Harmonisation européenne des applications de traçage du Covid : "C'est encore renforcer le pouvoir des Gafam sur le numérique", juge la Quadrature du Net

L\'application suédoise de traçage des malades du coronavirus.
L'application suédoise de traçage des malades du coronavirus. (FREDRIK SANDBERG / TT NEWS AGENCY)

L'association qui milite pour la protection de la vie privée sur internet estime que l'application StopCovid, qui n'a pas été retenue, était moins intrusive que le système centralisé choisi par la Commission européenne.

La Commission européenne a décidé, le week-end dernier, d'harmoniser les différents systèmes de traçage de contacts pour lutter contre le Covid-19. Elle a opté pour des architecture dite "décentralisée", ce qui exclut notamment la France et son aplication StopCovid"L'Union européenne a décidé d'utiliser le système d'Apple et de Google pour faire le suivi de l'ensemble des Européens", a réagi lundi 3 août sur franceinfo Benoît Piedallu, membre de la quadrature du Net, association qui milite notamment pour la protection de la vie privée sur internet.

"Pour nous, c'est un problème parce que c'est encore renforcer le pouvoir des Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft] sur le numérique en Europe. Ils auraient clairement pu choisir une autre solution, par exemple une option comme celle de la France", a défendu le militant associatif.

La France aurait pu influencer ses partenaires européens

Benoît Piedallu exlique que la France a choisi une architecture centralisée "différente des autres applications européennes" qui ont choisi une architecture décentralisée "basée sur le fonctionnement proposé par Apple et Google". Selon lui, "le principe de l'architecture centralisée, c'est que les données sont remontées à un serveur central qui conserve l'ensemble des données de rapprochement des contacts que vous avez eu avec les gens que vous rencontrez"

Benoît Piedallu reconnaît "un choix politique qui pourrait être considéré comme positif, si la France avait réussi à influencer ses partenaires européens pour faire en sorte que ceux-ci rentrent dans la même architecture, et soit compatibles avec l'application StopCovid".

StopCovid : un demi million de "désinstallations"

Mais pour le représentant de la Quadrature du Net, la question est : "Est ce que l'application StopCovid et les applications de suivi de Covid sont une bonne solution ? Nous, on pense que ça ne l'est pas." Benoît Piedallu rappelle que si l'application a été téléchargée 2,5 millions de fois, comme l'a précisé le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, "il y a eu au moins 500 000 désinstallations" depuis le lancement.

Le fait que l'application française soit très peu téléchargée et finalement très peu utilisée - puisque beaucoup de gens l'ont désinstallée - fait déjà partie du problème, c’est-à-dire qu'elle ne sert finalement pas à grand-chose.Benoît Piedallu, membre de la Quadrature du netà franceinfo

Pour la Quadrature du Net, "l'origine de l'application était déjà problématique, parce qu'elle légitime une question de surveillance. Et elle n'est pas efficace". Benoît Piedallu estime que "les tests sont absolument indispensables au fonctionnement de ce type d'application". Or, selon lui, "en France particulièrement, les tests sont très difficilement trouvables. Quand vous n'avez pas de test, vous n'avez pas du tout l'efficacité de ce genre d'applications".

Benoît Piedallu juge que le gouvernement fait du "solutionnisme technologique" car "il n'a pas réussi à faire face au coronavirus d'une manière classique en proposant des masques et des test dès le début. Et aujourd'hui, on lui dit regardez, on va utiliser une application. En fait, on s'aperçoit que l'application elle-même n'est pas efficace", conclut Benoît Piedallu.

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