Pourquoi les associations écologistes ne sont pas convaincues par le virage vert d'Edouard Philippe

Edouard Philippe s\'exprime devant l\'Assemblée nationale, à Paris, le 12 juin 2019.
Edouard Philippe s'exprime devant l'Assemblée nationale, à Paris, le 12 juin 2019. (ALAIN JOCARD / AFP)

Après le bon score des écologistes aux européennes, le Premier ministre a mis en avant la protection de l'environnement lors de son discours de politique générale. Mais les ONG restent sceptiques et pointent le flou qui entoure nombre de mesures annoncées.

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Il a insisté sur "l'urgence écologique". Le Premier ministre, Edouard Philippe, a promis, mercredi 12 juin lors de sa déclaration de politique générale, "une accélération écologique" en France dans les douze prochains mois. Après le succès des écologistes aux élections européennes, il a annoncé une hausse des appels d'offres dans l'éolien en mer, une "remise à plat" des aides à la rénovation énergétique des bâtiments, une interdiction des plastiques jetables dans l'administration... "L’acte 2 du quinquennat commence fort sur l’écologie !" a salué François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, sur Twitter.

Peut-on vraiment parler de virage vert ? Sans surprise, ce n'est pas l'avis de tout le monde. Ces annonces ont laissé sur leur faim les tenants de réformes plus musclées. "Derrière les beaux discours, Edouard Philippe et son gouvernement laissent tout simplement passer le train de la transition écologique", a par exemple réagi Greenpeace. Voici pourquoi les annonces du Premier ministre ont laissé de marbre la plupart des associations écologistes.

Certaines nouveautés n'en sont pas vraiment

Certaines des annonces du Premier ministre étaient en fait... des mesures déjà connues. "A défaut de mesures nouvelles, Edouard Philippe a pratiqué le recyclage", ironise le journal Les Echos. "Je souhaite que nous nous fixions un objectif de 100% de plastique recyclé", a par exemple avancé le Premier ministre mercredi. Une mesure déjà annoncée en 2017, comme l'indiquait à l'époque France 2. "Sur le fond, Edouard Philippe n’a guère avancé de nouveaux objectifs, mais a rappelé, pour la plupart, ceux déjà annoncés dans des discours précédents, ou inscrits dans les projets de loi en discussion", analyse Le Monde.

Certaines mesures ne sont "qu'incitatives"

Edouard Philippe a évoqué la transformation des aides à la rénovation énergétique des bâtiments, trop "complexes". "Nous transformerons le crédit d'impôt de transition énergétique en une aide plus massive, en faveur de ceux qui en ont le plus besoin", a-t-il déclaré. Pour les ONG environnementales, cependant, cette mesure ne peut fonctionner que si elle est rendue obligatoire pour les propriétaires de logements. "Les mesures incitatives ne suffisent pas pour massifier les rénovations", a réagi Anne Bringault, du Réseau action climat.

La réhabilitation des millions de logements "passoires" du pays est une mesure essentielle pour réduire la consommation d'énergie, mais elle ne parvient pas à décoller en France. "Autant Edouard Philippe a mis en avant l'urgence de la transition en début de discours, autant il n'y a pas eu grand-chose de concret", estime encore Anne Bringault.

Le financement n'est pas détaillé

Comment financer les mesures annoncées ? C'est la grande question que se posent les associations écologistes. France nature environnement cite l'exemple de la rénovation des logements : "Quand on sait qu'on a 5 millions de passoires énergétiques, le gouvernement doit s'engager à budgéter, à dire combien d'argent il va mettre", déclare Elodie Martinie-Cousty, représentante de France nature environnement, à France 2. Edouard Philippe n'a pas fourni de réponse pendant son discours.

On parle de plastique recyclé... sans dire comment le recycler 

C'était l'un des points principaux de son discours. Sur le plastique, le chef du gouvernement a annoncé que l'Etat serait "exemplaire", en bannissant dès 2020 "tous les produits en plastique jetables de l'administration". Au-delà de ce symbole, "le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire" sera une des trois priorités de la rentrée parlementaire de septembre, a-t-il souligné. L'instauration d'une consigne sur certains emballages fera l'objet d'une concertation, notamment avec les collectivités. Le projet de loi prévoira aussi la possibilité d'imposer l'incorporation de plastique recyclé dans les bouteilles en plastique, ainsi que dans les boîtes plastiques. Cependant, le chef du gouvernement n'a pas donné plus de précisions sur le recyclage en question. "Quand et comment ? Mystère", souligne Le Parisien.

L'ONG Zero Waste attend en effet d'avoir plus de détails sur les moyens mis en œuvre par le gouvernement. L'ONG s'inquiète également de l'accent mis par le Premier ministre sur le recyclage et non sur la surconsommation, à l'origine du problème.

Des sujets ont été oubliés

C'est la grande déception des écologistes : Edouard Philippe a oublié d'aborder nombre de sujets, comme le note la députée européenne EELV Karima Delli sur Twitter.

"Malgré un ton très volontaire, on n’a pas entendu prononcer une seule fois les termes climat, pesticides, protection de la biodiversité ou maîtrise de l’énergie dans les transports ou l’industrie", déplore auprès du Parisien le porte-parole de France nature environnement, Jean-David Abel. La Ligue de protection des oiseaux ajoute dans un communiqué : "Aucune mesure concrète n’est annoncée pour stopper l’artificialisation des milieux, pour réduire drastiquement les intrants agricoles, stopper la chasse des espèces en mauvais état de conservation, mettre enfin un terme à l’effondrement de la biodiversité."

Les paroles ne se sont pas encore traduites en actes

Si le discours semblait résolu, plusieurs acteurs jugent que les actes manquent. Ainsi Greenpeace dénonce "une accélération rhétorique plutôt qu'écologique" et invite à "verdir les décisions" plutôt que le discours. Cela "manque d'actes concrets et de mesure efficaces", complète son directeur général sur Twitter. 

"Quand il s'agit de parler d'écologie, on entend des mots qui sont forts, on fait des concours d'éloquence. Le problème, c'est de passer du constat, qui est de plus en plus partagé, aux actes. Et c'est là que le bât blesse", confirme à franceinfo le secrétaire national d'EELV, David Cormand.

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