Européennes 2019 : comment expliquer la déculottée électorale des Républicains ?

La tête de liste des Républicains aux européennes, François-Xavier Bellamy, lors de l\'annonce des résultats, le 26 mai 2018, à Paris. 
La tête de liste des Républicains aux européennes, François-Xavier Bellamy, lors de l'annonce des résultats, le 26 mai 2018, à Paris.  (MAXPPP)

Le parti de Laurent Wauquiez a réalisé dimanche soir le pire résultat national de son histoire. 

"La droite traverse une crise profonde, tout est à reconstruire." François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux élections européennes, a bien pris la mesure du score catastrophique réalisé par son parti à ce scrutin. Dimanche 26 mai, LR a tout simplement enregistré le pire résultat national de l'histoire de la droite en obtenant 8,48%, selon les résultats complets publiés par le ministère de l'Intérieur. Soit plus de deux fois moins qu'en 2014 (20,81%).

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Le nombre d'eurodéputés LR à Strasbourg et à Bruxelles doit ainsi être divisé par deux (huit dans le prochain hémicycle contre vingt depuis 2014). "Nous n'avons pas pu faire entendre notre voix. Et ce résultat n'est évidemment pas à la hauteur des espoirs soulevés pendant la campagne", a concédé Laurent Wauquiez, le visage fermé, lors d'une brève déclaration. Comment la droite en est-elle arrivée là ? Eléments de réponse.

Des thèmes de la droite conservatrice clivants pour une partie de son électorat

Depuis la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre, suivie par l'accession à la présidence du parti de Laurent Wauquiez, le centre de gravité des Républicains s'est considérablement déplacé à droite. Le programme de LR à ces élections européennes n'a pas échappé à ce changement de paradigme en faisant la part belle aux sujets liés à l'immigration et à l'identité. L'ancien parti gaulliste avait, par exemple, proposé d'inscrire les racines judéo-chrétiennes dans les traités européens.

Force est de constater que cette stratégie n'a pas fonctionné. Elle "n'a pas été la bonne", a réagi l'ancienne ministre Rachida Dati. "Disons la vérité, c'est un échec", a ajouté le président du Sénat, Gérard Larcher. Pour ce dernier, LR "devra repenser sa ligne politique", "rassembler plus largement" et "exprimer plus clairement la diversité qui le compose".

Un point de vue partagé par plusieurs cadres du parti. "La droite doit désormais refonder son projet autour de questions économiques, sociales et environnementales", a averti le député de l'Ain Damien Abad.

Nous devons tous prendre conscience que le conservatisme sociétal et les questions identitaires seules ne nous permettront jamais de gagner l'élection présidentielle.Damien Abad, député LR de l'Ainà l'AFP

"Je crois que Les Républicains, à l'heure actuelle, ne rassemblent que la partie conservatrice des républicains. Ce n'est plus l'UMP qui rassemblait de Pasqua jusqu'à Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet", a poursuivi le député LR des Bouches-du-Rhône Eric Diard.

François-Xavier Bellamy n'avait pas "les codes"

Enseignant en philosophie et élu local de Versailles, choisi dans le scepticisme général par Laurent Wauquiez, François-Xavier Bellamy est finalement parvenu à séduire les militants LR durant la campagne. Il "les a retournés un à un chez Les Républicains", s'amusait un proche du patron du parti, la veille du scrutin. Pourtant, s'il a convaincu son propre camp, le trentenaire a peiné à se faire entendre lors des débats et a refusé, par exemple, de couper la parole de ses adversaires. "Le jeune adjoint au maire de Versailles, son seul mandat, qui se confronte pour la première fois à une campagne nationale, a eu du mal à faire entendre le discours de sa formation politique sur l’Europe", analyse Libération après son premier débat sur France 2, le 4 avril. 

Dans les colonnes de La Croix, Martial Foucault, professeur des universités et directeur du Cevipof, remarque que "les têtes de liste du Parti socialiste et des Républicains étaient des nouveaux venus qui n’ont pas la maîtrise des codes de la politique". Et le chercheur d'ajouter : "On a beau dire que les partis n'ont pas d’importance, on a vu pendant cette campagne que Jordan Bardella, qui a grandi en politique au sein d'un parti, le Front national, en a pris tous les codes."

