Quand des personnalités politiques fans du "made in France" font fabriquer leurs produits dérivés à l'étranger

A Marseille (Bouches-du-Rhône), le 19 avril 2017, une foule de supporters se pressent au meeting de Marine Le Pen. Une partie des produits dérivés qu\'ils tiennent a été fabriquée à l\'étranger, malgré l\'engagement de la candidate pour le \"made in France\". 
A Marseille (Bouches-du-Rhône), le 19 avril 2017, une foule de supporters se pressent au meeting de Marine Le Pen. Une partie des produits dérivés qu'ils tiennent a été fabriquée à l'étranger, malgré l'engagement de la candidate pour le "made in France".  (ROBERT PRATTA / REUTERS)

Les tee-shirts vendus par Marine Le Pen lors de son meeting à Villepinte (Seine-Saint-Denis) le 1er mai provenaient du Bangladesh. Elle n'est pas la première a être prise la main dans le sac.

De Benoît Hamon à Marine Le Pen, nombreux ont été les candidats aux élections présidentielles à prendre position pour les produits "made in France". Mais ont-ils montré l'exemple en appliquant leurs engagements à leurs propres produits dérivés ? La Fédération indépendante du made in France a lancé une grande enquête et épinglé une partie d'entre eux, dans un rapport paru en 2017.

De nombreux internautes se sont offusqués sur Twitter de voir que Marine Le Pen a fait fabriquer au Bangladesh ses tee-shirts de soutien, vendus notamment lors du meeting du 1er mai à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Mais ce n'est pas la seule responsable politique concernée. Franceinfo revient sur plusieurs exemples. 

Au Front national, des tee-shirts "made in Bangladesh", "finition française"

Marine Le Pen est-elle la candidate du "made in France" ? Si la présidente du FN a chanté les louanges du "fabriqué français", les tee-shirts à l'effigie de la candidate sont produits au Bangladesh. C'est BFMTV qui l'a révélé lors de son meeting à Villepinte le 1er mai dernier. Un accroc pour la candidate, qui affirmait vouloir soutenir les productions françaises par un étiquetage obligatoire, clair et loyal, sur l’origine des produits et denrées commercialisés dans l'Hexagone, selon son site de campagne

Les journalistes rapportent que les étiquettes sur lesquelles est indiquée la provenance du produit ont été découpées. Mais le tee-shirt installé sur le mannequin d'exposition a échappé aux coups de ciseaux. On peut y lire "made in Bangladesh". "Je ne peux pas vous dire pourquoi les étiquettes ont été découpées", assurait l'un des responsables à la chaîne, précisant que la finition du produit, le brodage, était réalisée en France.  

Le FN déjà épinglé lors de son université d'été

Ce n'est pas la première fois que le FN est épinglé sur la provenance de ses produits dérivés. A l'université d'été du parti à Marseille en septembre dernier, on pouvait trouver des tee-shirts "made in Maroc" et "made in China". 

Selon le site Internet Buzzfeed, de petits ours en peluche – portant un tee-shirt blanc floqué d'un drapeau français et d'une flamme tricolore – étaient eux aussi fabriqués en Chine. Au milieu des produits dérivés, seul un objet provenait de France : une paire de lunettes rouges. L'Obs rapporte qu'en 2011 un internaute était également tombé sur un stock de banderoles qui proclamaient "Marine Le Pen, la voix du peuple, l'esprit de la France". Sauf qu'il se trouvait dans la ville de Nankin, en Chine. De quoi présumer qu'elles étaient fabriquées là-bas.

Interrogé en 2012 par 20 Minutes sur l'origine des tee-shirts vendus en ligne, Paul-Alexandre Martin, responsable de la boutique, avait reconnu qu'ils venaient du Bangladesh, sans pour autant justifier ce choix. Aucun autre commentaire n'a été fait depuis par le FN. 

François Asselineau reconnaît avoir fait fabriquer l'essentiel de ses produits en Asie

Sans s'être prononcé sur le "made in France", François Asselineau, candidat à la présidentielle et président du parti Union populaire républicaine (UPR), prônait, lors de sa campagne, le protectionnisme et la sortie de l'Union européenne, qu'il rend responsable de la "délocalisation des industries". Pourtant, il a été épinglé par un rapport de la Fédération indépendante du made in France, car l'essentiel des produits en vente sur son site sont fabriqués à l'étranger, boutons de manchette en forme de francs inclus. Il assume sur son site "Les produits de cette boutique sont fabriqués pour l'essentiel dans des pays d'Asie."

Si vous souhaitez nous proposer vos produits fabriqués en France, écrivez-nous, nous vous prêterons une grande attention.François Asselineausite Internet de l'UPR

L'homme politique justifie cette absence de produits français par les difficultés à trouver des fournisseurs à des prix raisonnables. "Dans la mesure du possible, nous essayons d'avoir recours à des productions françaises", tempère-t-il. La Fimif conteste cet avis. Dans son rapport, elle démontre qu'il n'est pas difficile de trouver des fournisseurs et donne même une liste de fabricants pour chacun des produits dérivés proposés par les candidats à l'élection présidentielle.

Les Républicains passent aussi par le Bangladesh

Aujourd'hui, le site internet des Républicains se vante d'être 100% "made in France", et le seul tee-shirt disponible à l'achat est fabriqué par la marque bretonne Armor Lux. Pourtant, en 2015, quand le parti qui s'appelait alors l'UMP a changé, de nouveaux tee-shirts siglés avaient fait leur apparition dans la boutique en ligne, et ils étaient fabriqués... au Bangladesh. "Maintenant que le parti a changé de nom, a-t-il également changé d'orientations politiques ?", s'interrogeait un journaliste de Marianne"Les logos sont imprimés en France", se défendait alors le parti auprès de l'hebdomadaire, expliquant avoir été "pressé par les délais" et "avoir eu des impératifs économiques", pour justifier son choix.  

Pour ne rien arranger, la société qui fournissait ces tee-shirts, Solo Invest, est impliquée dans deux drames industriels majeurs au Bangladesh. Le 26 janvier 2013, un incendie tuait sept personnes dans le bâtiment Smart Fashion et, en 2005, 64 personnes perdaient la vie dans l’effondrement de l’usine Spectrum. Sur les deux sites, des étiquettes portant le nom de Solo Invest ont été retrouvées. Toujours interrogés par Marianne, Les Républicains avaient admis être au courant, mais assuraient que l'entreprise avait démenti son implication dans ces scandales. Depuis, le parti a corrigé le tir. 

Arnaud Montebourg promeut le "made in France" dans un livre imprimé en Italie

Parmi les premiers défenseurs du "patriotisme économique", on trouve l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg : il porte le "made in France" jusque dans ses slips, d'après l'émission "Quotidien". Malgré cet attachement à la production française, son livre Le Retour de la France, paru aux éditions Librio en octobre 2016 a été imprimé en Italie, selon le Lab d'Europe 1. L'ancien candidat à la primaire de la gauche y exposait son programme, en mettant le "tout français" en avant. Une découverte qui n'a pas manqué de soulever de vives réactions chez certains députés du Parti socialiste, comme Christian Franqueville. 

Arnaud Montebourg avait alors expliqué au Lab qu'il n'était pas responsable de ce choix opéré par son éditeur : "Je ne fais rien imprimer du tout. C'est Flammarion qui est bien désinvolte. Je leur ai demandé de corriger pour les prochains tirages." Le site souligne que la plupart des candidats à la présidentielle ont vu leurs livres fabriqués en France, à l'exception de Jean Lassalle, dont l'ouvrage a été imprimé en Espagne.