Inquiétude chez les collaborateurs parlementaires : "Je ne sais absolument pas ce que je fais en septembre"

Ambiance salle des quatre colonnes à l\'Assemblee nationale. Image d\'illustration.
Ambiance salle des quatre colonnes à l'Assemblee nationale. Image d'illustration. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

C'est dimanche le second tour des élections législatives. Alors qu'un renouvellement inédit se prépare à l'Assemblée, un nombre record de collaborateurs parlementaires risque le licenciement.

Les Français votent dimanche 18 juin pour le second tour des législatives. Alors qu'un renouvellement inédit se prépare à l'Assemblée, les trois quarts des 2 000 collaborateurs parlementaires risquent de se retrouver sans emploi. Il faut pour certains tourner une page de cinq ans. Cette semaine, plusieurs dizaines d'entre eux se sont dit au revoir à l'occasion d'un pot de départ auquel franceinfo a pu assister.

Le reportage de Sandrine Etoa-Andegue
--'--
--'--

C'est la dernière fois qu'ils se retrouvent tous ensemble, pour un verre, sous le soleil, à quelques pas du Palais Bourbon. Erol est déçu et inquiet. Le député de Seine-Saint-Denis qu'il a accompagné pendant deux ans et demi a été battu dès le premier tour. "Ça a une été claque", confie le collaborateur parlementaire qui ne sait pas ce qu'il fera à la rentrée. "Bien-sûr que je suis inquiet. On est des collaborateurs d’élus, on n’a jamais vraiment eu de statut à l’Assemblée nationale et aujourd’hui, moi qui ai un enfant, je me demande comment je vais faire pour le nourrir et payer mon loyer en septembre prochain." Erol espère trouver quelque chose dans le domaine dans lequel il a développé des compétences, dit-il, mais "rien n’est garanti".

Le flou autour de notre statut ne nous aide pasAndréaà franceinfo

Aucune garantie non plus pour Andréa, 28 ans. Sa députée parisienne a aussi été éliminée dimanche dernier. "Je ne sais absolument pas ce que je fais en septembre et c’est le problème à mon avis de pas mal de collaborateurs. On ne bénéficie pas d’un licenciement économique. Là on part sur 56% de notre salaire de base, c’est très peu, et pour ceux qui vivent à Paris, c’est un peu la douche froide", témoigne la jeune femme.

Pas de fiche de poste, mais un vrai travail

Ces petites mains assistent jour et nuit les députés, rédigent leurs fiches techniques, leurs discours, trient leur courrier. Mais ils n'ont ni fiche de poste, ni convention collective, ni grille de salaire, rappelle Thierry Besnier, le secrétaire général du SNCP-FO. Il se retrouve lui-même au chômage à 40 ans et compte faire un bilan de compétences.

Lors de la dernière législature, c'est "600 textes de lois et 300 propositions de lois", rappelle Thierry Besnier et "il y en a eu beaucoup plus de déposées".  A cela s’ajoutent "tous les accords, les ordonnances qu’il a fallu examiner, plus le travail sur chaque dossier, les plans sociaux d’entreprises, les interventions individuelles, des cas particuliers, ça nécessite un investissement. On est rincés, on est tous rincés", poursuit-il.

Le besoin d'une meilleure prise en charge

Dans quelques semaines, ces assistants recevront leur lettre de licenciement. Depuis plusieurs mois, une intersyndicale se mobilise pour que la procédure du licenciement économique soit appliquée et non celle du licenciement pour motif personnel. Une cinquantaine de collaborateurs envisagent même de porter l'affaire devant les prud'hommes. "Ce n’est pas de notre faute si nos parlementaires ne sont pas réélus. Un licenciement économique, c’est la possibilité d’avoir le meilleur accompagnement possible de la part des opérateurs publics de l’emploi ou des prestataires et c’est effectivement, en termes financiers, 75% de notre salaire brut".

On ne demande pas à être traité différemment, on demande à ce que le droit s’applique à l’Assemblée comme il s’applique pour n’importe quelle entreprise en France.Thierry Besnier A franceinfo

Cécile et Chloé ont pour leur part décidé de proposer leurs services aux nouveaux parlemantaires. Et elles comptent sur le soutien de leurs députés sortants. "Ils ont quand même un réseau et sont prêts à nous aider pour la plupart", souligne Chloé. Mais l’angoisse est quand même là. "On est dans un milieu où il y a beaucoup de candidats et pas beaucoup de postes."

Il faudra faire vite pour distribuer les CV. Le 27 juin, date de fin de l'actuelle législature, les collaborateurs des députés sortants n'auront plus de badge pour accéder au Palais Bourbon