Ebola, "pédé", "détail de l'histoire"… La stratégie du scandale selon Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen en meeting à Marseille, le 20 mai 2014.
Jean-Marie Le Pen en meeting à Marseille, le 20 mai 2014. (FREDERIC SEGURAN / CITIZENSIDE.COM / AFP)

Le virus Ebola pour régler le problème de la surpopulation. Avec cette dernière provocation, le président d'honneur du Front national attire une nouvelle fois l'attention, à quelques jours des élections européennes.

Jean-Marie Le Pen refait des siennes. Lors d'une réunion publique à Marseille, devant 1 500 personnes réunies au parc Charnot, mardi 20 mai, l’ancien président du Front national a pioché dans ses classiques en alertant sur le "risque de submersion de la France par l'immigration" dû à "l’explosion démographique dans le monde", un phénomène que "Monseigneur Ebola peut régler en trois mois". 

A quelques jours des élections européennes, où le FN est promis à un score important, ces propos font l’effet d’une bombe et malmènent une nouvelle fois la tentative de "dédiabolisation" du parti entreprise depuis deux ans par sa fille, Marine Le Pen. Dérapage raciste ou paroles mûrement réfléchies ? C’est loin d’être la première fois que le chef historique de l'extrême droite française crée la polémique.

Des "dérapages" habituels en période de campagne

Retour en 2009, quelques mois avant les précédentes élections européennes. Dans l'enceinte même du Parlement européen, le leader du FN réaffirme que les chambres à gaz sont un "détail de l'histoire". Rien de très original cette fois. L’homme politique avait déjà tenu ces propos à la télévision en 1987 et avait été condamné par la justice.


Le Pen - Un point de détail de l'histoire... par Btoux_1979

Rebelote en février 2012. La campagne présidentielle bat son plein et les candidats, dont Marine Le Pen, multiplient les meetings. C’est à ce moment-là que Jean-Marie Le Pen lance une énième provocation. Pour conclure son discours lors de la convention présidentielle du FN, il cite un poème de l'écrivain collaborationniste Robert Brasillach, fusillé après la seconde guerre mondiale. Et crée une nouvelle fois le scandale. De quoi monopoliser l’attention pendant quelques jours et braquer les spots sur le FN.

Islam, homosexualité… toujours les mêmes thèmes

Jean-Marie Le Pen connaît la recette du scandale. Pour faire parler, il use des mêmes thèmes qu’il décline à toutes les sauces. D’abord, l'islam. "Le phénomène d'immigration massive est aggravé chez nous par un fait religieux : une grande partie de ces immigrés sont des musulmans, une religion qui a une vocation conquérante, d'autant plus conquérante qu'elle se sent forte et qu'ils se sentent nombreux", explique-t-il le 20 mai devant ses militants. En 2012, il avait déjà qualifié d'"immigration-invasion" les "deux cents millions de musulmans à nos portes, au sud de la Méditerranée".

Vient ensuite l’homosexualité, qu’il considérait déjà en 1984 comme "une anomalie biologique et sociale", rappelait Le Post. En 1997, en visite à Mantes-la-Jolie (Yvelines) en soutien à sa fille Marie-Caroline, candidate aux législatives, il avait hurlé devant les caméras, à l'adresse d'un jeune homme : "Je vais te faire courir moi, tu vas voir, rouquin, pédé !"  


Jean-Marie Le Pen se bagarre à Mantes-la-Jolie... par Jean-Marie_Le_Pen

Dix ans plus tard, rappelle L'Express, il s’en prend à nouveau aux homosexuels lors du congrès de la Fédération nationale de la chasse : "Dans le Marais de Paris, on peut chasser le chapon sans date d'ouverture ou de fermeture."

La face cachée de la "dédiabolisation"

Avec ses propos récents, Jean-Marie Le Pen va à contre-courant de la stratégie de "dédiabolisation" du FN, entreprise par sa fille lors de la dernière campagne présidentielle. Au lendemain du scrutin, elle crée ainsi le Rassemblement bleu Marine pour élargir la base électorale du parti d’extrême droite.

Une coalition pour "les tièdes, ceux qui ne sont pas FN pur jus", juge le père Le Pen, cité par Le Nouvel Obs, garant quant à lui de l’électorat traditionnel du FN. En plus d’attirer l’attention médiatique, les multiples provocations du président d’honneur permettent aussi de rassembler les membres les plus radicaux du parti.

Dans une lettre ouverte publiée sur Le Plus du Nouvel Obs, le politologue Thomas Guénolé se refuse à faire le jeu de Jean-Marie Le Pen : "Je ne tomberai pas dans le panneau de vous jeter l’anathème moral, déclare-t-il. Je n’y tomberai pas, parce que je sais trop bien que c’est ce genre de réaction que vous espérez, que vous attendez, et dont vous jouissez."