Hollande réussit son 400 mètres haies

François Hollande en réunion publique à Toulon (Var), le 24 janvier 2012, entre son grand meeting au Bourget et la présentation de son programme. 
François Hollande en réunion publique à Toulon (Var), le 24 janvier 2012, entre son grand meeting au Bourget et la présentation de son programme.  (PHILIPPE LAURENSON / REUTERS)

Dernière étape d'une semaine cruciale pour sa campagne, François Hollande a défendu son programme sur France 2 jeudi soir. Retour sur un décollage en force. 

A l’UMP, on l’appelle "la séquence Hollande". Tellement que "ça ne sert à rien de s’agiter", temporise un conseiller de l’Elysée dans Le Parisien (article payant). Quatre temps forts pour une véritable amorce de campagne. Retour sur les étapes de cette semaine clé pour le candidat socialiste.

• Dimanche 22 janvier : un meeting réussi au Bourget

Les faits Il était attendu sur trois plans et a réussi à cocher toutes les cases. Jusque-là perçu comme "mou" jusque dans son propre camp, François Hollande a pris son envol devant 15 000 à 25 000 personnes selon les sources. Dans une salle à l’ambiance survoltée, il s’est exprimé pendant près d’une heure et demie et a gagné en charisme, comme l’ont confié plusieurs militants à nos reporters sur place.

Sans jamais le citer pour esquiver les procès en antisarkozysme, il s’est attaqué à la présidence de Nicolas Sarkozy. Surprenant jusqu’à ses proches, qui annonçaient un discours "très personnel", le candidat socialiste s'est efforcé de préciser plusieurs de ses positions et en a profité pour mettre la barre à gauche. De quoi momentanément faire taire ceux qui l’érigent en candidat du flou.  

La réaction de ses rivaux La cellule riposte de l’UMP est apparue soufflée. Trois petits communiqués contre une dizaine en temps normal, la majorité ne s’attendait pas à ça. Du coup, elle s’arrête sur un détail : la proposition du socialiste d’inscrire la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans la Constitution. Puis le reconnaît, au moins sur la forme l’exercice est réussi. Dès le lendemain, le chef de file de l'UMP, Jean-François Copé, appelle le parti "à passer à la vitesse supérieure".

Marine Le Pen, elle, a invité les électeurs à regarder dans le rétroviseur, "pour voir si les promesses qu'on leur fait pour demain ne sont pas en totale contradiction avec les actes qui ont été commis depuis trente ans". De son côté, Jean-Luc Mélenchon, ravi de voir Hollande s’attaquer "au monde de la finance", s’est félicité de la "contamination idéologique" que le Front de gauche "provoque". Avant de lui reprocher de ne pas aller assez loin : "On ne fait pas la guerre à la finance avec un pistolet à bouchon." 

• Mardi 24 janvier : rendre coup pour coup à Toulon

Les faits Avec un temps de retard, la machine UMP se met en branle. Au petit déjeuner de la majorité à l’Elysée, Nicolas Sarkozy donne le ton. Pour lui, François Hollande se livre à "une attaque absolument sans précédent contre les classes moyennes". Le mot est immédiatement relayé, notamment à l’Assemblée nationale. "La cible fiscale de François Hollande et des socialistes, c'est les classes moyennes !", tacle le ministre du Travail, Xavier Bertrand.

En visite sur un chantier, Hollande leur fait la leçon : "Nous ne sommes pas devant un tribunal. Il n'y a pas d'accusés, ni de personnes qui devraient être condamnées pour ce qu'elles proposent pour le pays", rapporte Le Point.fr. Dans la soirée, il contre-attaque : "Classes moyennes, faites confiance à la gauche, la droite vous a déjà trahies !" Et de moquer les deux discours de Nicolas Sarkozy en 2008 et 2011 : s’il a fait "le bon constat" il y a quatre ans, "le chantier est dans le même état aujourd’hui".

