Présidentielle : trois questions sur l'ECU, la monnaie exhumée par Marine Le Pen

Marine Le Pen lors du débat de l\'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron, à la plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 3 mai 2017.
Marine Le Pen lors du débat de l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron, à la plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 3 mai 2017. (AFP)

La sortie de l'euro défendue par la candidate du Front national a été abordée lors du débat qui l'a opposée au leader d'En marche ! : ils se sont opposés sur l'histoire monétaire du pays et le recours à l'ECU comme deuxième monnaie d'échange lorsque le franc était encore en vigueur.

Un fantôme du passé s'est invité dans le débat d'entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Mercredi 3 mai, la candidate frontiste a réaffirmé sa volonté d'abandonner l'euro et tenté de justifier sa faisabilité en parlant d'une monnaie ancienne, dont la mention a pu désarçonner les plus jeunes téléspectateurs. Non, non, pas le franc. L'ECU. Le quoi ? Franceinfo vous résume ce qu'il faut savoir sur cette "unité de compte". 

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Qu'est-ce que l'ECU ? 

A ne pas confondre avec l'écu, monnaie utilisée au Moyen-Age ! L'ECU citée par Marine Le Pen est un acronyme qui signifie "European Currency Unit", ou "unité de compte européenne", en français. Elle est créée en 1979 dans le cadre du système monétaire européen (SME). Il s'agissait d'établir un panier de monnaies, ayant pour but de stabiliser les taux de change entre les différentes monnaies européennes. Car à l'époque, pas encore de monnaie unique dans les poches des Européens mais des francs, des deutschmarks et autres pesetas qui côtoient la lire, le drachme, etc.

Mais alors, combien valait un ECU ? Sa valeur était calculée à partir d'un panier de monnaies comprenant plusieurs devises des Etats membres de l'Union européenne. Une sorte de moyenne (relative au poids du pays dans l'économie européenne) permettait d'obtenir une monnaie plus stable que les devises nationales prises individuellement, puisque la faiblesse de l'une d'entre elles pouvait être compensée par la force d'une autre. Surtout, l'ECU n'avait pas de "valeur en soi" et représentait  "X % de marks allemands, X % de livres anglaises, X % de lires italiennes, X % de francs, etc.", précise Le Monde

Qui se servait de l'ECU ?

L'ECU était censée faciliter les échanges européens tandis que les banques centrales des différents pays s'en servaient comme monnaie de réserve. Jusqu'en 1998, elles échangeaient entre elles grâce à cette unité de compte, justement parce qu'elle était plus stable que les monnaies nationales. En revanche, l'ECU n'a jamais été massivement utilisée par des acteurs privés pour des échanges internationaux, comme le prétend Marine Le Pen.

"Les entreprises pouvaient emprunter en ECU et certaines l’ont fait, explique L'Opinion. Le droit européen leur permettait même de contracter entre elles des contrats en ECU mais rares sont celles qui ont franchi ce pas. Et là aussi, il ne s’agissait en rien de payer concrètement des marchandises en ECU mais de garantir les échanges entre fournisseurs contre les fluctuations des marchés de change", poursuit le site.

De même, les particuliers n'ont jamais utilisé l'ECU, car "ce système complexe de monnaie réelle adossée à une monnaie virtuelle n’a jamais fonctionné simplement. D’où sa disparition avec la création d’une monnaie unique, l’euro", conclut L'Opinion

La France n'a donc jamais eu deux monnaies ? 

Non, et Marine Le Pen a tort lorsqu'elle dit que sa proposition de cohabitation entre une monnaie commune et une monnaie nationale a déjà eu cours dans le passé. Par ailleurs, plusieurs économistes doutent de la faisabilité d'une telle mesure, notamment parce qu'il faudrait que la France renégocie avec tous ses partenaires. Or, il a fallu plus de trente ans pour mettre sur pied la monnaie unique. De plus, pendant ces tractations, la France risque de subir les inconvénients de l'union monétaire actuelle, la fixité des changes, et puis ceux de l'indépendance, c'est-à-dire la crainte des épargnants, des entreprises, des marchés financiers devant l'incertitude, a expliqué France 2.

Enfin, si la France imprimait sa propre monnaie afin de relancer l'économie, la présidente déléguée du Conseil d'analyse économique, Agnès Bénassy-Quéré, estime qu'un tel système serait très dangereux, "car pour faire tourner la planche à billets, le nouveau franc perdrait rapidement de sa valeur face à l'euro, pénalisant les Français qui achètent des produits importés".

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