Groupe parlementaire LREM : "Il serait très étonnant qu'une formation à 308 parlementaires reste unie comme un seul bloc"

Richard Ferrand (au centre) a été élu président du goupe parlementaire LREM, le 24 juin 2017.
Richard Ferrand (au centre) a été élu président du goupe parlementaire LREM, le 24 juin 2017. (GILLES BASSIGNAC / AFP)

Jean Petaux, politologue et enseignant à Sciences Po Bordeaux, est revenu, samedi pour franceinfo, sur l'élection de Richard Ferrand à la tête du groupe parlementaire de La République en marche.

Richard Ferrand, ancien ministre de la Cohésion des territoires, député du Finistère, a été élu, samedi 24 juin, président du groupe La République en marche (LREM) à l'Assemblée nationale. "C'était tout à fait attendu", a commenté, samedi soir sur franceinfo, Jean Petaux, politologue et enseignant à Sciences Po Bordeaux.

franceinfo : Est-ce que la large élection de Richard Ferrand à la tête du groupe LREM à l'Assemblée nationale est une surprise ?

Jean Petaux : C'était tout à fait attendu, à partir du moment où il n'était plus au gouvernement et où il avait la bénédiction du président de la République. On est dans la situation de 1981, quand Pierre Joxe, après avoir été ministre un mois, a pris la présidence du groupe socialiste qui était très majoritaire. La seule différence est que Richard Ferrand est visé par une affaire.

L'enquête de la justice, peut-elle l'empoisonner en tant que président de groupe ?

Je n'en suis pas persuadé. Il a clairement dit que s'il y avait une mise en examen, il ne ferait pas jouer son immunité parlementaire. D'une certaine façon, les cartes sont sur la table. Rappelons que l'ouverture d'une enquête préliminaire est un non-acte judiciaire. Il n'y a pour l'instant aucune suspicion. Quand bien même, c'est là une vertu essentielle de la démocratie, le doute doit bénéficier à toute personne mise en examen. Et là, on n'est pas encore dans le cas d'une mise en examen.

Les modalités du vote pour choisir le président du groupe ont été critiquées par certains élus. Pourquoi avoir choisi le vote à main levée ?

Cela s'explique par le fait qu'il n'y avait qu'un seul candidat. Pour la présidence de l'Assemblée nationale, ce qu'on appelle le perchoir, là il y a au moins trois candidatures qui semblent émerger du groupe LREM. Il peut y avoir plusieurs candidatures pour la présidence de l'Assemblée. Il peut y avoir plusieurs courants. C'est un peu la situation des partis uniques. Dans ces modèles, les critiques et l'opposition existent à l'intérieur de l'organisation qui prétend gouverner. Il y aura donc des tendances. Il serait très étonnant qu'une formation à 308 parlementaires reste unie comme un seul bloc. Ce ne serait d'ailleurs pas forcément souhaitable.

Est-on conscient chez LREM qu'il y aura ces courants ?

Il vaut mieux organiser la contestation que de la laisser se développer comme un feu de brousse. Il y a déjà un certain nombre de points qui font débat, comme le choix des commissions parlementaires. Par exemple les sortants, entre 20 et 25, entendent bien retrouver leur commission. Or, il semblerait qu'il n'y a pas de passe-droits. On voit donc, au quotidien, des frustrations, des commencements de conflits, qui risquent de croître. C'est la vie de tout groupe qui s'installe incontestablement.

"Dans ces modèles, les critiques et l'opposition existent à l'intérieur de l'organisation qui prétend gouverner", Jean Petaux
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