Primaire de la droite : comment François Fillon a séduit l'électorat catholique

François Fillon s\'exprime dans l\'abbaye de Royaumont, à Asnières-sur-Oise (Val-d\'Oise), le 2 décembre 2012.
François Fillon s'exprime dans l'abbaye de Royaumont, à Asnières-sur-Oise (Val-d'Oise), le 2 décembre 2012. (FRED DUFOUR / AFP)

Arrivé en tête du premier tour de la primaire à droite, l'ancien Premier ministre a réussi, grâce à divers leviers, à séduire une partie de l'électorat catholique de droite.

Pas encore élu, il se voyait déjà Elu. Le 22 septembre, dans l'émission "Face aux chrétiens" sur KTOTV et RCF, François Fillon se présentait comme "le candidat dont le comportement personnel semble le plus en accord avec les valeurs des catholiques". Deux mois plus tard, grâce notamment au soutien de nombreux catholiques, l'ancien Premier ministre s'est largement imposé au premier tour de la primaire à droite, avec 44,1% des voix. Il fait figure de favori pour le second tour qui l'opposera, dimanche 27 novembre, à Alain Juppé.

Selon une étude de l'institut OpinionWay citée par La Croix, François Fillon a recueilli 53,6% des suffrages chez les catholiques pratiquants réguliers. Un bon résultat qu'il doit à son ancrage profond dans les milieux catholiques, fruit d'un travail sur plusieurs fronts...

En mettant en avant sa foi

François Fillon est catholique et il le revendique. Dans son ouvrage Faire, paru en septembre, il consacre un chapitre à sa foi. "J'ai été élevé dans cette tradition et j'ai gardé cette foi", écrit-il. Fidèle à ses racines sarthoises, le candidat se rend régulièrement à l'abbaye bénédictine Saint-Pierre de Solesmes, dans le village où il possède un manoir. Il s'y est notamment recueilli le 15 août, sans manquer de le faire savoir. 

Le 28 août, dans un discours à Sablé-sur-Sarthe, il liste les "vrais héros qui ont fait notre patrie" et inclut dans le lot, sous les applaudissements de ses soutiens, "la chrétienté, qui a forgé notre conscience". En octobre, lorsqu'il adresse une "lettre aux évêques" reproduite par La Croixil cite l'écrivain catholique Georges Bernanos et le pape Benoît XVI, "salue" une encyclique du pape François sur l'écologie et rappelle que ses parents "militaient à Emmaüs", mouvement créé par l'Abbé Pierre.

En défendant les chrétiens d'Orient

Au début de l'été 2015, déjà candidat à la primaire, François Fillon est l'orateur star d'un rassemblement de soutien aux chrétiens d'Orient, au Cirque d'hiver, à Paris. Destinée à faire pression sur les gouvernements européens pour qu'ils viennent en aide à ces "minorités persécutées", cette réunion est "voulue et organisée par son directeur de campagne", Patrick Stefanini, selon Libération. Elle permet au candidat, qui s'était auparavant rendu auprès de réfugiés chrétiens en Irak et au Liban, de s'ériger en défenseur de la chrétienté.

Ce rassemblement politico-religieux, auquel est associé le prélat catholique Pascal Gollnisch, directeur général de l'Œuvre d'Orient, et Patrick Karam, président de la Coordination chrétiens d'Orient en danger, se termine même avec un "Notre Père" chanté en araméen.

En s'appuyant sur Sens Commun

Pour toucher l'électorat catholique, François Fillon peut compter sur le travail de terrain des 9 000 adhérents revendiqués par le mouvement Sens Commun, émanation politique de La Manif pour Tous au sein des Républicains. Selon La Croix, "cent trente 'référents' de Sens Commun ont ainsi pris part à 200 réunions publiques" en faveur du candidat, et "Madeleine de Jessey, porte-parole, a participé aux meetings de François Fillon".

Sens Commun a annoncé son soutien à François Fillon début septembre, après des mois de discussions avec les différents candidats à la primaire. Même si le Sarthois n'a jamais participé aux défilés de La Manif pour Tous, contrairement à Jean-Frédéric Poisson, "François Fillon est le candidat qui a le plus de cohérence par rapport aux idées et aux valeurs que nous défendons", déclare le président de Sens Commun, Christophe Billan, cité par Valeurs actuelles.

Confiant à Famille chrétienne vouloir "peser de l'intérieur", Sens Commun ambitionne une "réelle collaboration" sur le long terme avec François Fillon, notamment au gouvernement. "Chez Sens Commun, nous aimerions qu'à terme la loi Taubira soit totalement détricotée", prévient  Madeleine de Jessey, tout en reconnaissant que, pour l'heure, le candidat n'envisage qu'"une première étape dans le détricotage de la loi Taubira".

En s'associant à des élus catholiques

Pour relayer son message, François Fillon s'est entouré de politiques pratiquants, dont ses porte-parole Jérôme Chartier et Valérie Boyer, présentés comme de "fervents chrétiens" par La Croix. Tous deux ont défilé aux côtés de La Manif pour Tous, tout comme Gérard Longuet, un autre de ses soutiens. Figure incontournable du camp Fillon, le président du groupe des Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, est l'un des responsables politiques les plus proches de Sens Commun. Aux dernières régionales dans les Pays de la Loire, en 2015, le sénateur a accueilli sur sa liste cinq candidats de Sens Commun, dont son président de l'époque, Sébastien Pilard.

François Fillon dispose aussi de relais catholiques au sein de l'Entente parlementaire de la famille, composée de sénateurs et députés conservateurs parmi lesquels Bernard Accoyer, Xavier Breton ou encore Jean-François Lamour, selon La Lettre A (article abonnés).

Ces personnalités ne manquent pas d'évoquer la foi de leur champion, qu'ils jugent plus sincère que celle affichée par d'autres candidats. Ainsi, dans La Vie, Bruno Retailleau vante la capacité de François Fillon, qui "ne brandit pas sa foi de manière électoraliste", pour "agréger le vote catholique". Et Valérie Boyer de saluer le choix des électeurs au premier tour, qui ont compris que le député de Paris "n'est pas un catholique de cinéma".

Vous êtes à nouveau en ligne