"Une île morte pour que le peuple reste vivant" : bras de fer avec les nationalistes pour la venue d'Emmanuel Macron pour le grand débat en Corse

Des drapeaux de la Corse affichés dans une rue d\'Ajaccio le 3 avril 2019.
Des drapeaux de la Corse affichés dans une rue d'Ajaccio le 3 avril 2019. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Le président de la République est en Corse jeudi pour un dernier grand débat compliqué par l'opposition des nationalistes.

"J'ai l'impression qu'il y a un très grand mépris de la part de l'Elysée", confie Achille Martinetti, qui n'ouvre pas son auberge ce midi. Le commerçant et maire de Bocognano, entre Ajaccio et Corte, ne se rend pas jeudi 4 avril, à l'invitation d'Emmanuel Macron en Corse au grand débat à Cozzano. L'élu répond ainsi, comme d'autres, à la journée "île morte" lancée par les nationalistes. 

"Chaise vide" et "main tendue"

"Je ne pense pas que sa venue corresponde à un regard particulier sur la Corse. Je crois qu'il y vient parce qu'il faut aller partout, poursuit Achille Martinetti. Il va réunir des maires, tenir un langage standard. La Corse, peut-être que c'est un sujet qui ne l'intéresse pas. Il le prend à la légère. Et bien nous, nous le prendrons à la légère." 

Il y a un an, Emmanuel Macron a accepté de graver dans la Constitution le statut spécifique de l’île. Mais le chef de l'Etat a dit non à toutes les autres revendications nationalistes. Jean-Marc Rodriguez, maire indépendantiste de Poggio-di-Venaco, évoque un déni de démocratie. "Il nous parle de main tendue, alors que cela fait dix-huit mois que nous lui tendons la main", dit-il à l'adresse d'Emmanuel Macron. 

La chaise vide reste vide parce qu'à la table des négociations, il n'y a rien.Jean-Marc Rodriguez, maire de Poggio-di-Venacoà franceinfo

"Isula morta, ça veut dire île morte, mais c'est une île morte pour que le peuple reste vivant", ajoute le maire de Poggio-di-Venaco

La réalité économique prend parfois le dessus

En 2017, 56% des Corses ont voté pour les nationalistes. Pourtant dans les rues d’Ajaccio, par exemple, les habitants sont partagés. Gilda, employée de mairie, fait grève. "On n'est pas content de notre président, lance-t-elle, alors que le syndicat des travailleurs corses a déposé plusieurs préavis de grève. Qu'il change d'avis, qu'il se remette en question. Il faut bouger." En revanche, des commerçants ne baisseront pas le rideau, fatigués, disent certains, de voir les politiques s'accrocher à des symboles, comme la co-officialité de la langue corse.

Le problème qu'a la Corse est le même que celui du continent, c'est un problème économique de pouvoir d'achat. Ce n'est parce que je vais parler corse que ça va régler mes problèmes.Un commerçant d'Ajaccioà franceinfo

"Sous prétexte qu'on parle du peuple corse et tout, ça bloque tout. Je ne pense pas que ce soit le sujet le plus important", dit un autre commerçant. 

Pour Laurent Marcangeli, le maire Les Républicains (LR) d’Ajaccio, le bras de fer est dangereux. "Lorsque je vois que des engins explosifs, certes inopérants, sont positionnés devant des bâtiments publics, ça me rappelle de très mauvais souvenirs et ça rappelle de très mauvais souvenirs ici et ailleurs", juge l'élu.

Quand on entretient une vision très tendue des rapports qui peuvent exister entre la Corse, le territoire national et la présidence de la République, on ne peut pas ensuite pleurer sur le lait renversé.Laurent Marcangeli, maire d'Ajaccioà franceinfo

Lundi 1er avril, à Bastia, deux charges ont été découvertes devant des bâtiments des Finances publiques. La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie.

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