Najat Vallaud-Belkacem, un "pur produit de la République" à la tête de l'Education nationale

La ministre des Droits des femmes  Najat Vallaud-Belkacem le 17 juin 2014 à Paris.
La ministre des Droits des femmes  Najat Vallaud-Belkacem le 17 juin 2014 à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Elle devient la première femme ministre de l'Education et numéro 4 du gouvernement.

Au printemps, le désormais ancien ministre de l'Education Benoît Hamon était loin de se douter qu'il était sur le départ. Lors d'une audition au Sénat, il avait souhaité que son successeur soit une femme. C'est chose faite : à 36 ans, Najat Vallaud-Belkacem devient la première femme ministre de l'Education nationale. Et ce, à une semaine de la rentrée des classes pour 12 millions d'élèves et 800 000 professeurs, le 2 septembre.

Au passage, l'ancienne ministre du Droit des femmes récupère le portefeuille de l'Enseignement supérieur et de la Recherche dans ce nouveau gouvernement. Francetv info revient sur le parcours fulgurant de cette "bonne élève" du gouvernement.

Une bonne élève devenue chef des profs

Najat Vallaud-Belkacem hérite d'un des portefeuilles les plus lourds de ce nouveau gouvernement. Encartée au Parti socialiste à 24 ans, après le choc du 21 avril 2002, la ministre aime se présenter comme un "pur produit de la République". Franco-marocaine, cette deuxième d'une fratrie de sept est arrivée à quatre ans dans la Somme.

Diplômée de Sciences Po, ex-assistante parlementaire, elle acquiert des fonctions croissantes au sein de la hiérarchie socialiste. Si elle n'a jamais voulu être réduite au rôle de "caution de la diversité", son profil intéresse et l'a aidée à se faire remarquer. D'abord par le maire de Lyon Gérard Collomb, puis par la candidate socialiste à la présidentielle de 2007 Ségolène Royal, qui en fera l'une de ses porte-parole de campagne.

Pour l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, Najat Vallaud-Belkacem "fait face aux épreuves avec intelligence et sang-froid". Des qualités qui lui vaudront d'être nommée porte-parole du gouvernement en 2012. Toujours souriante, elle n'a jamais un mot plus haut que l'autre. La ministre défend la parole officielle sans couac majeur, avec la langue de bois inhérente à la fonction.

Les Français l'apprécient et sa popularité ne faiblit pas. Lors du dernier remaniement, en plus du Droit des femmes, elle avait été nommée au sein d'un ministère élargi à la Ville, à la Jeunesse et aux Sports. Une accumulation qui lui avait valu quelques critiques, notamment celle d'être à la tête d'un portefeuille "fourre-tout". Cette fois, elle devient le numéro 4 dans l'ordre protocolaire du gouvernement.

Les gros dossiers qui l'attendent rue de Grenelle

L'ancienne porte-parole du gouvernement ne connaît pas particulièrement le milieu éducatif, mais pourra s'appuyer sur son art de la communication pour éviter de heurter les enseignants, qui n'avaient pas digéré les allusions au "mammouth" ou aux "changements de couches en maternelle" de précédents ministres de l'Education.

Même si le retour à l'école des élèves, la semaine prochaine, est techniquement prêt, elle devra gérer les derniers épisodes de la réforme des rythmes scolaires. Certaines communes sont récalcitrantes et le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, craint une situation "chaotique" les premières semaines.

La ministre devra ensuite poursuivre la relance de l'éducation prioritaire ou la refonte des programmes qui a déjà un an de retard. D'autres chantiers l'attendent encore, notamment la formation continue des enseignants. Najat Vallaud-Belkacem arrive aussi juste avant les élections syndicales, période propice à l'expression des mécontentements.

L'opposition s'indigne après l'affaire de la théorie du genre

Mais lors de son dernier mandat, elle n'a finalement entrepris aucune réforme d'envergure. Tout juste a-t-elle avancé l'idée d'une "Fête du sport", sur le modèle de la Fête de la musique, pour 2015 et souhaité la création d'un observatoire sur les violences sexuelles dans le sport. Concernant les "banlieues", elle s'est chargée de la mise en œuvre de la loi Ville écrite par son prédécesseur.

Sur le droit des femmes, elle a encaissé deux coups durs : la suppression, en commission au Sénat, d'une disposition sur la pénalisation des clients de prostituées qu'elle soutenait et le retrait des "ABCD de l'égalité".

Son projet d'expérimentation des ABCD de l'égalité a, en effet, été vivement critiqué par l'extrême droite et une partie de la droite, l'accusant de véhiculer une prétendue théorie du genre. Bon soldat, elle a malgré tout défendu le nouveau "plan d'action" sur l'égalité entre les filles et les garçons à l'école, et nié toute reculade du gouvernement.

Aujourd'hui, sa nomination à l'Education nationale a d'ailleurs provoqué de vives réactions de l'opposition. Le député UMP de Haute-Loire, Laurent Wauquiez, a qualifié la ministre "d'ultra pro-gender", tandis que pour le vice-président du Front national, Florian Philippot sa nomination illustre une volonté de "tester les sondages négatifs". Si elle a l'habitude d'encaisser les critiques de la droite, Najat Vallaud-Belkacem devra sans doute apprendre à essuyer désormais celles des profs.