Gouvernement Valls 2 : la majorité socialiste appréhende la suite

Le Premier ministre, Manuel Valls, à l\'Assemblée nationale, le 8 avril 2014.
Le Premier ministre, Manuel Valls, à l'Assemblée nationale, le 8 avril 2014. (LCHAM / SIPA)

Divisé entre soutiens des ministres éjectés et fidèles à l'exécutif, le Parti socialiste fait grise mine en pleine crise de régime. 

"Nous sommes dans une situation de guerre." Sur BFMTV, mardi 26 août, le député socialiste Eduardo Rihan Cypel réclame un "gouvernement de soldats". A quelques heures de l'annonce de la composition du gouvernement Valls 2, l'élu de Seine-et-Marne n'est pas le seul, dans les rangs des ministres et députés socialistes, à regarder l'avenir avec une pointe d'angoisse. 

Le poids des "frondeurs" en question

En clarifiant leur ligne politique, Manuel Valls et François Hollande se coupent d'une partie de leur majorité. Même avec des écologistes débauchés à titre individuel et contre l'avis de leur parti, quelques radicaux de gauche et des hollandistes historiques, le gouvernement ne "disposera que d’une assise réduite au Parlement et d’un crédit riquiqui dans le pays", analyse Libération

De quoi gonfler les rangs des "frondeurs", ces députés qui n'ont pas voté la confiance à Manuel Valls en avril, ni le plan d'économies du budget rectificatif de la Sécu ? Sûrement "un peu", tempère un membre du gouvernement dans Le Parisien. "Hamon et Filippetti retrouveront bientôt leur siège de député, à la place de leurs suppléants qui ne faisaient pas partie des frondeurs", ajoute le quotidien qui parle même de la possibilité de création d'un groupe dissident. "Il y a un débat à gauche, il y aura un débat avec le Parlement, un débat avec le Parti socialiste", annonce Laurent Baumel, l'un des frondeurs les plus remontés, sur France info.

"Si [les frondeurs] ne votaient pas demain, s'ils passaient du débat au fait d'empêcher la politique du gouvernement, qui en serait le bénéficiaire ?", avertit Bruno Le Roux, patron des élus PS au Palais Bourbon, enclin à la méthode Coué, sur RTL"Je ne vois pas comment ça peut ne pas exploser...", lâche le député de Paris Christophe Caresche, pourtant réformateur et tenant de l'aile libérale.

Les sueurs froides du budget 2015

"Je suis catastrophé, on n'a plus de chef, François Hollande n'a plus son avenir entre les mains", s'angoisse un ténor socialiste, toujours dans Le Parisien. Particulièrement en ce qui concerne les projets de loi sensibles comme le budget pour 2015, dont l'examen doit commencer en octobre. "Chaque vote au Parlement va se faire à la roulette russe", prédit Régis Juanico, député proche de Benoît Hamon interviewé par Libération.

Dans l'hémicycle, les socialistes comptent 291 députés, dont une quarantaine de frondeurs pour une majorité absolue à 289 voix... Pour éviter l'échec, Manuel Valls pourrait recourir à l'article 49-3 de la Constitution dit du "vote bloqué", qui engage la responsabilité du gouvernement. Soit le projet est considéré comme adopté sans vote, soit une motion de censure, déposée par au moins 58 députés est adoptée. Ce qui revient à brandir la menace de la dissolution. "Ça va être le bordel intégral", pronostique un pilier du groupe PS à l'Assemblée, tandis qu'Alain Calmette voit là "le gouvernement de la dernière chance".