Grand débat : les inégalités culturelles sont "à coup sûr" sous-estimées en France, s'inquiète Jack Lang

Franck Riester, ministre de la Culture, participe au débat avec les acteurs associatifs sociaux-culturels dans le cadre du Grand Débat National, le 5 février à Vesoul.
Franck Riester, ministre de la Culture, participe au débat avec les acteurs associatifs sociaux-culturels dans le cadre du Grand Débat National, le 5 février à Vesoul. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Jack Lang, ancien ministre de la Culture et actuel président de l'Institut du monde arabe, a réagi ce lundi sur franceinfo à l'absence de la culture dans les thématiques du grand débat national.

La plateforme granddebatculture.fr, lancée le 18 février dernier par Beaux-Arts Magazine et la Fondation du patrimoine, a déjà recueilli environ 2 700 contributions. A l'issue de ce "grand débat sur la culture", le 15 avril prochain, le ministre de la Culture Franck Riester s'est engagé à "regarder toutes ces contributions en détail".

Pour Jack Lang, ancien ministre de la Culture et actuel président de l'Institut du monde arabe, invité de franceinfo lundi 11 mars, les inégalités culturelles sont "à coup sûr" sous-estimées en France. Il est donc, selon lui, "important de se livrer à une sorte de radiographie sérieuse de la réalité culturelle française" et ajoute que la culture doit être considérée à l'école "comme aussi fondamentale que l'apprentissage de la lecture ou des mathématiques".

franceinfo : Pensez-vous que la culture est la grande absente du grand débat national lancé par Emmanuel Macron ?

Jack Lang : Oui, c'est vrai que la culture est absente de ce grand débat, mais on ne peut pas non plus traiter cette question à la va-vite en quelques jours ou en quelques semaines. Mon sentiment, c'est qu'il serait vraiment important aujourd'hui de se livrer à une sorte de radiographie sérieuse de la réalité culturelle française. Je crois très profondément qu'aujourd'hui, partout dans le pays, dans les départements, les villages, les régions, il y a une vitalité culturelle et intellectuelle extraordinaire qui n'est pas suffisamment mise en valeur. Et avant de réfléchir ou de discuter sur le futur, on pourrait quand même analyser ce qu'est la réalité française (…) que l'on mette au jour toute cette réalité culturelle pour savoir là où il y a des lacunes et là où on doit agir.

Dans le cadre de ce grand débat national, on parle beaucoup des inégalités sociales et économiques. Les inégalités culturelles sont-elles sous-estimées, selon vous ?

A coup sûr, oui. Pour moi, l'une des priorités des priorités, c'est de rétablir le plan que nous avions imaginé avec Catherine Tasca dans les années 2000 qui généralisait les pratiques artistiques et culturelles à l'école. L'école est le lieu de l'apprentissage pour tous les enfants du pays. C'est le lieu de résistance culturelle. Et donc, si l'on voulait commencer à réduire les inégalités culturelles, il faut absolument que l'école, de la maternelle à l'université, accueille les artistes, les créateurs, et que la culture soit considérée comme aussi fondamentale que l'apprentissage de la lecture ou des mathématiques. On l'a fait dans le passé. On peut le refaire aujourd'hui. Par ailleurs, il faut absolument que l'éducation populaire, qui a été encouragée dans les années 1980 et abandonnée depuis lors, soit à nouveau soutenue par les pouvoirs publics dans les quartiers, dans les villages et un peu partout.

Pensez-vous que les inégalités culturelles minent notre pays autant que les inégalités sociales ou économiques ?

Elles vont de pair. Les inégalités cultuelles vont de pair avec les inégalités sociales. Et quand vous voyez le système scolaire français aujourd'hui c'est clair qu'il y a dans certains départements, malgré certains efforts accomplis récemment, des écoles sans mixité qui ne permettent pas de sortir les enfants de classes populaires de la difficulté. Donc là, il y a vraiment un grand projet à imaginer pour donner sa chance, sa chance intellectuelle, sa chance éducative à chaque enfant du pays. Ce devrait être une grande cause nationale et je crois qu'on sait comment faire. Mais encore faut-il en avoir la volonté et la vision.

Vous êtes à nouveau en ligne