VIDEO. A Villepinte, Marine Le Pen a plagié des passages entiers d'un discours de François Fillon

Marine Le Pen, lundi 1er mai 2017 lors de son meeting d\'entre-deux-tours de l\'élection présidentielle à Villepinte (Seine-Saint-Denis).
Marine Le Pen, lundi 1er mai 2017 lors de son meeting d'entre-deux-tours de l'élection présidentielle à Villepinte (Seine-Saint-Denis). (ALAIN JOCARD / AFP)

Florian Philippot, bras droit de la candidate frontiste, a évoqué un "clin d'œil assumé".

"Si l'on apprend notre langue, quelquefois à grand prix, en Argentine ou en Pologne, s'il existe des listes d'attente pour s'inscrire a l'Alliance française de Shanghaï, de Tokyo, de Mexico, ou bien au lycée français de Rabat ou de Rome, si Paris est la première destination touristique mondiale, c'est que la France est autre chose et bien plus qu'une puissance industrielle, agricole ou militaire." Ces mots, prononcés par Marine Le Pen lundi 1er mai lors de son grand meeting de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle à Villepinte (Seine-Saint-Denis), ne sont pas de la plume de la candidate du Front national. Comme trois autres passages au moins, ils viennent d'un discours prononcé mi-avril par François Fillon.

Cette copie quasi-conforme a été repérée par Ridicule TV, un compte Twitter opposé à Emmanuel Macron derrière lequel se cachent des militants du candidat des Républicains, comme le relève Buzzfeed.

Des paragraphes entiers repris

Le 15 avril, François Fillon avait loué, dans son discours au Puy-en-Velay, la géographie de la France, notamment ses "frontières terrestres : les Pyrénées d'abord, qui engagent la France dans cet immense ensemble qu'est le monde hispanique et latin. Il y a la frontière des Alpes, vers l'Italie notre sœur et, au-delà, l'Europe centrale, balkanique et orientale".

Quinze jours plus tard, lors de son meeting à Villepinte, Marine Le Pen, qui cherche à séduire l'électorat conservateur, a prononcé les mêmes phrases, quasi au mot près, en louant à son tour "les frontières terrestres : les Pyrénées qui engagent la France dans cet immense ensemble qu'est le monde hispanique et latin. Nos Alpes, qui nous ouvrent vers l'Italie notre sœur et, au-delà, l'Europe centrale, balkanique et orientale".

Marine Le Pen vante aussi une troisième voie "française" pour le XXIe siècle : "la voie de la culture, du doute, de la discussion, du compromis, du dialogue, la voie de l'équilibre, de la liberté des individus et des peuples". Petite nuance toutefois : pour François Fillon, c'est une alternative au nazisme et au stalinisme quand Marine Le Pen y voit une alternative au "mondialisme" et à "l'idéologie islamiste".

Sur les réseaux sociaux, de nombreux partisans de la candidate frontiste ont volé au secours de leur championne en assurant que les passages en question étaient en fait empruntés à Napoléon. Une explication qui ne tient pas la route, car les emprunts contiennent deux mêmes phrases de Georges Clemenceau (président du Conseil de 1906 à 1909, puis de 1917 à 1920) et d'André Malraux (écrivain et homme politique qui fut ministre de la Culture du général de Gaulle).

Un auteur souverainiste derrière le discours

L'auteur des lignes plagiées est en fait bien plus contemporain. Paul-Marie Coûteaux, qui œuvre à l'union de l'aile droite des Républicains et de l'extrême-droite, en a en effet revendiqué la paternité sur son compte Twitter.

Cette personnalité est bien connue dans les deux camps. Ancien eurodéputé souverainiste et ex-membre du Front national, il avait soutenu François Fillon à l'issue de la primaire de la droite avant d'appeler désormais à la victoire du FN. Paul-Marie Coûteaux a confirmé au Journal du Dimanche avoir condensé ses notes pour la rédaction du discours de François Fillon du 15 avril, mais ne pas avoir été contacté par le camp frontiste pour celui de Marine Le Pen. Ce qui accrédite donc bien la thèse du plagiat.

Interrogé, Florian Philippot a assuré qu'il s'agissait en fait d'un "clin d'œil assumé à un bref passage touchant d'un discours sur la France" de la part "d'une candidate de rassemblement qui montre qu'elle n'est pas sectaire""Pour que ce 'clin d'œil' n'échappe à personne, le mieux eût été d’en prévenir le public", ironise Libération.

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