Dîners luxueux de François de Rugy : "S'il n'y a pas de contrôle, il y a des abus", réagit l'association Anticor

François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, le 8 juillet 2019, à Baud (Morbihan).
François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, le 8 juillet 2019, à Baud (Morbihan). (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

Entre 2017 et 2018, l'ancien président de l'Assemblée nationale a organisé avec son épouse de fastueux dîners à l'hôtel de Lassay. Une pratique anormale, selon l'association Anticor. 

François de Rugy n'a pas lésiné sur la dépense. En tant que président de l'Assemblée nationale, il a organisé avec son épouse des dîners privés luxueux à l'hôtel de Lassay entre 2017 et 2018, rapporte Mediapart. Les participants "appartenaient tous au cercle relationnel et surtout amical de Séverine de Rugy", assure le site d'investigation. 

L'actuel ministre de la Transition écologique assume ces frais de bouche et évoque "un travail de représentation". Jean-Christophe Picard, président de l'association de lutte contre la corruption Anticor, revient sur ces dîners fastueux où l'on servait du homard et des grands crus.

Franceinfo : Quelle est la réaction d'Anticor aux révélations de Mediapart sur les frais de bouche de François de Rugy  ?

Jean-Christophe Picard : Les dîners privés ne doivent pas être pris en charge par l'argent public, c'est une évidence. Et pour ce qui est des repas de travail, ils doivent être a minima contrôlés, cela me paraît être du bon sens. Ils doivent être contrôlés au niveau des frais de bouche et de la qualité des convives, c'est ce qui se fait partout. Dans toutes les collectivités, quand vous allez au restaurant, vous êtes bien obligé de justifier la raison du repas et les personnes qui vous accompagnaient pour permettre un contrôle des dépenses publiques.

On a eu l'affaire des frais de bouche de Jacques Chirac il y a quelques années, et on voit bien que cet aspect des choses n'a pas évolué [Entre 1987 et 1995, environ 14 millions de francs (2,14 millions d'euros) ont été dépensés en "frais de réception" par le couple Chirac à la mairie de Paris]. Il y a une sorte de tolérance. Mais quand on réfléchit bien, je ne pense pas que cela soit normal que les contribuables payent les repas des amis de tel ou tel politique.

Pour François de Rugy, il s'agissait de dîners de travail...

Même quand il s'agit d'un repas de travail, on n'est pas obligé d'avoir des bouteilles coûtant des centaines d'euros sur la table, un peu de modestie quand même ! Ensuite, quand vous recevez un chef d'Etat, il peut y avoir des exceptions. Mais de toute manière, il ne nous explique pas vraiment qu'il s'agit d'un repas de travail. Il nous dit que ces dîners lui permettaient de garder pied avec la réalité, mais cela ne justifie pas qu'il s'agissait de travail.

Quand on explique qu'on souhaite garder pied avec la réalité en mangeant du homard avec ses amis, c'est qu'il y a quand même un problème.Jean-Christophe Picardà franceinfo

Que faut-il faire, selon vous, pour éviter que ce type d'affaires se produise ?

On peut se fixer un code de bonne conduite, contrôler la qualité des convives, plafonner les dépenses de vin par exemple. Et surtout, il faut mettre en place une commission qui contrôle à chaque fois ces frais de bouche, je suis étonné qu'actuellement personne ne contrôle.

S'il n'y a pas de contrôle, il y a des abus. Il faut qu'il y ait des règles claires et un contrôle. Visiblement, il y a des questeurs à l'Assemblée nationale, ils peuvent aussi faire leur travail [ils sont chargés du contrôle des services financiers et administratifs]... On ne vit pas dans le monde des Bisounours, quand il n'y a pas de contrôle, il y a des abus. Tout le monde n'est pas le général de Gaulle [l'ancien chef d'Etat était réputé pour payer avec son argent personnel le goûter de ses petits-enfants].

Demandez-vous à François de Rugy de rembourser ces dîners ?

Oui, ce serait élégant de sa part, puisqu'il ne parvient pas à démontrer que ces dîners ont été organisés dans un cadre professionnel. Ce serait élégant de ne pas faire supporter au contribuable des dépenses à caractère privé.

Vous êtes à nouveau en ligne