"On voulait mettre Marine Le Pen face à ses contradictions" : pourquoi "L'Emission politique" a invité Patrick Buisson

La présidente du FN, Marine Le Pen, sur le plateau de France 2, le 9 février 2017.
La présidente du FN, Marine Le Pen, sur le plateau de France 2, le 9 février 2017. (FRANCE 2)

De nombreux téléspectateurs ont été étonnés, jeudi soir, de voir l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy et ancienne figure de l'extrême droite, répondre à la candidate du FN, sur France 2. La rédactrice en chef de l'émission justifie cette invitation à franceinfo.

Un débat "entre la peste et le choléra" pour certains, "orgasme général des militants d'extrême droite" pour d'autres. L'arrivée de Patrick Buisson sur le plateau de "L'Emission politique" sur France 2, jeudi 9 février, n'est pas passée inaperçue sur les réseaux sociaux. C'est lui, ancienne figure de l'extrême droite, qui a été choisi pour jouer le rôle de "l'invité mystère" face à Marine Le Pen.

Dans le live de franceinfo, comme sur Twitter, des téléspectateurs ont dénoncé cette invitation sur l'antenne de France 2. Alix Bouilhaguet, la rédactrice en chef de "L'Emission politique" contactée par franceinfo, justifie cette décision.

Franceinfo : Pourquoi avez-vous choisi d'inviter Patrick Buisson ?

Alix Bouilhaguet : Pour faire face à Marine Le Pen, on cherchait quelqu'un qui pouvait être à même de pointer du doigt ses failles, ses incohérences, ses faiblesses. On a beaucoup réfléchi et puis on s'est dit que Patrick Buisson pouvait tenir ce rôle. Parce qu'il est lui-même issu de l'extrême droite, qu'il a dirigé le journal Minute, qu'il est connu pour avoir aidé Nicolas Sarkozy à siphonner les voix du FN en 2007. Donc on s'est dit qu'il était celui qui pouvait mettre Marine Le Pen face à ses contradictions. 

Vous doutiez-vous que ce choix allait faire parler ?

Bien sûr. D'ailleurs, au sein-même de la rédaction, il y a eu débat. On savait que ça allait heurter une partie des téléspectateurs. Même Marine Le Pen a été surprise de le voir arriver, elle ne s'y attendait pas du tout. Preuve que ça a fonctionné. Le principe de "l'invité mystère", c'est d'aller un peu à contre-courant, il y a comme une promesse de l’inattendu, une rencontre du troisième type. Dans les émissions précédentes, on avait, par exemple, choisi d'inviter Jérôme Kerviel face à Alain Juppé, ou le patron de la CGT, Philippe Martinez, face à Manuel Valls.

Certains reprochent tout de même un manque de contradiction et parlent d'un débat "entre l'extrême droite et l'extrême droite"...

C'est une émission longue, elle dure deux heures. Il y a eu Patrick Buisson, oui, mais il y a aussi eu la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, soutien du candidat socialiste, Benoît Hamon. Ou encore Patrice Bessac, le maire communiste de Montreuil (Seine-Saint-Denis). C'est quand même très varié, non ? Pour nous, le plateau était parfaitement équilibré.

Donc pas de regrets ?

Aucun. Et si c'était à refaire, on le referait. On assume totalement. C'est un personnage qu'on peut juger sulfureux, mais, à ce que je sache, Patrick Buisson n'a jamais été condamné pour racisme ou incitation à la haine raciale.