre, le meilleur chef de gouvernement que la France pourrait avoir". Car plus que le pacte avancé par Aubry, c'est en binôme qu'elle envisage visiblement l'avenir. Elle indique ainsi qu'elle discutera avec lui du "meilleur dispositif gagnant" pour les primaires.

"Je ne vais pas vous dire aujourd'hui, alors que je m'engage dans cette candidature, que je vais la retirer. (Mais si) Dominique Strauss-Kahn revient --contrairement à ce qu'il a dit-- (...) dit 'écoutez, finalement j'ai envie d'être candidat à la présidentielle', nous nous verrons et nous mettrons en place le meilleur dispositif gagnant, pour moi, c'est extrêmement clair", martèle S.Royal.

Dans un geste qui pourrait passer pour une façon de court-circuiter la candidature du directeur du Fonds monétaire internationale, elle évoque le devoir de réserve de celui-ci, tout en rappelant qu'il a laissé entendre dans la presse allemande qu'il pourrait ne pas être candidat: "Il est pris par des fonctions extrêmement importantes. Il a dit lui-même qu'il ne fallait pas que d'autres parlent à sa place car ça le fragilisait dans sa mission. Il est libre de changer d'avis. Il faut le laisser tranquille. Les deux possibilités lui sont ouvertes. DSK est un responsable politique imminent dont nous aurons besoin".

Royal annonce sa candidature aux primaires
Cette déclaration a été faite, lundi, dans un entretien à La Nouvelle République du Centre Ouest et Centre Presse. A la question "Êtes-vous candidate aux primaires du parti socialiste", Ségolène Royal répond : "J'ai longuement réfléchi et beaucoup consulté. Le moment est venu d'avancer dans la clarté et la simplicité : ma réponse est oui".

"Je sais d'expérience qu'il faut plus que quelques mois pour se préparer et pour rassembler. Qui ne voit que la droite est déjà en campagne, d'ailleurs elle ne s'en cache pas", ajoute la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes. "Écouter les Français - ils l'ont si peu été ces derniers temps alors qu'ils ont tant à dire ! - Pour agir juste, et les convaincre que nous devons et pouvons ensembles prendre notre destin en mains, avec un espoir de progrès pour eux, pour leurs enfants, et pour relever la France", ajoute-t-elle.

Les primaires, scrutin ouvert aux sympathisants de gauche pour désigner un candidat pour la présidentielle de 2012, sont prévues à l'automne 2011.

Elle est la troisième personnalité socialiste à se déclarer, après le député-maire d'Evry Manuel Valls, dans les starting-blocks depuis un an, et le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg, qui a annoncé sa candidature le 20 novembre. Officiellement, le dépôt des candidatures est prévu en juin, mais certains au PS, dont Mme Royal, prônent l'accélération du calendrier.

Réactions
Pour le président du Front de gauche, Jean-Luc Mélanchon, interviewé mardi à Télématin sur France 2, Ségolène Royal a "rompu le cercle dans lequel on voulait l'enfermer". "Là, elle s'est dit 'ils sont en train de me voler mon droit à l'existence en m'enfermant dans un pacte' ou je ne sais quoi qui était en réalité un bâillon", a-t-il poursuivi. "Moi, je la comprends parce qu'elle s'est quand même fait voler toutes ses idées par le parti, qui l'a beaucoup critiquée tout en reprenant son vocabulaire", a-t-il ajouté.

Pour l'ex-premier ministre PS Laurent Fabius, il faut être très attentif à la "dimension d'unité". "L'une des raisons pour lesquelles on a perdu dans le passé c'est la division", a-t-il dit. Ségolène Royal "a tout à fait le droit de se présenter mais il aurait été préférable de se tenir dans les délais qu'on a fixés", a-t-il ajouté en appelant chacun à "garder son calme".

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