La victoire de Hamon est-elle vraiment une mauvaise nouvelle pour Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l\'élection présidentielle, en meeting au palais des congrès du Mans (Sarthe), le 11 janvier 2017. 
Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle, en meeting au palais des congrès du Mans (Sarthe), le 11 janvier 2017.  (ROMAIN BEURRIER / REA)

Dès l'annonce de sa victoire à la primaire de la gauche, dimanche, le député des Yvelines a déclaré qu'il allait proposer au candidat de La France insoumise de construire une majorité gouvernementale.

"Un fait qui donnera ses fruits le moment venu." C'est par ces mots que Jean-Luc Mélenchon a réagi à la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, dimanche 29 janvier, dans une note postée sur sa page Facebook. De son côté, le député des Yvelines a appelé au rassemblement, en proposant au candidat de La France insoumise de "construire ensemble une majorité gouvernementale cohérente et durable".

Jean-Luc Mélenchon risque-t-il de se voir doublé sur sa gauche par l'ancien ministre de l'Education nationale, désormais candidat officiel du PS et de ses alliés à la présidentielle ? Franceinfo passe en revue les arguments pour et contre. 

Oui, Benoît Hamon peut lui grignoter des voix 

Même si leurs programmes diffèrent sur plusieurs points, comme sur le revenu universel, l'Union européenne et l'immigration, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon incarnent tous deux une ligne en rupture avec l'aile sociale-démocrate et réformiste du Parti socialiste. L'émergence du plus à gauche des candidats du PS à la primaire pourrait ainsi grignoter des voix au leader de La France insoumise, porté par une bonne dynamique jusqu'à présent.

C'est ce que suggère un premier sondage publié dimanche. Selon cette enquête d'opinion Kantar Sofres-OnePoint pour LCI, Le Figaro et RTL, Benoît Hamon arriverait ainsi en quatrième position au premier tour de la présidentielle, avec entre 13% et 15%, devant Jean-Luc Mélenchon, distancé à 10%. "Il y a une vraie porosité entre leurs électorats, analyse le sondeur Emmanuel Rivière. Dans le cas de figure où Manuel Valls l'emportait, Jean-Luc Mélenchon demeurait stable dans les intentions de vote. Il y a donc bien un effet Hamon sur son réservoir de voix."

Non, Jean-Luc Mélenchon y voit une victoire idéologique

C'est l'analyse de l'eurodéputé au soir du second tour de la primaire de la gauche. Dans un discours apaisé, il exprime sa "satisfaction" que Benoît Hamon ait "chanté des paroles si proches des nôtres""Que pour désigner son candidat le PS ait préféré nos mots à ceux de son propre gouvernement est un fait qui donnera ses fruits le moment venu", se félicite-t-il, y voyant la preuve de l'"hégémonie culturelle" de son programme, "l'Avenir en commun".

Contacté par franceinfo, Manuel Bompard, le directeur de campagne du candidat de La France insoumise, renchérit : "On réagit très positivement à la victoire de Hamon, c'est la ligne gouvernementale qui a été chassée." Pour ce dernier, "les thématiques de Jean-Luc Mélenchon" ont été reprises par le député des Yvelines. 

Pour l'équipe de Jean-Luc Mélenchon, les Français ne s'y tromperont pas et préféreront la copie à l'original. Benoît Hamon a "pompé des parties de notre programme, sur la planification écologique ou le rapport à l'intérêt général", estime Eric Coquerel, coordinateur politique du Parti de gauche, dans Marianne. Il "recycle ce qu'on raconte depuis des années. On voit bien qu'il s'inspire du programme de La France insoumise", analyse pour sa part Danielle Simonnet, conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de gauche. 

Non, le leader de La France insoumise compte profiter de la division au PS

La victoire de Benoît Hamon pourrait accentuer les divisions au sein du PS, avec la possibilité d'un ralliement massif et immédiat des vallsistes et plus largement de l'aide droite du parti à Emmanuel Macron. "J'ai l'impression que la victoire de Benoît Hamon – même si je serais content de la défaite de Manuel Valls – va amener une désagrégation du Parti socialiste. Donc la stabilité, la force et la dynamique, elle reste de notre côté", prédisait le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière, samedi, sur Europe 1.

Le candidat de La France insoumise se voit ainsi comme le seul recours de la gauche face à un PS atomisé et un Benoît Hamon en partie porteur du bilan du gouvernement. Aux yeux d'une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui combat frontalement François Hollande depuis 2012, Benoît Hamon fait, certes, partie des "frondeurs" du PS, mais n'a pas totalement rompu avec l'héritage du quinquennat. 

C'est pourquoi Jean-Luc Mélenchon exclut totalement, à l'heure actuelle, de retirer sa candidature au profit du vainqueur de la primaire du PS. Benoît Hamon "sera le bienvenu pour boire un bon café", a-t-il ironisé sur France 2. Le cofondateur du Parti de gauche refuse de voir le PS, qu'il a quitté en 2008 après y avoir milité pendant plus de trente ans, "revenir nous donner la leçon, nous redemander de marcher au pas et de porter leurs sacs" : "Non ! Ça, ça n'aura pas lieu !"

Oui, Jean-Luc Mélenchon peut apparaître comme celui qui risque de faire perdre la gauche 

A refuser obstinément la main tendue de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon peut aussi finir par apparaître comme le semeur de trouble à gauche. D'autant que la participation en hausse au second tour de la primaire renforce la légitimité du candidat du PS. "Benoît Hamon est passé d'un tiers des votes en sa faveur sur 1,6 million de votants au premier tour à plus de la moitié des suffrages sur 2 millions de votants au second tour, observe Emmanuel Rivière. Il a donc bénéficié d'une dynamique créée par la primaire."

Le succès de Benoît Hamon au second tour pourrait porter préjudice au candidat de La France insoumise, selon Alexis Bachelay, porte-parole du vainqueur socialiste : "[Jean-Luc Mélenchon] sera responsable de la situation s'il refuse de discuter avec un candidat issu d'une primaire à laquelle ont participé deux millions d'électeurs." Selon lui, "le rassemblement peut se faire du côté des électeurs. Ces derniers ont plus de bon sens que Mélenchon ou Macron. Ils comprendront qu'il faut se tourner vers Benoît pour mettre la gauche au second tour."

Dans le camp Mélenchon, le ton se fait déjà un peu moins ferme : "On va voir, on n'est pas fermés à la discussion, expliquait Manuel Bompard à franceinfo dimanche soir. Mais il faut que Benoît Hamon précise tout cela puisqu'il a dit que, quoi qu'il arrive, il y aura un bulletin de vote Hamon à la présidentielle." "On voit bien que Jean-Luc Mélenchon n'a pas fait sur l'électorat de gauche la même OPA qu'Emmanuel Macron", souligne Emmanuel Rivière, indiquant que Benoît Hamon dispose d'un "potentiel électoral" supérieur à son rival chez les sympathisants de gauche. "Jean-Luc Mélenchon a un vrai concurrent", conclut le sondeur. Et Benoît Hamon un vrai défi : rassembler son propre camp et au-delà.

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