Présidentielle : quand les candidats emploient des expressions désuètes pour avoir l'air cool

Manuel Valls, encore Premier ministre, dans son bureau de Matignon à Paris, le 26 novembre 2016.
Manuel Valls, encore Premier ministre, dans son bureau de Matignon à Paris, le 26 novembre 2016. (ERIC DESSONS / JDD / SIPA)

En campagne, les responsables politiques tentent régulièrement de montrer qu'ils sont proches du peuple et décontractés, en employant des expressions populaires parfois un peu datées.

Comment avoir l'air crédible et sérieux sans pour autant être ennuyeux ? C'est un casse-tête pour les candidats à l'élection présidentielle, qui doivent convaincre les Français avec des programmes solides, sans paraître déconnectés de la réalité. Leur recette ? Caser de temps à autre une petite expression populaire, voire emprunter le langage des jeunes. Cela ne marche pas à tous les coups, mais cela a le mérite d'attirer l'attention. 

Franceinfo a choisi trois expressions un peu datées utilisées par des candidats pour avoir l'air cool.

Avec Manuel Valls, "ça va décoiffer"

"J'irai dans les débats avec la volonté de convaincre, avec des projets et des propositions : vous allez voir, ça va décoiffer !" a promis Manuel Valls, mardi 12 décembre, à la Maison de la Chimie (7e arrondissement de Paris). Si elle semble tout droit venue de la toute fin des années 1940, quand les jeunes gens découvraient les prémices du rock'n'roll, l'expression "ça décoiffe" est en fait difficile à dater. Faut-il encore l'employer ? Le site Topito a décidé, en 2013, d'installer "ça décoiffe" en bonne place dans son classement des "expressions nazebroques", qu'il vaudrait mieux s'abstenir d'utiliser.

Dans le livre Les expressions françaises pour les nuls (éd. First) publié en 2015, pourtant, l'expression figure au chapitre des "exagérations propres à la jeunesse". Et, surprise, "ça décoiffe" est encore très fréquemment employée, comme nom de salons de coiffure, dans des titres de la presse locale et nationale, et même par le chanteur Maître Gims, qui a interprété, en 2013, Ça décoiffe.

François Fillon veut "casser la baraque"

Certains journalistes n'ont pas manqué de faire un parallèle entre la volonté de Manuel Valls de "décoiffer" et la promesse de "casser la baraque" de François Fillon, en avril, pendant la campagne pour la primaire de la droite. Là encore, l'origine de l'expression est méconnue, mais elle pourrait venir du jeu de chamboule-tout des fêtes foraines, ou du monde du spectacle, où la "baraque" désignait alors une salle où une représentation remportait un grand succès.

Dans les années 1950, "casser la baraque" avait d'ailleurs un autre sens, complémentaire. Dans son Dico savoureux des expressions du cyclisme (éd. La Martinière, 2013) le journaliste sportif Jean-Damien Lesay rappelle que l'expression est employée dans le milieu de la petite reine (et dans l'argot des malfrats) et signifie "faire échouer un plan de course adverse"

Dans la bouche de François Fillon, l'expression prête à sourire tant le personnage semble calme, pour ne pas dire austère. Pourtant, l'effet est là. L'ensemble des médias reprend ses mots, jusqu'à sa victoire à la primaire, qui vaut au candidat des titres comme "François Fillon a cassé la baraque". Pari réussi, donc, mais rien n'est gagné. Après avoir retiré une proposition de son programme concernant la Sécurité sociale, l'expression pourrait se retourner contre lui.

Juppé avait "la super pêche"

"J'ai la pêche ! Mais avec vous, j'ai la super pêche !" Cet enthousiasme suranné a valu à Alain Juppé bien des railleries. D'autant que la phrase arrivait peu après une maladroite référence à l'enseigne Prisunic, disparue au début des années 2000 au profit de Monoprix.

Vocabulaire de boxeur ou référence au fruit associé à la fécondité en Chine ? L'expression "avoir la pêche" serait apparue en France dans les années 1960. Mais on la retrouve en 2006, chez le rappeur Booba, qui chante Garde la pêche. La "super pêche" semble être une invention d'Alain Juppé. Conscients de l'effet décalé de cet emploi par un candidat souvent accusé d'être éloigné des Français et déconnecté de la réalité, les soutiens d'Alain Juppé l'ont modernisée à coup d'émojis sur Twitter. L'autodérision étant, sans aucun doute, tout à fait d'actualité.

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