Grand débat à l'Elysée : qu'en pensent les intellectuels invités par Emmanuel Macron ?

Une vue générale de l\'Elysée, le 21 février 2019.
Une vue générale de l'Elysée, le 21 février 2019. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Plus d'une centaine d'intellectuels ont été invités à un débat lundi avec le président de la République à l'Elysée. Trois d'entre eux ont expliqué à franceinfo ce qu'ils pensaient de la démarche du chef de l'Etat.

C'est un rendez-vous du grand débat national un peu particulier qui se tient à l'Elysée, lundi 18 mars. A partir de 18 heures et pendant plusieurs heures, près de 70 intellectuels vont débattre avec le président de la République à l'Elysée. C'est le chef de l'Etat qui a lancé les invitations à une centaine de personnes. Les discussions seront retransmises sur France Culture. A quelques heures de l'ouverture de ce débat, plusieurs intellectuels invités par Emmanuel Macron ont expliqué à franceinfo ce qu'ils pensaient de son initiative.

Michel Wieviorka : "Il peut en sortir des choses intéressantes"

"Je n'ai pas eu d'hésitation" à participer à l'événement, a-t-il affirmé sur franceinfo. Michel Wieviorka estime "qu'il peut en sortir des choses intéressantes". Le sociologue, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et président de la Fondation maison de sciences et de l'homme souhaite interroger le chef de l'Etat sur sa "conception" du pouvoir, qui est selon lui "une conception qui relève d'une sorte de démocratie directe" dans laquelle "il ne doit pas y avoir véritablement de systèmes intermédiaires, de lieux de négociations, de discussions entre l'exécutif et le peuple".

Le sociologue s'interroge : "Est-ce que le président est arrivé à ce type de conception parce qu'il n'avait pas le choix (…) ou est-ce une vision de ce que doit être la politique ?" Michel Wieviorka souhaiterait donc parler avec Emmanuel Macron "de cette verticalité du pouvoir d'un coté, de la contestation d'un autre côté et d'un déficit d'intermédiaires, de médiation entre le haut et le bas".

Il estime que c'est l'absence de médiation qui conduit à "un double dialogue de sourds" avec un grand débat qui "se fait à côté des 'gilets jaunes'" alors que des affrontements éclatent entre personnes violentes et policiers. Reste une question, d'après lui : "N'avons-nous pas besoin que se reconstruisent des médiations politiques, sociales et culturelles dans notre pays ?"

Jean Viard : "Ce n'est pas vraiment un lieu d'élaboration"

Jean Viard dit lui s'être "interrogé" sur l'intérêt de participer à ce débat, notamment à cause du grand nombre d'invités. "Ce n'est pas vraiment un lieu d'élaboration, surtout que cela va être une course à la prise de parole", affirme le sociologue, directeur de recherches associé au Cevipof de Sciences Po. S'il s'est laissé convaincre, c'est parce que les occasions sont rares. "Le président Macron ne rencontre pas tellement les intellectuels. Ce que je peux déplorer." L'actualité l'a aussi décidé : "On est quand même en situation d'urgence" avec un "éclatement de nos sociétés"

Gérard Noiriel : "Ce n'est pas cela qui est utile"

"Je ne crois pas franchement à l'utilité de ce genre de rencontres." Gérard Noiriel, historien et directeur de recherches à l'EHESS, a refusé de participer au grand débat organisé à l'Elysée. "Ces grands raouts, ce n'est pas cela qui est utile." Gérard Noiriel aurait préféré faire partie d'un "petit groupe de travail" sur une thématique ciblée. "J'aurais des propositions précises à faire touchant à l'éducation populaire. C'est un secteur dans lequel je me suis beaucoup investi", explique-t-il.

Il estime aussi que l'image renvoyée par ce genre de rendez-vous n'est pas la bonne, notamment dans le contexte d'un "rejet des élites" par les "gilets jaunes". "La représentation que les 'gilets jaunes' se font des élites, c'est souvent les experts qu'ils voient tous les jours à la télévision. Ils croient que tous les intellectuels ressemblent à ça. Il y a des gens qui ont une conception plus modeste et plus pragmatique de leur rôle. Je fais partie de ce monde-là", a-t-il confié.

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