Comment l'équipe de Nicolas Sarkozy collecte des données sur les sympathisants de droite

L\'ancien président de la République Nicolas Sarkozy présente son programme économique à l\'université d\'été du Medef, sur le campus de HEC, à Jouy-en-Josas (Yvelines), le 31 août 2016.
L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy présente son programme économique à l'université d'été du Medef, sur le campus de HEC, à Jouy-en-Josas (Yvelines), le 31 août 2016. (PAUL ALFRED-HENRI / CITIZENSIDE / AFP)

Les militants se servent d'une application qui donne l'adresse des internautes likant ou twittant des contenus favorables à l'ancien président, afin de faire un porte-à-porte ciblé.

Nouvelle méthode. L'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy a mis à disposition des militants une application "qui permet de faire un porte-à-porte extrêmement ciblé sur les sympathisants de droite", révèlent RMC et BFMTV, vendredi 2 septembre. Hic de taille : cette application, baptisée "Knockin" (frapper à la porte, en anglais), génère ainsi une collecte de données, donc un fichage, sans autorisation des intéressés.

En pratique, poursuit la chaîne, "si vous likez la page Facebook de Nicolas Sarkozy ou une de ses publications sur Twitter, l'application considère que vous êtes un sympathisant de droite et va recouper toutes les données publiques (Facebook, Twitter, LinkedIn, listes électorales,…) vous concernant afin de trouver votre adresse".

Une carte avec nom et adresse des sympathisants 

Le reportage de RMC-BFMTV montre ainsi comment "Thibault, militant sarkozyste", repère dans les rues de Levallois (Hauts-de-Seine) ces sympathisants de droite présumés : sur l'écran de son téléphone, "une carte s'affiche avec, tout autour de lui, des points rouges indiquant le nom, le prénom et l'adresse exacte" de ses cibles potentielles. Ce qui permet d'aller frapper à la porte d'une personne jugée susceptible de voter à la primaire à droite, et d'apporter son suffrage à l'ancien président, candidat à la présidentielle de 2017.

Une méthode sans doute efficace, mais peu respectueuse des libertés publiques. Et les associations de protection des données personnelles s'en inquiètent déjà. "Si cette adresse a été recherchée à la suite d'un like, ça veut dire que l'adresse a été collectée à son insu et, a priori, c'est une utilisation qui ne respecte pas les obligations de la loi informatique et libertés", explique à BFMTV Patrick Blum, l'un des vice-présidents de l'Association française des correspondants à la protection des données à caractère personnel.

"N’importe quel internaute peut regarder si son voisin est un sympathisant de droite"

La Commission nationale informatique et libertés (Cnil) "a prévu de publier des 'recommandations' d’ici à fin septembre, mais ne voit bizarrement aucune urgence à interdire l’application", relève Numerama, site spécialisé dans le numérique et la protection des données.

Pourtant, selon Numerama"il suffit de s’inscrire sur le site de Knockin avec un identifiant bidon pour avoir accès à la géolocalisation des prétendus sympathisants, avec leur adresse précise, et leur nom. (...) Potentiellement, n’importe quel internaute peut donc regarder si son voisin est un sympathisant de droite, ou s’il a été déclaré comme tel."