Assurance-chômage, illettrisme, 35 heures... les difficiles premiers pas du ministre Emmanuel Macron

Le ministre de l\'Economie, Emmanuel Macron, donne un discours à Lyon (Rhône), le 9 octobre 2014.
Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, donne un discours à Lyon (Rhône), le 9 octobre 2014. (NICOLAS LIPONNE / CITIZENSIDE / AFP)

Le ministre de l'Economie est à nouveau contesté à gauche, après des propos sur l'assurance-chômage. Emmanuel Macron n'en est pas à sa première polémique depuis son arrivée à Bercy.

Habitué jusque-là à œuvrer dans l'ombre en tant que conseiller, Emmanuel Macron est désormais en première ligne. Depuis sa nomination à Bercy, fin août, en remplacement d'Arnaud Montebourg, le nouveau ministre de l'Economie a déjà essuyé plusieurs polémiques, irritant régulièrement la gauche du Parti socialiste.

Dans une interview publiée dimanche 12 octobre, Emmanuel Macron a ainsi jugé inévitable une réforme de l'assurance-chômage. Un nouveau couac pour le ministre ? Francetv info liste les sorties contestées du nouveau locataire de Bercy.

La généralisation des "dérogations" aux 35 heures

A peine entré au gouvernement, les ennuis commencent pour Emmanuel Macron. Dans un entretien au Point (article payant), accordée la veille de sa nomination à Bercy et publiée jeudi 28 août, il imagine étendre à toutes les entreprises le droit de "déroger" aux 35 heures en cas d'accord avec les organisations syndicales. Selon le nouveau ministre de l'Economie, une telle mesure permettrait de "sortir de ce piège où l'accumulation des droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui ne travaillent pas".

Emmanuel Macron en est conscient : l'idée est "difficile à expliquer et à porter, spécialement quand on est de gauche", tant les 35 heures sont associées au gouvernement socialiste de Lionel Jospin. Effectivement, une fois l'interview publiée, la proposition est accueillie par les cris d'orfraie de certains à gauche, obligeant Manuel Valls à recadrer son ministre. Les services du Matignon démentent, dans la foulée, toute "intention de revenir sur la durée légale du travail".

Les "illettrées" de Gad

Après s'être attiré les foudres de la gauche, Emmanuel Macron suscite la colère des Bretons, mercredi 17 septembre. Interrogé sur Europe 1, le ministre insiste sur la nécessité de mener "des réformes du quotidien", comme celle du permis de conduire, et évoque le cas des salariées des abattoirs Gad de Josselin (Morbihan) pour appuyer son propos. "Il y a dans cette société une majorité de femmes, lance-t-il. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. Pour beaucoup, on leur explique : 'Vous n'avez plus d'avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 km.' Ces gens-là n'ont pas le permis de conduire. On va leur dire quoi ? Il faut payer 1 500 euros et il faut attendre un an ?"

Sauf que le mot ("illettrées") ne passe pas auprès des ex-salariés de l'abattoir : "Pourquoi pas 'débiles profonds' ?", s'indigne un ancien délégué syndical d'un autre site de Gad. La droite s'engouffre dans la brèche, sommant Emmanuel Macron de s'expliquer. Le ministre de l'Economie finit par revenir sur ses propos dans l'après-midi, interpellé par l'opposition lors des questions au gouvernement à l'Assemblée. "Mes excuses les plus plates vont aux salariés que j'ai pu blesser, à travers ces propos, déclare-t-il. Je ne m'en excuserai jamais assez."

La réforme de l'assurance-chômage

Le débat est récurrent ces dernières semaines : le régime d'assurance-chômage doit-il être réformé ? "Il y a suffisamment de sujets pour que nous soyons bien occupés, avait botté en touche François Hollande début octobre. On ne fait pas des réformes pour des réformes." Moins d'une semaine après la prise de position du président, Emmanuel Macron rouvre le dossier dans un entretien au JDD, dimanche 12 octobre. "Il y a eu une réforme [de l'assurance-chômage], elle est insuffisante, juge le ministre de l'Economie. On ne pourra pas en rester là."

Là encore, la sortie d'Emmanuel Macron fait immédiatement l'objet de vives critiques à gauche. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, fustige sa désobéissance. "Quand un président de la République s'exprime, les ministres appliquent", déclare-t-il à la presse. "C'est une nouvelle provocation, ou une nouvelle boulette, ou un nouveau couac", tacle l'eurodéputé Emmanuel Maurel, politiquement situé à la gauche du PS.

En fin de journée, Emmanuel Macron a cependant reçu le soutien de son collègue au ministère de la Défense Jean-Yves Le Drian : "Il constate ce que chacun constate : c'est que le régime de l'assurance-chômage est en déficit de 4 milliards d'euros", défend-il. Comme le locataire de Bercy, il demande d'y "remédier sans tabou ni posture".