Ils ont élu Barack Obama il y a deux ans, ils croient encore en lui mais ne ménagent pas leurs critiques

Bruce Springsteen (ici en septembre 2010) aurait souhaité qu\'Obama \"aille plus loin\".
Bruce Springsteen (ici en septembre 2010) aurait souhaité qu'Obama "aille plus loin". (AFp - Getty Images)

Dans la presse ces jours-ci, deux témoignages forts de la gauche déçue d'Obama ont retenu notre attention. Il s'agit de celui du chanteur et musicien Bruce Springsteen dans Les Inrockuptibles.Et de celui d'Arianna Huffington, fondatrice en 2005 de l'influent site d'information "Huffington Post", dans Le Monde Magazine.

Dans la presse ces jours-ci, deux témoignages forts de la gauche déçue d'Obama ont retenu notre attention. Il s'agit de celui du chanteur et musicien Bruce Springsteen dans Les Inrockuptibles.

Et de celui d'Arianna Huffington, fondatrice en 2005 de l'influent site d'information "Huffington Post", dans Le Monde Magazine.

Bruce Springsteen: "La situation générale me paraît très flippante"
"Le crack de 2008 donnait une occasion de transformer l'économie et la finance. Cela n'a pas eu lieu. J'aurais rêvé de réformes de la régulation financière beaucoup plus dures et contraignantes.", déclare Bruce Springsteen dans un entretien exclusif publié cette semaine dans Les Inrockuptibles.

"Nous avons un taux de chômage élevé, un pays appauvri. La réforme de santé va certes changer la vie de millions de gens qui vont avoir accès aux soins, mais j'aurais aimé qu'Obama aille beaucoup plus loin, et je sais de quoi je parle vu le milieu d'où je viens", ajoute celui qui a toujours chanté la vie de l'Amérique ouvrière.

"J'aurais aimé qu'il fasse moins de compromis, mais je reste un partisan du Président", dit encore celui dont la chanson "Working on a dream" fut l'hymne officieux de la campagne d'Obama en 2008.

"Le gros problème", estime-t-il, "c'est que les présidents ne sont là que pour quatre ou huit ans, alors que les multinationales, l'industrie, les milieux financiers et l'armée restent en place pour toujours. Ces gens-là ont patiemment mais sûrement grignoté l'économie américaine jusqu'à ce qu'elle ne profite plus au peuple mais aux seuls privilégiés tout en haut de la pyramide."

Partisan de la première heure de Barack Obama, il juge "injuste" de lui reprocher l'état déplorable du pays hérité de ses prédécesseurs Bush et Clinton, et considère que "l'obstructionnisme et la mauvaise foi de la droite relèvent du cauchemar." "La situation générale me paraît très décevante, très flippante", conclut-il après avoir énoncé ce qui est pour lui "La grande question politique du moment: comment transformer le système économico-politique afin de le mettre à nouveau au service du peuple et de l'intérêt général ?".

> Le site de Bruce Springsteen

Arianna Huffington: "Les Etats-Unis se délabrent"
"Obama a raté son moment", estime de son côté Arianna Huffington dans une interview au Monde Magazine du 30 octobre. "Il n'a pas osé", déplore-t-elle. "Il n'a pas su faire preuve de l'audace, de l'indépendance et du charisme d'un Roosevelt qui, en pleine dépression, avait lancé un programme de travaux gigantesques dont les bénéfices se ressentent encore aujourd'hui".

"C'est un homme brillant", dit-elle encore en évoquant le président, "mais il a dramatiquement sous-estimé la crise. Dans son équipe, il a pris des gens comme Larry Summers ou Tim Geithner, qui voyaient le monde avec les yeux de Wall Stree et pensaient que le reste du pays suivrait si l'on suivait Wall Street. Quelle erreur!"

Celle qui orne ce mois-ci la une du magazine Forbes consacré aux "100 femmes les plus puissantes" juge sévèrement Obama mais elle ne mâche pas non plus ses mots contre "les lobbies et leurs déluges de dollars" qui "ont envahi Washington". "Une vraie prise de pouvoir" selon elle, "un bazar de trafic d'influence" au milieu duquel le gouvernement se borne "à fixer des priorités".

"Savez-vous qu'en 2009, plus de 13.700 lobbyistes enregistrés ont dépensé un record de 3,5 milliards de dollars, le double qu'en 2002 ? (...) Etonnez-vous après ça que les plans ambitieux pour réformer Wall Street, le secteur de l'énergie ou la sécurité sociale aient (...) été tuées dans l'oeuf ! La classe moyenne n'a pas la chance de disposer, elle, de bataillons de lobbyistes capables d'inonder de cash Congrès et Maison Blanche..."

La fondatrice du site d'informations très écouté "Huffington Post" admet pourtant "qu'il n'y a pas d'alternative. Car les propositions des républicains sont carrément risibles". Quant à la montée des "démagogues de tout poil" et de la peur sous toutes ses coutures, elle les juge surtout "terriblement dangereuses".

> Le site Huffington Post

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