Primaire de la droite : François Fillon est "en rupture par rapport à l'histoire de notre système de santé"

François Fillon lors du débat face à Alain Jupé, à Paris, le 24 novembre 2016.
François Fillon lors du débat face à Alain Jupé, à Paris, le 24 novembre 2016. (ERIC FEFERBERG / AFP)

La santé était l'un des thèmes importants du débat entre François Fillon et Alain Juppé, jeudi. Les propositions de François Fillon mèneraient à "une privatisation", estime Frédéric Pierru, chercheur au CNRS, sur franceinfo.

Les deux candidats restants à la primaire de la droite, François Fillon et Alain Juppé, ont confronté leurs idées, jeudi 24 novembre, lors d'un débat télévisé. Le second tour aura lieu dimanche. Le thème de la santé a tenu une place importante dans les discussions.

Frédéric Pierru, chercheur en sciences sociales et politiques au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a estimé, vendredi sur franceinfo que le programme de François Fillon en matière de santé mènera à "une privatisation" et qu'il "aggravera les inégalités sociales".

franceinfo : Qu’avez-vous pensé des propositions de François Fillon en matière de santé ?

Frédéric Pierru : Ses propos me font penser aux états généraux de la Sécurité sociale, organisés par Philippe Séguin [alors ministre des Affaires sociales et de l'Emploi] en 1987, auxquels avaient participé Pierre Laroque, l’un des fondateurs de la Sécurité sociale en 1945. Je me disais que François Fillon, qui se dit l’héritier de ces gaullistes sociaux, est en rupture par rapport à l'histoire de notre système de santé. Toutes ses propositions, que ce soit du côté du financement ou de l’offre de soins, mènent vers une privatisation qui sera injuste et qui aggravera les inégalités sociales en matière de santé.

Les lois de la concurrence et du marché ne fonctionnent pas dans la santé, surtout du côté du financement, cela entraîne des surcoûts et des inégalités, il suffit de regarder l'exemple des États-Unis.

Dans son programme, François Fillon propose de séparer le petit risque du gros risque : les maladies bénignes relèveraient des complémentaires santé, et les maladies de longue durée et les hospitalisations, de la Sécurité sociale. Cette idée, qui paraît moderne, date en fait de 1979. Or, elle avait été rejetée par Pierre Laroque qui la jugeait contraire à la philosophie de 1945.

Pour éviter une hausse des prix, François Fillon propose de créer une agence de contrôle et de régulation, serait-ce suffisant ?

Il est très compliqué de réguler un marché privé de l’assurance maladie. Il y a eu des essais en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Il va en résulter une usine à gaz bureaucratique, chargée de vérifier que les complémentaires santé qui fonctionnent sur les principes de la concurrence et de la sélection des risques ne produisent pas d’inégalité. Il vaut mieux faire plus simple en favorisant le monopole de la Sécurité sociale, je ne crois pas que ce soit une politique de gauche que de favoriser cela.

Dans une note du Conseil d'analyse économique, le prix Nobel d’économie Jean Tirole et l’économiste spécialiste de la santé Brigitte Dormont ont clairement indiqué qu’il fallait aller vers un monopole de la Sécurité sociale pour le financement des soins essentiels et rejeter la mise en concurrence de la Sécurité sociale avec les complémentaires santé.

François Fillon et Alain Juppé proposent de supprimer le tiers payant, car il y aurait trop d'abus. Y en a-t-il vraiment ?

La droite cherche à réaffirmer ses liens avec la médecine libérale, une clientèle électorale privilégiée pour elle. Politiquement, c’est de bonne guerre. En revanche, cela ne se justifie pas du point de vue intellectuel.

Toutes les expériences et systèmes de santé gratuits, en Grande-Bretagne ou en Scandinavie par exemple, le montrent. Il y a un accès aux soins sans avance de frais à faire, sans que des abus en découlent. C’est une vieille idée libérale de penser que la gratuité entraîne les abus.

Vous êtes à nouveau en ligne