La réaction de ses rivaux La majorité préfère faire la sourde oreille et profite des vœux de Nicolas Sarkozy au monde de la culture pour attaquer le candidat socialiste sur Hadopi. Le FN, lui, revient sur la laïcité, accusant François Hollande de vouloir "rallumer la guerre des religions". Toute l'attention est en fait consacrée à l’état d’esprit du président de la République qui, pour la première fois, s’est laissé aller à évoquer la défaite. 

• Jeudi 26 janvier : présentation de son programme

Les faits Après tergiversations et accrocs au sein même du Parti socialiste, François Hollande détaille en conférence de presse ses 60 engagements pour la France. Lui qui voulait livrer "un texte court et personnel, et un nombre réduit de propositions précises", dixit Michel Sapin, chargé du projet présidentiel, finit par exposer des mesures et un chiffrage global. Contraint de vendre du "rêve" en temps de crise, il s’engage à "faire payer les riches", tout en prenant garde de ne promettre "que ce qui est réalisable".

La réaction de ses rivaux "Après avoir fait du Mitterrand, il fait du Jospin", déclare du tac-au-tac Marine Le Pen. La candidate du Front national estime que ce programme "ne rompt avec aucune des problématiques qui sont les nôtres actuellement", citant en vrac la servitude de la dette et le pouvoir d’achat. Ses conseillers économiques somment Hollande de "revoir sa copie".

De son côté, l’UMP envoie pas moins de dix-sept communiqués pour pilonner "la farce tranquille". "Cosmétique""irréaliste""impossible à financer", les snipers de la majorité s’en donnent à cœur joie. "La ville rêvée par François Hollande sera un cauchemar pour nos compatriotes", estime le secrétaire national Bruno Beschizza. Tandis que son collègue Franck Riester se dit "effaré par l’absence d’envergure et d’ambition du programme" du candidat socialiste. Pour eux, François Hollande "ignore la crise"

Enfin, le centriste François Bayrou trouve le programme "inimaginable" tandis que Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche, le qualifie de "filet d'eau tiède".

• "Des paroles et des actes" : un grand oral décisif

Les faits C'est un François Hollande extrêmement sérieux qui s'est exprimé sur le plateau de l'émission Des paroles et des actes jeudi soir. Prenant, là encore, bien soin de ne pas citer Nicolas Sarkozy, il n'en a pas moins critiqué "des choix injustes, incohérents, inefficaces" depuis 2007. 

Face à un Alain Juppé très technique, François Hollande a répondu sur le même terrain, à grand renfort de chiffres, quitte à être parfois compliqué à suivre. Les deux ténors de la vie politique française ont enchaîné quelques passes d'armes, autour de leur "arrogance" respective notamment. Mais le ministre UMP n'a pas réussi à faire céder un candidat socialiste qui l'a renvoyé à sa gestion de Matignon en 1995. 

François Hollande était "un peu en réserve", a estimé Gilles Bornstein, rédacteur en chef de l'émission, "mais appliqué et dense comme depuis un bon moment".

La réaction de ses rivaux A peine l'émission terminée, la cellule riposte de l'UMP répliquait avec deux mots d'ordre : l'attaque des classes moyennes et l'"arrogance" d'un candidat qui se pense déjà au second tour. "Il propose le tourbillon infernal de la dette et le matraquage fiscal aux dépens de ceux qui travaillent", s'insurge Camille Bedin, secrétaire national. Et Valérie Rosso-Debord de surenchérir : "C'est à la France qui travaille et qui a travaillé dur que François Hollande s'attaque."

De "flou" à "mou", le candidat socialiste a passé la semaine à tenter de tordre le cou aux critiques formulées à son encontre depuis le début de la primaire socialiste. Et renvoyé la balle dans le camp d'une majorité présidentielle qui commence à paniquer. Prochaine étape, l'intervention de Nicolas Sarkozy sur cinq chaînes de télévision dimanche 29 janvier au soir.