Congrès des maires : le Premier ministre "nous a passé la main dans le dos", racontent des élus au soir de la première journée

Edouard Philippe s\'adresse aux maires à l\'occasion de leur 100e congrès.
Edouard Philippe s'adresse aux maires à l'occasion de leur 100e congrès. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Le Premier ministre Edouard Philippe a tenté de rassurer les élus locaux à l'ouverture du 100e congrès des maires de France, mardi, sur les économies budgétaires demandées aux communes, avant l'intervention, jeudi d'Emmanuel Macron.

Les élus quittent la porte de Versailles, mardi 21 novembre, avec des sacs bleu blanc rouge recyclables et des bâtons de marche offerts, comme une image du long et studieux parcours qu'a été cette première journée du 100e congrès des maires de France. "C’est fatigant, c’est très fatigant", dit Joseph Deville, maire de Bonson, commune de 4 000 habitants située à une vingtaine de kilomètres de Saint-Etienne (Loire). Il se dirige vers un café avec quelques-uns de ses élus et des employés municipaux. "Je suis venu en disant attention, nous les maires, on nous demande beaucoup de choses.

C’est gentil de dire aux maires qu'il faut faire des économies, qu'il ne faut pas dépenser... Je crois que le gouvernement, au contraire, devrait prendre exemple sur nousJoseph Deville, maire de Bonson (Loire)franceinfo

Lors du congrès des maires de France, une quinzaine de ministres se sont relayé pour défendre la politique du gouvernement, avant le discours d'Emmanuel Macron. Le Premier ministre a ouvert le bal devant des élus locaux inquiets. Entre les 13 milliards d'économies imposés aux collectivités, la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des contribuables, le coup de rabot sur les emplois aidés et les aides aux logement, l'association des maires de France a dénoncé des mesures d'inspiration "uniquement budgétaire".

Edouard Philippe s'est donc employé à rassurer.Joseph Deville, maire de Bonson, ne semble pas totalement convaincu. "C’est très modéré dans ses paroles, il nous a passé la main dans le dos comme on dit. Je n’en dirai pas plus..." réagit-il, en riant.

Quelques annonces, mais toujours des inquiétudes

Devant le grand porche de l'hôtel de Ville de Paris illuminé, Franck Gaillot, maire de la petite commune de 72 habitants de Blancey (Côte-d'Or), sort du cocktail protocolaire offert tous les ans par sa collègue maire parisienne. Et il veut bien en dire plus. "En matière d'eau et d'assainissement, les communes autonomes en eau comme la nôtre doivent perdre cette compétence au 1er janvier 2020, mais il y aurait peut-être une possibilité a priori de garder l'autonomie", précise Franck Gaillot. 

Le Premier ministre a annoncé que les efforts budgétaires se concentreront sur les 320 plus grandes collectivités, appelées à limiter à 1,2% l'augmentation de leurs dépenses de fonctionnement. La suppression d'une grande partie de la taxe d'habitation sera compensée, avance Edouard Philippe. Ces assurances laissent tout de même sur sa faim Mireille Conte-Jaubert, maire de Saint-Médard-de-Guizières, commune de 2 000 habitants en Gironde. "On nous annonce beaucoup de compensations, mais pour le moment, ce ne sont que des annonces, s'inquiète-t-elle. Si on vous enlève 100 000 euros sur votre budget au niveau des investissements, c'est très important, surtout sur un budget de 4 millions d'euros, 100 000 euros, ça compte."

Emmanuel Macron attendu au tournant

Mardi soir, congrès oblige, les restaurants du quartier de l'hôtel de ville de Paris ont un peu plus de clients que d'habitude. Un groupe de maires des environs de Guingamp finit par trouver sa brasserie. Parmi eux, Rémi Guillou, maire de Plouisy (Côtes-d'Armor). "J'ai d'abord entendu parler un ancien maire, avec une grand satisfaction : pour la première fois depuis quatre ans, il n'y aura pas de baisse de dotations de la part de l'Etat", explique-t-il, rassuré.

Nous ne sommes pas dans le flou en train de trembler tous les ans, pour savoir de combien va-t-on baisser nos dotations. Lorsqu'on a un cadre fixé, les élus peuvent travailler dans la duréeRémi Guillou, maire de Plouisy (Côtes-d'Armor)franceinfo

A ses côtés, Pierre Salliou, maire de Pabu (Côtes-d'Armor) est aussi rassuré, même si tout n'a pas été dit. "Je suis tout à fait d'accord qu'on participe au redressement des finances publiques, explique-t-il. Mais nous, en tant que communes, nous sommes tenus d'avoir des comptes en équilibre. Je pense que l'Etat doit être capable de faire la même chose. Et on attend des propos rassurants d'Emmanuel Macron jeudi." Emmanuel Macron, très attendu, clôturera en effet le congrès jeudi 23 novembre.

Congrès des maires de France : reportage de Grégoire Lecalot
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