La presse juge la prestation télévisée de François Hollande

La Une de Sud-Ouest au lendemain du débat Juppé-Hollande
La Une de Sud-Ouest au lendemain du débat Juppé-Hollande (FranceTV)

Au lendemain de son intervention sur France 2, la presse revient sur la prestation du candidat socialiste, François Hollande. S'il est jugé par certains "habile, pugnace, sérieux", il est épinglé par d'autres sur le réalisme de son projet économique.

Au lendemain de son intervention sur France 2, la presse revient sur la prestation du candidat socialiste, François Hollande. S'il est jugé par certains "habile, pugnace, sérieux", il est épinglé par d'autres sur le réalisme de son projet économique.

Le Monde

"En quelques jours, le candidat socialiste a démontré qu'il n'en manquait pas, surprenant ses troupes autant que ses adversaires et concurrents. Le 22 janvier, au Bourget, il a fait taire les doutes sur sa détermination et sa pugnacité. Et réglé d'un coup la question du candidat et celle de la dynamique du rassemblement derrière lui. (...) L'enjeu, enfin, est de convaincre que ce projet est sérieux et crédible. L'objectif est réaffirmé de réduire le déficit public à 3 % du produit intérieur brut en 2013, de rétablir l'équilibre budgétaire en cinq ans et de faire baisser de près de 10 points (à 80 % en 2017) l'endettement de la France, que la droite "a doublé en dix ans".

"Comment y parvenir sans étrangler la dépense publique ? Par une politique de redressement juste, en quelque sorte. (...) Reste, pour le candidat socialiste, à espérer que les perspectives de croissance sur lesquelles il fonde son projet seront au rendez-vous. Dès 2012, rien n'est moins sûr (...)".

Libération

Les journalistes de Libération écrivent : "Le candidat socialiste réussit à viser entre les mailles de la crise, et à dégainer un projet 'progressiste'.

"Après le socialisme rose foncé du début des années 80 suivi de sa dérive sociale-libérale, puis l'étrange 'quinquennat' jospinien du tournant des années 2000 - qui avait tout à la fois imposé les 35 heures, privatisé en masse et baissé l'impôt sur le revenu -, François Hollande se met, pour la première fois peut-être en France, dans les pas de la social-démocratie."

"Ceux de Pierre Mendès-France et de Jacques Delors, qui n'avaient pas eu le temps (pour le premier) ou de volonté politique (pour le second), de l'expérimenter".

Le Figaro

Etienne Mougeotte : "C'est en apparence une valse à deux temps. François Hollande a d'abord rassemblé "le peuple de gauche" au Bourget, sonnant le tocsin contre la finance pour ressusciter les mânes enfouis du socialisme. Et voilà maintenant qu'il présente ses 60 propositions avec le sérieux d'un commissaire aux comptes détaillant minutieusement chaque ligne d'un bilan".

"Si François Hollande l'emportait avec ce programme, le 6 mai prochain, alors viendrait le troisième temps de la valse. Celui où les 60 propositions de Hollande, comme autrefois les 110 propositions de Mitterrand, se fracasseraient, non pas sur le mur de l'argent, mais sur les récifs de l'économie mondialisée."

Les Echos

Pour Jean-Francis Pécresse : "L'effort de rigueur accompli par François Hollande est impressionnant mais insuffisant. Impressionnant au regard du point de départ des socialistes en matière de politique économique. Insuffisant si l'on regarde le point d'arrivée auquel doit nécessairement conduire le projet de tout candidat aspirant à présider un pays dont la dette publique avoisine son PIB, un pays dégradé, et menacé, à la première faiblesse, de basculer dans l'austérité qu'imposent à l'Europe du Sud ses créanciers".

"Le projet présidentiel présenté hier par François Hollande marque bien une rupture idéologique forte avec la pensée économique d'un Parti socialiste français resté mal à l'aise avec la culture de compétitivité et l'orthodoxie budgétaire des sociaux-démocrates".

