L'uniforme à l'école, un indémodable de la droite

Des élèves d\'une école primaire publique portant l\'uniforme sortent lors de la récréation, le 12 septembre 2011, à Barcelone (Espagne). 
Des élèves d'une école primaire publique portant l'uniforme sortent lors de la récréation, le 12 septembre 2011, à Barcelone (Espagne).  (SANCHEZ / CARO FOTOS / SIPA)

La sénatrice UMP Chantal Jouanno préconise son retour dans un rapport sur l'hypersexualisation des filles. Depuis une dizaine d'années, l'idée revient régulièrement, parée de vertus différentes. 

Va-t-on assister au retour de l'uniforme dans les écoles françaises ? La question revient sur le devant de la scène, lundi 5 mars, à la lumière du rapport rendu par la sénatrice UMP Chantal Jouanno au gouvernement sur l'hypersexualisation des fillettes.

Depuis l'abandon du port de l'uniforme en 1968 dans la majorité des établissements scolaires, son rétablissement est régulièrement évoqué par les politiques. Ainsi, depuis 2003, l'UMP en a fait une proposition et un débat récurrents. Retour sur les précédents.  

• Mars 2012 : un "uniforme" pour aider les fillettes

C'est l'une des mesures préconisées par le rapport destiné à combattre l'hypersexualisation des filles : Chantal Jouanno souhaite rétablir le port obligatoire de l'uniforme dans les écoles primaires.

L'objectif Si cette proposition ne lutte pas directement contre l'hypersexualisation, elle permet de "répondre à la concurrence des marques", explique la sénatrice UMP à 20 Minutes. Une concurrence qui est source de "clivages sociaux", estime-t-elle dans Le Figaro.

Pour Chantal Jouanno, il s'agit aussi de proposer via cette mesure "un socle de valeurs national (...) pour que les jeunes soient respectueux de l’institution qu’est l’école primaire".

• Novembre 2011: un "vêtement commun" pour plus d'égalité

L'idée resurgit dans la liste des 15 propositions du pacte républicain de l'UMP. Le mot "uniforme" est soigneusement évité mais l'idée s'en rapproche beaucoup : il s'agit d'expérimenter le port d'un "vêtement commun" dans les écoles volontaires. "Sans aller jusqu'au retour de l'uniforme, qui pourrait paraître désuet, établir un code vestimentaire n'est pas une mesure d'ordre simplement symbolique", explique alors Camille Bedin, secrétaire nationale de l'UMP en charge de l'égalité des chances.

L'objectif Par cette proposition, l'UMP entend "gommer les inégalités sociales" mais aussi "renforcer un esprit de cohésion et d'appartenance commune à un établissement". Par ailleurs, le port d'un vêtement commun "différent de celui de l'instituteur pourrait créer un climat favorable au renforcement du prestige de l'enseignant", assure l'UMP.

• Janvier 2009 : un "tee-shirt" pour davantage d'"intégration"

En 2009, le modèle britannique s'invite dans le débat politique français. En visite dans une école d'excellence londonienne, Xavier Darcos, alors ministre de l'Education nationale, vante les mérites de l'uniforme et tente d'exporter cette idée en France. "On pourrait expérimenter que les élèves aient tous le même tee-shirt ou une tenue comparable." 

L'objectif Cette fois-ci, rien à voir avec l'hypersexualisation ou les inégalités sociales. Pour Xavier Darcos, une tenue identique représenterait un "facteur d'intégration supplémentaire" pour les élèves. "[Elle] permet de supprimer les différences visibles de niveau social ou de fortune, et met tous les élèves dans une situation d'égalité les uns par rapport aux autres", déclare-t-il lors de sa visite, selon L'Express.fr

• Septembre 2006 : "une tenue commune" pour assurer la décence

L'uniforme comme réponse aux looks négligés des adolescents ? C'est en tout cas le motif d'une proposition de loi déposée en 2006 par trois députés UMP, Eric Raoult, Robert Pandraud et Jean-Claude Abrioux. Mais là encore, l'expression "tenue commune" est préférée à "uniforme", jugé trop connoté. 

L'objectif Pour les trois parlementaires, la mesure consiste à garantir "une allure décente à tous les élèves", mais surtout à "limiter les insultes et agressions sexuelles dont sont victimes les jeunes filles". Comme le rappellent Le Figaro.fr et Le Nouvel Obs.com, Eric Raoult a fustigé les tenues "provocantes", "parfois très légères" et "à la limite de la décence" des lycéennes.

• 2003 : Darcos et Baroin contre la "violence" 

Solution aux inégalités, aux clivages sociaux et aux agressions sexuelles, le rétablissement de l'uniforme dans les établissements assure aussi le calme dans les écoles, collèges et lycées. C'est ce que proposent Xavier Darcos puis François Baroin, entre 2003 et 2004.

Les objectifs Xavier Darcos souhaite "débattre" du sujet, indique Libération.fr à l'époque. Le ministre délégué à l'Enseignement scolaire d'alors estime que l'uniforme mérite d'être considéré comme une réponse à "la violence et [au] racket". Une théorie qu'il partage avec François Baroin, qui souhaite l'expérimenter dans des établissements dits sensibles. Dans une tribune publiée sur L'Express.fr, le député-maire de Troyes estime que cette violence est "générée par l'envie de posséder le blouson ou les baskets du copain". Selon lui, "l'uniforme a eu ses vertus, il les a peut-être toujours". Et l'UMP n'oublie pas de le rappeler régulièrement. 

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