Plan de relance : les 20 milliards d'euros pour la transition écologique suffiront-ils à "verdir" l'économie française ?

Le Premier ministre, Jean Castex, le 16 juillet 2020 au Sénat.
Le Premier ministre, Jean Castex, le 16 juillet 2020 au Sénat. (BERTRAND GUAY / AFP)

L'enveloppe mise sur la table par le Premier ministre dans le cadre du plan de relance devra rapidement être pérennisée si la France veut tenir ses objectifs en matière de transition écologique.

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C'est un effort sans précédent qui vise à faire de l'économie française "la plus décarbonée d'Europe", selon les mots de Jean Castex. Le Premier ministre a annoncé, mercredi 15 juillet lors de sa déclaration de politique générale, que 20 milliards d'euros seraient consacrés à la transition écologique au sein du plan de relance chiffré à 100 milliards, présenté pour redresser l'économie après la crise du coronavirus.

Devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a expliqué, sans entrer dans le détail, à quoi pourrait servir cette manne : la rénovation thermique des bâtiments, la réduction des émissions dans les transports et dans l'industrie, la production d'une alimentation "plus locale et durable", le soutien aux "technologies vertes de demain, comme les batteries", ou encore "pour mieux recycler et moins gaspiller".

Simple saupoudrage ou réponse à la hauteur des enjeux ? Rappelons que la France s'est engagée à atteindre, en 2050, la neutralité carbone. Pour Louise Kessler, directrice du programme économie de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), l'annonce de cette enveloppe de 20 milliards d'euros pour la transition écologique est "un bon début, qui va dans le bon sens"

Un plan de relance "ponctuel"

Dans une étude publiée début juillet (fichier PDF), cette association a calculé les investissements nécessaires pour respecter la stratégie bas carbone que s'est fixée la France. Selon ce rapport, à court terme, l'effort à fournir de la part des pouvoirs publics serait de 9 milliards d'euros par an, en plus des 15 milliards d'euros dépensés chaque année jusqu'à présent. Une étude du WWF (fichier PDF) évalue quant à elle à 14 milliards d'euros par an les investissements nécessaires, sur la période 2020-2023.

La somme annoncée par Jean Castex apparaît donc plutôt cohérente, mais outre les inconnues sur le contenu de ce plan de relance écologique – le détail n'en sera définitivement arrêté que fin août – ses contours budgétaires restent encore flous. "A priori, le plan de relance, c'est un 'one shot' et il est prévu sur deux ans", explique une source ministérielle. Si tel était le cas, les 20 milliards d'euros supplémentaires alloués à l'écologie seraient donc dilués sur 2021 et 2022.

Et après ? Pour I4CE, le besoin de financement va aller grandissant au fil des années. Sur la période 2024-2028, ce ne sont plus 9 milliards, mais 22 milliards supplémentaires qu'il faudrait injecter. "Le problème de ces 20 milliards d'euros, c'est que c'est ponctuel. On espère que ce sera pérenne et que cela va augmenter", affirme Louise Kessler. La décision reviendra vraisemblablement au pouvoir élu lors de la présidentielle de 2022.

"Plus loin" que 20 milliards d'euros ?

En attendant, d'autres, à l'image du député (ex-LREM) Matthieu Orphelin, s'inquiètent de la part relative consacrée à l'écologie dans le plan de relance. "Vingt milliards pour la transition sur 100 milliards, ça fait 20%. C'est exactement comme en 2008", déplore ce proche Nicolas Hulot sur Sud Radio. "Est-ce que c'est suffisant ? Nous avons la conviction que non. C'est encore trop peu par rapport à cet effort majeur qu'il faut faire pour la transition."

Toutefois, dans sa déclaration de politique générale au Sénat, prononcée jeudi, Jean Castex a affirmé que le plan de relance consacrerait "au moins un tiers de ses crédits" à la transition écologique, laissant ainsi entendre que l'enveloppe pourrait dépasser les 20 milliards. "Il faut retenir le 'au moins'", a déclaré Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, jeudi sur RTL. De son côté, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est dit "favorable" à aller "plus loin que les 20 milliards indiqués", dans la matinée sur France Inter

"Le Premier ministre a relié ces 20 milliards d'euros à une série de mesures écologiques, mais pas à toutes les mesures écologiques contenues dans le plan de relance", explique-t-on au ministère de la Transition écologique. "Par exemple, dans les 20 milliards dédiés à la formation, il y aura aussi de la formation sur les métiers de la transition écologique. Dans les 40 milliards d'euros pour l'industrie, il y aura de l'argent pour relocaliser nos entreprises, ce qui réduira l'empreinte carbone des objets qu'on s'achète et qui ne feront plus quatre fois le tour du monde", insiste la même source.

Les énergies fossiles loin d'être abandonnées

Pas sûr que ces précisions convainquent France nature environnement, sceptique après les annonces de Jean Castex. "Ce qui manque beaucoup" dans les annonces du président de la République et du Premier ministre, "c'est de nous dire ce qu'on arrête de faire. Tout ce qui va détruire, tout ce qui va polluer, tout ce qui va nuire, il faut le diminuer, voire le supprimer. Là-dessus, on n'a pas de liste", a regretté son président, Arnaud Schwartz, sur franceinfo"On ne nous a pas promis qu'on allait supprimer les financements aux énergies fossiles, par exemple."

Les mesures prises depuis le début de la crise ne vont, à cet égard, pas forcément dans la bonne direction, selon I4CE, qui a calculé que 18 milliards d'euros avaient été alloués jusqu'à présent "à des secteurs fortement consommateurs d'énergies fossiles", contre "seulement trois milliards d'euros d'aides pour les secteurs de la transition énergétique". Les 20 milliards d'euros promis par Jean Castex devraient donc rééquilibrer la balance.

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