Le fol été médiatique de Manuel Valls

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, signe un autographe lors d\'un déplacement à Mimizan (Landes), le 1er août 2013.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, signe un autographe lors d'un déplacement à Mimizan (Landes), le 1er août 2013. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Le ministre de l'Intérieur est partout, même là où il n'est pas attendu. En fait-il trop ?

Le gouvernement est officiellement en vacances depuis vendredi 2 août, après un dernier Conseil des ministres. Mais depuis plusieurs jours, déjà, l'actualité politique ralentit. Moins d'interviews dans les médias, peu d'annonces : les ministres se font plus rares… Tous, sauf un : Manuel Valls. Le ministre de l'Intérieur semble plus présent que jamais. Déplacements, interviews, phrases choc ; Valls fait du zèle médiatique quand ses collègues fignolent leurs dossiers plus discrètement. 

Une actualité porteuse

Manuel Valls n'a pas chômé au mois de juillet. Pêle-mêle, le ministre s'est notamment exprimé sur les conditions d'accueil des gens du voyage, la dissolution de l'Œuvre française, les violences à Trappes, le classement hypothétique de Marseille en zone de sécurité prioritaire, l'islamophobie, la mortalité sur les routes. Le tout en moins de deux semaines. 

Dossier le plus chaud pour le ministre, les violences à Trappes (Yvelines). Lundi 22 juillet, Manuel Valls se place clairement du côté des policiers. Une semaine plus tard, il s'en explique dans une interview au Parisien. Parmi ses déclarations remarquées, "la sécurité n'est ni de droite, ni de gauche" ou "il y a une crise de l'autorité en France". Pour calmer le jeu, jeudi 2 août, il assiste à "sa" troisième rupture du jeûne du ramadan à la mosquée d'Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), et pourfend à cette occasion les "actes anti-musulmans".

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, dîne en présence de musulmans qui rompent le ramadan, à la mosquée d\'Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), le 1er août 2013.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, dîne en présence de musulmans qui rompent le ramadan, à la mosquée d'Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), le 1er août 2013. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Une omniprésence décomplexée

L'offensive estivale de Manuel Valls atteint son paroxysme avec un discours prononcé le 13 juillet dans le Gard, à la veille de l'interview télévisée de François Hollande. En déplacement à Vauvert, au milieu des éleveurs de taureaux, celui que certains appellent "le vice-président" se positionne comme "le meilleur élève du hollandisme", selon Le Monde. Citant Gambetta, Jules Ferry et Pierre Mendès France, le ministre définit sa ligne politique au milieu d'un champ : "Une synthèse nouvelle entre un réformisme assumé et une République intransigeante." 

Manuel Valls, qui tombe pour une fois la cravate, marque ensuite un taurillon au fer rouge. "Une manade camarguaise, un ministre de l'Intérieur au milieu des taureaux, des journalistes transbahutés en carriole pour jouir du spectacle et l'immortaliser. Le parallélisme des formes avec la dernière journée de campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007, laissait pantois tant il était évident", raconte Le Monde, de retour du voyage. L'ancien député-maire d'Evry, né en Catalogne, semble toutefois plus à l'aise en pleine Camargue que l'ancien chef de l'Etat.

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, marque un taurillon au fer rouge, à Vauvert (Gard), le 13 juillet 2013.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, marque un taurillon au fer rouge, à Vauvert (Gard), le 13 juillet 2013. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

Une stratégie critiquée…

Sans surprise, cette omniprésence médiatique ne fait pas que des heureux. A droite, la candidate UMP à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, a dénoncé sur BFMTV son manque de résultats. "Il parle trop, il essaie de se placer (…) Nicolas Sarkozy, lui, agissait" quand il était ministre de l'Intérieur. Des critiques qui entrent dans le cadre du "plan anti-Valls" déployé au printemps par le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé. "La consigne est claire : il faut démythifier Valls, très populaire à droite", déclarait Brice Hortefeux à l'époque.

Manuel Valls en ferait-il trop ? Même au sein de la majorité, certains acquiescent. "Il fait du 'Sarkozy de Leader Price'", peste un ministre dans le JDD. Lors de ses déplacements, "il rentabilise. L'ordre et la sécurité le matin, la politique le soir…Sarkozy faisait pareil : les moyens de l'Etat au service d'une ambition personnelle !", regrette un autre, cité par L'Express. Les attaques restent cependant anonymes et ne semblent jamais émaner de l'Elysée directement.

… mais efficace

Interrogé par Le Point, Jean-Marc Lech, qui dirige l'institut de sondage Ipsos, juge pourtant sa stratégie payante : "Manuel Valls a compris que la posture et l'allure sont des éléments structurants de la popularité. Il donne toutes les apparences du sérieux. Il n'est jamais léger." Preuve que son ambition, elle aussi, est sérieuse, Manuel Valls tiendra son propre rassemblement une semaine avant l'université d'été du PS à La Rochelle (Charente-Maritime). Une version toute personnelle de la fête de la Rose, organisée chaque année par Arnaud Montebourg.

"Valls occupe la place que d'autres, au gouvernement, laissent vacante, notamment son rival supposé pour Matignon, Arnaud Montebourg", commente le JDD. Les deux ministres, l'un très à gauche du PS, l'autre plus à droite, ne cachent pas leurs ambitions. A ce jeu, Manuel Valls y va plus franchement. "Je fais de la politique, je suis ambitieuxa-t-il déclaré début juin. Si demain, on me proposait d'autres responsabilités, je les assumerais, bien évidemment." 

En un an et demi d'exercice, Manuel Valls a réussi à faire oublier qu'il n'avait recueilli que 5% à la primaire socialiste, en octobre 2011. Mais à l'étranger, il ne passe plus inaperçu. Le prestigieux Washington Post (en anglais) n'hésite pas à le comparer à l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair, et s'interroge : "Peut-il être le prochain leader français ?" La question ne paraît plus farfelue. Selon un sondage Harris Interactive réalisé pour Marianne et publié vendredi 2 août, Manuel Valls l'emporterait face à Nicolas Sarkozy s'ils disputaient le second tour de la présidentielle de 2017 (49% pour l'un contre 44% pour l'autre). Le ministre va-t-il profiter du mois d'août pour enfin se reposer ?

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