François de Rugy : "Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent", réagit Marine Turchi, journaliste à Mediapart

François de Rugy sur le plateau du 20h de France 2, le 23 juillet 2019.
François de Rugy sur le plateau du 20h de France 2, le 23 juillet 2019. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

La journaliste de Mediapart a réagi sur franceinfo après la première interview de François de Rugy après sa démission.

"Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent", réagit sur franceinfo Marine Turchi, journaliste à Mediapart, après l'interview de François de Rugy au journal de 20 heures de France 2, mardi 23 juillet.

franceinfo : François de Rugy s'estime "blanchi" des accusations portées contre lui. Comment avez-vous réagit en l'entendant dire ça ?

Marine Turchi : Matignon et l’Assemblée vont faire évoluer les règles, suite à nos révélations des derniers jours. Edouard Philippe reconnait en creux qu’il y a un problème, puisqu’il a édicté aujourd’hui une nouvelle circulaire qui impose aux ministres d’obtenir l’accord préalable de Matignon pour faire des travaux supérieurs à 20 000 euros dans leur logement de fonction. L’Assemblée de son côté réfléchit aussi à un meilleur contrôle des dépenses personnelles de son président, puisqu’elle annonce la création d’un groupe de travail pour encadrer tout ça. Quand j’entends François de Rugy dire qu’il a été blanchi, ce n’est pas ce que je lis dans l’enquête de Matignon sur les travaux de son logement de fonction.

Vous mettez en cause cette enquête ?

L'enquête de l’Assemblée nationale surtout, c'est une vraie mascarade. Elle est diligentée par le secrétaire général de l’Assemblée qui, lui, était le subordonné de François de Rugy lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale. Comment demander à un collaborateur de dire si son patron a bien fait les choses ou non ? Et surtout, il n’a pas eu accès aux factures. C’est ce qu’il admet en creux. Et il n’a pas interrogé l’ensemble des convives que nous avons interrogés. Ils nous apprennent que les dîners n’étaient pas thématiques.

Il s’est élégamment attaqué à ce "journalisme de démolition", en vous pointant du doigt. Êtes-vous dans une forme de chasse à l’élu ?

Mediapart informe et nos informations sont d’utilité publique. Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent. Aujourd’hui le problème, au-delà de François de Rugy, c’est le contrôle et l’encadrement de toutes ces dépenses, notamment les travaux dans les logements de fonction des ministres. Il n’y avait aucune règle, d’où les abus. 17 000 euros pour un dressing, ça me semble un peu cher. Le coût des travaux a été souligné dans l’enquête de Matignon qui considère que le coût était trop élevé pour le dressing sur-mesure, et pour les peintures des moulures, à 16 000 euros. [François de Rugy] c’est quelqu’un qui s’est présenté comme le chevalier blanc et il y a une différence entre son discours et ses actes. Donc effectivement, il y avait un problème aujourd’hui. Il faut encadrer ces dépenses.

Vous êtes à nouveau en ligne