La machine Mélenchon prépare son rassemblement au Capitole

Place Arnaud-Bernard à Toulouse (Haute-Garonne), le 4 avril 2012, Catherine et Jean-Renaud, militants du Front de gauche, cherchent à convaincre les habitants d\'aller au meeting de Jean-Luc Mélenchon le lendemain.
Place Arnaud-Bernard à Toulouse (Haute-Garonne), le 4 avril 2012, Catherine et Jean-Renaud, militants du Front de gauche, cherchent à convaincre les habitants d'aller au meeting de Jean-Luc Mélenchon le lendemain. (SALOME LEGRAND / FTVI)

A quelques heures du grand meeting du candidat Front de gauche à Toulouse jeudi soir, reportage avec des militants qui battent le rappel.

"Ahlalala c'est le feu""on est fatigués""tout va bien se passer", soupire tour à tour Pierre Lacaze, secrétaire départemental du Parti communiste français (PCF) et l'un des porte-paroles de Jean-Luc Mélenchon en Haute-Garonne, sans se départir de son sourire. Le portable invariablement coincé entre l'épaule et l'oreille, il tente de se libérer les mains pour distribuer les derniers tracts, entre deux boucheries halal et un café nommé "Le communard", dans un quartier populaire de Toulouse. Avec une dizaine de militants PCF et quelques non-encartés, ils battent une dernière fois le rappel pour le grand meeting de leur candidat le lendemain, jeudi 5 avril 2012, place du Capitole.    

350 000 tracts distribués pour le meeting

Jean-Renaud, veste en cuir noire sur sweat-shirt à capuche bleu, et Catherine, grande écharpe rouge qui ressort de son K-Way blanc, cherchent à convaincre une jeune fille plutôt tentée par Eva Joly de venir au rassemblement. "La dynamique de gauche""les sondages qui montrent que c'est possible", enchaînent-ils. Elle va y réfléchir. Cela fait deux mois que les militants du Front de gauche préparent le meeting. Depuis le 8 février et l'accord de la mairie pour qu'il se déroule au Capitole. Et ils ont mis les bouchées doubles : "On a collé 4 500 affiches avec bandeau, distribué 350 000 tracts pour ce meeting, énumère Pierre Lacaze, plus une présence régulière au moins une fois par semaine dans tous les quartiers !"

Rien n'est laissé au hasard. Le Front de gauche, comme les autres partis, assure un minimum de présence garanti. Un objectif de 500 personnes par section du département a par exemple été fixé pour le rassemblement de jeudi. Concrètement, 102 autocars sont affrétés pour acheminer les sympathisants de Haute-Garonne, mais aussi de Gironde ou de l'Aude, jusqu'au cœur de la Ville rose. Et si "l'organisation est à 100% coordonnée par les camarades du Parti de gauche", selon Gabriel Amard, élu essonnien et coordinateur des meetings de Jean-Luc Mélenchon, "le dispositif d'accueil et de sécurité a été confié au PCF", raconte Pierre Lacaze, qui met en avant un certain "savoir-faire" du parti. 

"Un travail de fourmi depuis septembre"

Le tout repose sur une organisation pyramidale bien rodée. Comme dans la plupart des départements, les candidats Front de gauche aux législatives sont les porte-paroles de Jean-Luc Mélenchon dans leur circonscription. Au cours d'une réunion hebdomadaire, ils répartissent les opérations de tractage, porte-à-porte et autres rassemblements thématiques. "C'est un travail de fourmi depuis septembre", confie Pierre Lacaze. Chaque semaine également, un conseil de campagne départemental se réunit pour faire un point. Et un compte-rendu téléphonique ou par e-mail est transmis au niveau national.

Car si la chaîne fonctionne de Paris vers le local, elle marche aussi dans l'autre sens. "Dès décembre, on a fait remonter le fait que le FN pouvait être dangereux dans le monde ouvrier, mais aussi les questions que se posaient les gens sur la crise et les politiques de gauche", détaille l'élu communiste, chemise à carreaux gris clair et veste anthracite. Et de rappeler "l'implantation historique" du PCF dans les quartiers populaires et les entreprises, ainsi que ses 130 000 encartés revendiqués.  

Militantisme à l'ancienne et réseaux sociaux

"Bien sûr, le PCF nous a beaucoup apporté", admet volontiers Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche (PG), qui reconnaît "le maillage territorial fort et enraciné" des communistes. "Mais c'est faux de dire qu'il n'y a que ça, ajoute Gabriel Amard, lui aussi secrétaire national du PG. Si le PCF met bien des centaines de militants dans des cars à chaque rassemblement, il y a un truc qui ne se dément pas depuis janvier, c'est que cela ne représente plus qu'un tiers des effectifs présents." "Et il ne faut pas oublier internet et les réseaux sociaux", enchaîne-t-il, lui qui remarque des records de téléchargements sur son blog à chaque fois qu'il met en ligne un nouveau tract.

Un peu partout en France, le Front de gauche constate "un élan, un effet rassemblement" pour les uns, "un effet sondages" pour les autres. En tout cas, "il y a de plus en plus de gens qui veulent nous donner un coup de main, on voit de plus en plus cohabiter un engagement citoyen nouveau avec les partis structurés et organisés comme le PG et le PCF", explique Gabriel Amard. 

"La consigne, c'est de ne pas attendre les consignes"

En Haute-Garonne, "on a un millier de personnes qui nous ont sollicités depuis janvier-février en se disant disponibles pour la campagne, dont près de 200 qui se sont vraiment engagées", confirme Pierre Lacaze. D'ailleurs, ils seront une cinquantaine de "pièces rapportées" non-encartées à se joindre aux 200 adhérents communistes et 110 militants des autres composantes du Front de gauche (Parti de gauche, Fédération pour une alternative sociale et écologique, Gauche unitaire…) pour assurer l'accueil du public jeudi, place du Capitole et dans ses environs. 

Une répartition des forces qui se retrouve dans le budget de campagne. Le Front de gauche espère collecter un tiers des quelque 3,4 millions d'euros prévus grâce à des dons, collectes et souscriptions locales. Pour le reste, en plus des 800 000 euros attribués par l'Etat, 600 000 proviennent d'un emprunt du PCF, 500 000 du Parti de gauche, 110 000 de la Gauche unitaire, et 150 000 d'un emprunt personnel de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat dirait souvent : "La consigne, c'est de ne pas attendre les consignes." Une prise de risque minime avec des troupes si bien structurées.

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