"Cependant, si ce projet présidentiel rompt avec le vieux péché keynésien, il est encore loin d'être touché par la grâce schumpeterienne. D'abord parce que, derrière l'affichage d'une louable attention portée aux PME, c'est bien à une hausse des prélèvements fiscaux et sociaux que doivent s'attendre les entreprises, et pas seulement des cotisations vieillesse".

La Croix

Dominique Quinio juge que "le débat portera sur l'impact de ces mesures sur les classes moyennes - si difficiles à définir - que se disputent tous les candidats".

L'Alsace

Selon Patrick Fluckiger, "François Hollande a pris soin de mettre dans son programme une recette en face de chaque dépense. C'est cohérent... comme tout budget prévisionnel. Le programme est-il financé pour autant ? Pas sûr, car Hollande met la barre très haut en ce qui concerne les recettes. Il prévoit une ponction de 49 milliards d'euros par diverses augmentations d'impôts, ce qui représente plus de 2 % du PIB. C'est énorme. Il mise sur une croissance de 1,7 à 2,5 % à partir de 2013. L'avant-dernier budget Sarkozy a été bâti autour des mêmes chiffres".

"Le PS avait reproché alors au gouvernement de faire preuve d'un optimisme irréaliste, certains socialistes accusant même le président de " tromper " les Français. Cela n'empêche pas François Hollande de reprendre des chiffres hautement aléatoires, et qui seront d'autant plus difficiles à atteindre que le choc fiscal promis, notamment aux banques, freinera considérablement l'investissement. Et aussi la consommation, car les ménages seront en première ligne".

Sud Ouest

Pour Bruno Dive, "le bretteur et le blagueur ont laissé place à un homme grave, crise et élection obligent : François Hollande ne veut plus être homme à plaisanter, du moins en public. Il a aussi le souci de convaincre que son projet n'est pas une blague, et qu'il ne se prend pas pour un magicien détenant une baguette magique".

"Hier, il avait à coeur de montrer que ses 60 propositions (c'est beaucoup, mais deux fois moins que Mitterrand en 1981) étaient financées, que le désendettement du pays ne devait pas empêcher quelques dépenses ciblées, en faveur des plus modestes ou de l'éducation. Que seuls les plus riches seraient mis à contribution, tandis que seraient épargnées les fameuses classes moyennes. Ce qui reste à démontrer, au moins pour ce qui est des classes moyennes supérieures. De même le flou demeure-t-il sur le financement des 20 milliards de dépenses nouvelles. Et quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup, comme disait Martine Aubry".

Ouest-France

Sous le titre "Merci les riches et la croissance", Michel Urvoy observe que la suppression du déficit dans le projet du candidat socialiste repose entièrement sur la croissance : "Soit elle est au rendez-vous, et le projet tient la route, mais la dette reste tout de même entière. Soit elle flanche, les promesses sont intenables et la dette explose".

La Voix du Nord

Après avoir rappellé que le ministre, Laurent Wauquiez, "voit François Hollande comme l'oncle Picsou des ménages à revenus moyens, lorgnant sur leurs maigres acquis fiscaux", le journaliste, Hervé Favre, affirme : "François Hollande a senti le danger". "Hier, il s'est donc affiché en grand défenseur de ces chères classes moyennes qu'on s'arrache".

La Montagne

Xavier Panon écrit : "la fragile ligne de crête qu'il (François Hollande) propose aux Français d'emprunter avec lui présente en tout cas plusieurs mérites. D'abord, son alternative va enfin sortir la campagne de ses médiocres polémiques. Ensuite, elle conjugue, en 60 mesures, sa réponse à la crise par un double effort : réduction du déficit et priorité aux PME et à la jeunesse, avenir du pays".

"S'il ne promet, pour éviter tout désenchantement, que ce qu'il peut tenir, il sera confronté à la fiabilité de ses hypothèses un peu optimistes. Le travail de sape d'Alain Juppé, hier soir, a montré que la bataille de la crédibilité sera très rude."