#franceinfotour A Montmurat, petit village du Cantal, "avec les oubliés de la campagne"

Trois mamans habitant Montmurat ( Cantal) répondent aux questions de Nicolas Teillard, journaliste à franceinfo. 
Trois mamans habitant Montmurat ( Cantal) répondent aux questions de Nicolas Teillard, journaliste à franceinfo.  (Charlotte Mattout / Radio France)

Sixième étape du #franceinfotour mercredi 3 mai à Montmurat, petit village du Cantal. Ici, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, les deux candidats du second tour, ont obtenu exactement le même nombre de voix et les électeurs se sentent "oubliés". 

Montmurat, charmant petit village de 131 habitants dans le Cantal. Après Rouen, Denain, Epinay-sur-Seine, Feyzin et Vaison-la-Romaine, c'est là que le #franceinfotour pose micros et caméras, mercredi 3 mai, à l'écoute des électeurs. Ici, dimanche 23 avril, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont arrivés en tête, à égalité de voix (19 chacun). Dans l'urne de la mairie, 14 bulletins Jean-Luc Mélenchon ont été dépouillés et 11 pour François Fillon. 

Au milieu des champs, avec les "oubliés de la campagne" 

De sa ferme, au milieu de ses 60 vaches laitières, Thierry suit l'actualité de la présidentielle. "On s'intéresse à ce qui va se passer mais on a l'impression que les politiques ne s'intéressent pas trop à l'agriculture explique l'éleveur. Ça fait des années qu'on espère mais on a pas trop de solutions." Gilbert, agriculteur à Montmurat depuis 30 ans, estime faire partie des "oubliés de la campagne". "On parle beaucoup d'environnement mais on oublie trop, à mon avis, l'agriculture et les agriculteurs" souligne-t-il.

 


Le métier d'agriculteur n'est pas forcément lucratif. La preuve par l'exemple : "À la fin des années 80, le lait nous était payé entre 2,20 franc et 2,40 franc le litre, aujourd'hui il est payé 30 centimes d'euro le litre alors que les charges ont considérablement augmenté. Ca ne peut plus trop durer longtemps", précise Thierry, avant d'ajouter : "Si mon épouse n'était pas salariée, ça serait très compliqué de faire vivre une famille avec deux enfants." Malgré la situation, Denis, s'est lancé récemment dans la production agricole. "Faut bien faire vivre toutes ces terres là, sinon ça serait le désert" lâche-t-il en reconnaissant "avoir eu peur". "Côté prix, y a des hauts et des bas" concède-t-il. Sébastien, lui, a quitté son métier d'informaticien l'an dernier, pour se lancer dans la viticulture, en reprenant "le demi-hectare de son beau-père". Il "entend recréer le vignoble d'antan à Montmurat." Lui aussi se considère comme "oublié de la nature". "Pour moi, Mr Macron, Madame Le Pen, aucun des deux n'est capable de relever l'agriculture" conclut-il. 

La vie à la campagne, "avec les mêmes frais mais pas avec les mêmes services"

Valérie, maman de deux enfants, est "tombée à Montmurat par hasard", après avoir vécu à Paris et Bordeaux. Outre l'environnement naturel , vivre au coeur du Cantal a un avantage à ses yeux. "Les enfants ont la chance d'avoir des petites écoles, des petites classes, ce qu'ils n'ont pas en zone urbaine" dit-elle. De son côté, Nathalie, maman, juge que les candidats ne sont "pas assez à l'écoute des campagnes, de la manière dont on vit." Elle a d'ailleurs eu "beaucoup de mal à voter, à faire son choix" le 23 avril, pour le premier tour de la présidentielle.

 

Mercredi soir, elle ne regardera pas le débat Macron-Le Pen. Contrairement à Valérie qui espère encore entendre parler "culture et patrimoine". "On sent bien que ce n'est pas les préoccupations", souligne la mère de famille. Est-ce-à dire qu'elle ne votera pas au deuxième tour ? Dans les deux finalistes, elle voit "la méchanceté d'une part et la volonté de reconstruire de l'autre part". "Y a une solution qui est pire que l'autre mais en tous cas, les deux ne me satisfont pas du tout" ajoute-t'elle. Sa voisine, elle, a un autre souhait très concret. "Un bon complexe sportif qui permettrait de faire revenir des couples et de s'installer avec des enfants."

Paul, plus jeune électeur du village voit dans Macron, "le renouveau" 

Paul aura 21 ans le week-end prochain. A Montmurat, il n'est pas sûr de rester vivre longtemps. Pas assez d'animations pour les jeunes, "pas de café" ; "je ne me vois clairement pas faire ma vie ici."  S'il ne sait pas où se construira son avenir, pour la présidentielle, Paul a fait son choix. Au premier tour, le plus jeune électeur de Montmurat a mis dans l'urne un bulletin Macron, donnant au candidat d'En Marche ! l'une de ses 19 voix dans le village. "Macron c'est quelqu'un qui veut fédérer, rassembler contrairement à Marine Le Pen qui va diviser les communautés."  Et il ajoute : "Je ne peux pas comprendre comment des gens puissent  voter pour Mme Le Pen. Elle parle du laxisme judiciaire en France alors que c'est la première à profiter de son immunité parlementaire pour ne pas se rendre chez le juge."