UMP : Copé est déclaré vainqueur, mais Fillon ne désarme pas

Jean-François s\'adresse à la presse, lundi 26 novembre, entouré de Michèle Tabarot et Roger Karoutchi.
Jean-François s'adresse à la presse, lundi 26 novembre, entouré de Michèle Tabarot et Roger Karoutchi. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

La Commission des recours de l'UMP a proclamé, lundi soir, la victoire de Jean-François Copé à la présidence du parti. Sans convaincre les partisans de François Fillon, qui se réuniront demain.

CHAOS A L'UMP – "Je pense que rien n'est réglé." Aussitôt Jean-François Copé proclamé président de l'UMP par la commission de recours du parti, lundi 26 novembre, Alain Juppé a affiché son scepticisme concernant l'issue de la crise qui déchire l'UMP depuis huit jours et l'élection houleuse de son président. Et pour cause : sans surprise, le camp Fillon a immédiatement contesté les conclusions de la commission. Eric Ciotti réclame à présent un nouveau scrutin à l'UMP.

Francetv info revient sur ce nouvel épisode d'un feuilleton qui pourrait aboutir à une scission du parti, menacent certains proches de l'ancien Premier ministre. 

Acte 1 : la commission valide l'élection de Copé

La commission des recours, qui avait arrêté ses travaux dimanche 25 novembre pendant la réunion Juppé-Copé-Fillon, a tranché. Elle a proclamé vainqueur Jean-François Copé, lundi vers 17 heures, avec 952 voix d'avance sur François Fillon, selon un communiqué de presse.

Acte 2 : le camps Copé prône "la reconstruction" 

Dans une allocution devant la presse, rassemblée au siège de l'UMP, le député-maire de Meaux annonce que "le temps de la reconstruction interne s'impose." Une semaine plus tôt, la Cocoe avait déjà annoncé la victoire du député-maire de Meaux, mais avec seulement 98 voix de plus.

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"Je m'engage à lancer une réforme de nos statuts, afin d'améliorer nos conditions d'élections", a-t-il poursuivi, "et à respecter les courants" au sein de l'UMP. Il entend, pour cela, créer un "collège" paritaire "avec différentes personnalités du parti", dont François Fillon. "Nous avons besoin de lui", a-t-il dit. Une main tendue que le camps de l'ancien Premier ministre a d'ores et déjà refusé de saisir. 

Acte 3 : le camp Fillon dénonce "un coup de force"... 

Aussitôt après l'annonce des conclusions de la commission nationale des recours, François Fillon a indiqué que cette décision de la CNR était "illégale". Selon lui, cette commission n'offre "aucune garantie d'impartialité" et ses soutiens n'ont pas manqué de rappeler ces derniers jours qu'ils en contesteraient les travaux, l'accusant d'être pro-Copé.  

"Cette victoire n'a aucune légitimité, a confirmé le plus proche lieutenant de François Fillon, le député Jérôme Chartier. Ces résultats confirment que l'UMP s'est transformée en fort Chabrol" [en allusion au retranchement des anti-Dreyfusards rue de Chabrol, à Paris, en 1899, où ils furent assiégés par les forces de l'ordre ]

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Acte 3 : ... et annonce sa contre-attaque 

Concernant la suite des événements, il a annoncé qu'une réunion des parlementaires pro-Fillon se réunirait mardi matin à 9 heures pour décider de la suite des évènements :  "Toutes les questions [y] seront évoquées", y compris celle d'un nouveau groupe parlementaire, a-t-il indiqué lors d'une déclaration dans les couloirs de l'Assemblée nationale. "C'est la troisième fois que Jean-François Copé annonce ou fait annoncer sa victoire", a-t-il ironisé. "L'objectif de François Fillon reste le même : obtenir qu'il y ait la proclamation des résultats réels à la présidence de l'UMP", a-t-il dit, évoquant la possibilité de demander un nouveau scrutin. 

Avant même que la Commission n'annonce ses conclusions, son entourage avait continué de dénoncer, lundi après-midi, une "fraude industrielle" de la part du camp de Jean-François Copé. Selon des déclarations recueillies par Guillaume Daret, journaliste politique à France 2, le camp de François Fillon accuse notamment ses adversaires d'avoir bourré les urnes à l'aide de 30 000 procurations, et promet de dévoiler les preuves de ces fraudes dans les prochains jours. 

Acte 4 : Juppé pessimiste

Interrogé par des journalistes sur cette proclamation, Alain Juppé a indiqué ne pas vouloir "rajouter de commentaires à cette décision." "Je pense que rien n'est réglé en fait", a déclaré le fondateur du parti et maire de Bordeaux, dont la tentative de médiation a échoué, dimanche.

Dès lundi matin, il avait fait état d'un blocage entre les deux parties sur le rôle de la Commission des recours : "J'ai fait des propositions qui sont connues. François Fillon a accepté ces propositions, Jean-François Copé les a refusées. Il a à son tour proposé de laisser travailler la Commission nationale des recours, ce que François Fillon a refusé."

Acte 5 : Arrêter les frais ou revoter ? 

L'ancien président de la République, sollicité par les deux camps, est intervenu dans le débat lundi soir. Tout en déconseillant à François Fillon de saisir la justice, Nicolas Sarkozy juge préférable de faire revoter les adhérents du parti pour désigner leur président, selon plusieurs de ses proches lundi soir à l'AFP.

Pour certains partisans de François Fillon, comme son directeur de campagne pour la présidence de l'UMP, Eric Ciotti, l'unité passe en effet par un nouveau vote"La démocratie interne a été bafouée dans ce scrutin", a-t-il indiqué lundi soir sur le site du Figaro. Ainsi, "le seul moyen de laver cet affront est d'organiser un nouveau scrutin exemplaire qui donnera à l'équipe élue sa légitimité et qui permettra de reconstruire l'unité de toute notre famille", a-t-il ajouté. 

Enfin, dans un "appel à l'unité et à la raison", à paraître mardi dans Le Figaro, 55 députés UMP (dont sept qui avaient appelés à voter pour François Fillon) se prononcent contre tout recours à la justice dans la bataille entre Jean-François Copé et François Fillon.

A l'origine de cette tribune, le député des Côtes-d'Armor Marc Le Fur, vice-président de l'Assemblée, pro-Copé, et son collègue des Yvelines, David Douillet, rallié sur le tard à François Fillon. "Pour nous, il est deux actions que nous devons nous interdire", écrivent-ils : "La scission de notre groupe parlementaire" et "le recours devant la justice" envisagé par l'ancien Premier ministre. Une position défendue par les pro-Copé, comme Roger Karoutchi, qui indique au Figaro qu'un "bras de fer n'a pas de sens".

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