Outre son manque d'expérience, les dernières déclarations de François-Xavier Bellamy l'ont, de nouveau, enfermé dans un positionnement ultra-conservateur. Interrogé par Le Figaro sur l'arrêt des soins de Vincent Lambert, le candidat a clairement pris le parti des parents. "Si nous entrons dans cette voie dangereuse qui consiste à dire qu'une vie dépendante, une vie fragile, une vie malade, ne mérite pas d'être vécue, alors nous allons construire un monde inhumain et c'est un enjeu majeur des années à venir", a-t-il mis en garde.

La prise de position de François-Xavier Bellamy sur l’affaire Lambert a signifié qu’il était vraiment conservateur.Stéphane Rozès, président de Cap et enseignant à Sciences-Po et HECà franceinfo

L'implication de Laurent Wauquiez contre-productive

Il s'est montré omniprésent dans les meetings, il a choisi de représenter LR dans le débat du 22 mai sur France 2 à la place de François-Xavier Bellamy… Laurent Wauquiez a jeté toutes ses forces dans la dernière ligne droite de la campagne. Mais la présence accrue du patron des Républicains n'a pas porté ses fruits, loin de là. "Alors que son image est détestable, il est intervenu dans la dernière période, croyant que les choses étaient acquises", souligne Stéphane Rozès.

Pour inciter les électeurs à aller voter pour son parti, Laurent Wauquiez, dont l'action n'est jugée favorablement que par 17% des Français (et défavorablement par 64%), selon le dernier baromètre politique Ipsos-Le Point, n'était peut-être pas l'ingrédient le plus évident. D'autant qu'au sein de sa propre formation politique, le président des Républicains est loin de faire l'unanimité, comme le confirme à franceinfo un élu LR sous couvert d'anonymat.

Quand on rétrécit sa famille politique en se barricadant sur une ligne minoritaire, on se condamne à la disparition.Un élu LRà franceinfo

"Wauquiez et ses amis ont réussi l'exploit de diviser par deux ou par trois le socle de la droite républicaine. Draguer les voix extrémistes ne marche pas : entre l'original et la copie, on choisit toujours l’original", poursuit cet élu. Et la liste des griefs ne s'arrête pas à la ligne idéologique. Le style Wauquiez est aussi dans le viseur. "Il a fait le vide autour de lui, en stigmatisant ceux qui sont partis plutôt que de chercher à les récupérer. Il a construit sa communication sur la critique agressive de ses opposants", ajoute cet élu LR. Désormais, une grande question se pose : après cette débâcle pour la droite, l'actuel patron du parti doit-il démissionner ? "Si j’étais à sa place et vu la situation, je le ferais", a d'ores et déjà tranché Valérie Pécresse, l'une de ses principales opposantes, lundi matin sur RTL.

Les Républicains subissent la recomposition de la vie politique

Les Républicains avaient flairé le danger. Pendant toute la campagne, les ténors du parti n'ont cessé d'implorer leurs électeurs de ne pas se laisser enfermer dans le duel "caricatural" entre le RN et LREM. Mais le résultat des élections les a brutalement confrontés à la réalité des urnes. Avec le Rassemblement national (23,31%) et La République en marche (22,41%) loin devant tous les autres, ces élections européennes ressemblent à une confirmation du premier tour de la dernière présidentielle.

Emmanuel Macron a voulu réduire ce débat européen (…) à un duel entre Mme Le Pen et lui. Il a voulu rejouer le match de la présidentielle.Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimesà franceinfo

Au même moment, Marine Le Pen, comme Edouard Philippe, enfonçaient le clou en prenant acte du nouveau visage de la vie politique française. "L'effacement des vieux partis (...) confirme le nouveau clivage nationaux-mondialistes", a souligné la présidente du RN, tandis que le Premier ministre estime que "les anciens clivages ont disparu" et que "de nouveaux sont apparus". Avec une victime principale : Les Républicains.

"Le centre droit est désormais arrimé du côté de LREM", estime Zaki Laïdi, politologue au Cevipof de Sciences-Po. Depuis la dernière campagne présidentielle, les juppéistes se sont alliés à la majorité, Xavier Bertrand a pris le large et les amis de Valérie Pécresse n'ont plus guère voix au chapitre. Pour rebondir, LR va devoir trouver la formule qui fera à nouveau du parti une force d'attraction.

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